Dans un monde idéal, Jay Scøtt aurait continué de sortir des chansons sur sa chaîne YouTube, sans penser tout de suite à un premier album.

« Mais malheureusement, l’industrie fonctionne pas comme ça. J’aurais jamais pu mettre mon pied dans place avec juste des singles », soutient l’auteur-compositeur-interprète, derrière deux des chansons les plus populaires sur les radios commerciales ces temps-ci (Broken et Copilote, en duo avec FouKi).

Jay ScottDevant ce succès inespéré, l’artiste de 32 ans a cru bon réunir les meilleures chansons qu’il a enregistrées dans les deux dernières années sur Ses plus grands succès, un album aux allures de compilation. Des chansons essentiellement folk pop captées de manière minimale – parfois avec juste un micro au milieu de son appartement à Terrebonne – qu’il avait sorties au compte-goutte sur internet, sans même imaginer qu’elles lui ouvriraient, un jour, les grandes portes des radios. « J’ai pas conceptualisé ça comme un vrai album. Mais ça reste un premier album qui sort professionnellement. Enregistré avec tous les moyens du bord », image-t-il.

Pour un gars issu du milieu hip-hop, cette première parution officielle sous une maison de disques (117 Records, maison-sœur de Disques 7ième Ciel) a de quoi surprendre.

Révélé il y a près d’une décennie sous le pseudonyme de PL3, Jay Scøtt a également fait sa marque sur les radios de campus aux côtés de son allié Smitty Bacalley et au sein du groupe rap satirique (lire : vulgaire) Les Drogues Fortes. « C’est drôle parce qu’avant, j’utilisais beaucoup l’Auto-Tune. Et là, quand j’ai vu que tout le monde l’utilisait [au Québec], j’ai décidé d’arrêter… Et c’est depuis ce temps-là que ça a commencé à marcher, mes affaires ! » se réjouit-il, en riant.

Même si la guitare et le piano ont pris la place de l’Auto-Tune et des séquenceurs, Ses plus grands succès n’évacue pas pour autant les racines rap de Jay Scøtt. Autant inspiré par la vague emo hardcore des années 2000 que par le rap québ post-4,99 d’Alaclair Ensemble (un album qui a changé sa façon de voir la musique), le chanteur, rappeur et multi-instrumentiste garde son flow nasillard rapide et mélodieux, tout en multipliant les punchlines, les rimes multisyllabiques et les références à la culture populaire, trois éléments de base de l’écriture rap.

« Ce que j’écris, je considère ça comme du rap au niveau technique. Y’a rien qui a changé dans ma technique d’écriture », dit celui qui fait notamment référence à Limp Bizkit, Nirvana et Sans Pression, trois groupes qui incarnent bien sa génération, dans ses chansons. « Les gens se reconnaissent à travers des références [comme ça]. Ça leur permet de se retrouver dans ma musique. »

L’esthétique dépouillée de l’album permet aussi une connexion plus grande avec les textes de l’artiste, qui dévoilent comme jamais sa grande vulnérabilité. Au centre des thèmes du disque, la rupture amoureuse retentit avec un profond désarroi, mais aussi avec une résilience latente qui se révèle de manière plus franche de temps à autre (sur 42 Long notamment). L’inspiration pour ces petites histoires ne vient pas entièrement de son vécu : « Quand j’ai commencé à écrire les chansons, j’ai commencé à travailler de nuit dans un centre d’hébergement de crise en santé mentale. Y a beaucoup de chansons deep qui viennent d’histoires que j’ai entendues là-bas. Des histoires de rupture, de violence conjugale… J’arrivais chez nous, et ça m’inspirait. »

Jay Scøtt raconte aussi son dégoût de la routine et ses envies de liberté dans ses chansons. Et pour ça, il n’a pas eu besoin d’aller chercher l’inspiration bien loin. « Ça, c’est 100% moi. Chaque fois que je me levais pour aller travailler, j’en revenais pas… J’en revenais pas de devoir travailler 50 heures par semaine pour quelqu’un d’autre, histoire d’avoir des petits jours de congé. Jours durant lesquels tu dois faire ton ménage, tes repas… Bref, t’as jamais de temps pour toi ! » expose celui qui a multiplié les jobines dans sa vie en parallèle à son désir de percer dans la musique. « Mais là, ma vie a complètement switch. Je suis mon propre boss. Et c’est juste de ma faute si jamais mes affaires marchent pas. »

Pour l’instant, l’artiste connait les plus beaux moments de sa carrière, mais il est conscient que rien n’est gagné d’avance. « Ça me sert à rien de stresser avec ça. Je veux pas calculer mes moves. Ce que j’aime, c’est faire mes chansons et m’enregistrer chez nous. Tout le reste, c’est moins l’fun pour moi », admet-il. « Avec le temps, j’ai appris à me dire : une fois que je sors mes chansons, elles ne m’appartiennent plus. C’est pas moi qui décide si c’est un succès ou pas. Tu peux juste être déçu quand tu te mets cette pression-là sur les épaules. »



« Ne la laisse pas te dire qu’elle n’est pas une auteure-compositrice », me lance la claviériste et chanteuse Charlotte Command (oui, c’est leur vrai nom de famille) à propos de sa sœur Sarah juste avant de raccrocher. « Elle est une vraiment bonne auteure-compositrice. »

L’élégant duo connu sous le nom de Command Sisters et sous contrat chez 21 Entertainment/Universal (Chris Smith) se produit depuis leur enfance à Edmonton, mais c’est Charlotte qui est devenue obsédée par l’écriture de chansons. Elle dit de Sarah, qui est la guitariste du groupe, qu’elle est la « curatrice des idées ».

« La beauté de notre relation à Sarah et moi c’est qu’on est totalement comme le yin et le yang de notre groupe et de notre carrière. Nos forces sont diamétralement opposées et elles se complètent donc parfaitement », explique Sarah que nous avons interviewée séparément dans la foulée de la parution du premier EP sur un « major » des Command Sisters intitulé Rouge.

« Quand il est question de la création de notre EP », raconte Sarah, « ma sœur avait une chanson ou un riff, et après une fois qu’elle avait écrit le refrain, on avait une blague dans le groupe : Sarah est celle qui écrit tous les “oohs”, donc tous les “hooks” qui impressionnent, et moi je lui disais “Hé, Charlotte, tu devrais mettre ça dans le refrain, ou tu devrais ajouter ça ici. C’est à ce niveau qu’on collabore, après qu’elle ait eu une idée brillante. »

Sarah, de trois ans plus jeune que Charlotte, raconte comment sa sœur a écrit de nombreuses chansons de l’album chez elle, à Toronto, tard dans la nuit, avec les tramways qui passaient, les sirènes qu’on entendait au loin ; c’était très naturel pour elle. Je dois féliciter ma sœur d’avoir la capacité créative de travailler comme ça, seule chez elle », dit-elle. « C’est vraiment cool de voir comment ces chansons sont nées et comment on a tous collaboré pour en faire ce que vous entendez sur l’album. »

Ce « on », c’est essentiellement Charlotte, Sarah et le producteur et auteur-compositeur Tim Pagnotta (Weezer, Blink-182, Ellie King) ainsi que quelques collaborations qui remontent à quelques années déjà : « Trust Myself » (2019), a été coécrite avec Simon Wilcox et Brian Phillips, ainsi que « Lonely Lullaby » (2016), coécrite avec Ian Smith et Fraser TJ McGregor.

« La plupart des chansons de l’album ont été écrites il y a trois ou quatre ans dans notre condo à Toronto », explique Charlotte. « C’était donc très excitant que le label et notre équipe nous soutiennent autant et aiment notre musique. »

« Après, Tim a ajouté sa touche magique au niveau de la production. C’est merveilleux de voir ce qu’il fait avec notre matériel. Tim a coécrit certaines des plus grandes chansons alternatives de la dernière décennie, comme “It Started With A Whisper” [‘Everybody Talks (It Started With A Whisper)’ par Neon Trees]. Bref, c’était vraiment génial de travailler avec lui et je veux vraiment retravailler avec lui éventuellement. »

Six des huit chansons de Rouge – un amalgame aussi cool qu’amusant de pop rock indie sombre – ont été enregistrées au cours de l’été 2019 à Los Angeles avec Pagnotta, mais lorsque Command Sisters est retourné à L.A. au début de 2020 pour quelques soirées en marge des Oscars, elles sont allées en studio avec le producteur et coauteur Michael MacAllister pour enregistrer « Feel Good », une création de dernière minute pour un placement de synchro. Plus tard, durant le confinement, elles ont ajouté « Rain On My Parade », une chanson aussi drôle qu’elle est sinistre qui se moque de la pandémie produite et coécrite par Andrew Martino.

 “Ça nous a pris un certain temps avant de trouver notre son au fil des ans” – Charlotte Command

Plusieurs de ces chansons ont d’abord été lancées durant ledit confinement en commençant par « I Like It » en juillet 2020. Les simples les plus récents sont une pièce rock inhabituellement positive intitulée « Feel Good » – leur première chanson à la radio, selon Charlotte – et « Trust Myself », avec sa « vibe » inspirée de Billie Eilish et pour laquelle elles ont récemment tourné un vidéoclip.

« Ça nous a pris un certain temps avant de trouver notre son au fil des ans après avoir fait nos débuts dans le country pour nous diriger dans une direction complètement pop pour finalement trouver un juste milieu alt-pop avec des instrumentations très solides », explique Charlotte. « Je pense que ç’a vraiment cliqué pour nous quand on a accepté nos racines country et qu’on les a combinées à des éléments pop qu’on aimait beaucoup. »

Charlotte a toujours été très créative, d’aussi loin qu’elle se souvient : elle a toujours aimé dessiner et écrire des histoires et des poèmes et, éventuellement, elle a appris à jouer de la guitare. « Quand on était jeunes, moi j’avais 9 et Sarah 12, on chantait des chansons country au karaoké dans des petits festivals », se souvient Charlotte. « Maman nous mettait en garde de ne pas chanter des chansons trop “adulte”. »

« C’est là que j’ai eu envie de mettre mes poèmes en chanson et une fois que j’ai su jouer de la guitare et que j’étais de plus en plus à l’aise au piano, je pouvais jouer autre chose que de la musique classique et j’ai réalisé que je pouvais jouer des accords pour m’accompagner. C’est là que c’est devenu une véritable obsession pour moi. Je venais de découvrir une nouvelle façon de m’exprimer. Après, Sarah s’est dit que maintenant que j’écrivais des chansons, elle pourrait apprendre à chanter en harmonie et tout d’un coup, nous étions un groupe », poursuit Charlotte.

Il y a une dizaine d’années, les ados se sont rendues à Nashville pour travailler avec David Malloy, le coauteur du classique d’Eddie Rabbit « I Love A Rainy Night » et de plusieurs autres #1 qui avait offert un contrat d’édition et de production (échu depuis longtemps) aux jeunes femmes. « Ç’a vraiment été mon mentor. C’est presque surréaliste, maintenant, quand je pense qu’il me disait “Charlotte, t’es une très bonne auteure-compositrice”. Il me faisait une suggestion puis s’en allait pour me laisser faire mon truc à moi. C’est sans aucun doute la personne qui m’a appris autant à propos de l’écriture de chansons et qui m’a donné la confiance de poursuivre dans cette voie. »

Quand Command Sisters s’est installé à Toronto en 2016, les collaborations sont devenues de plus en plus nombreuses, mais Charlotte admet volontiers qu’elle se sent plus à l’aise quand elle travaille seule. « Je me sens vraiment à l’aise et libre quand je suis seule avec mes pensées », dit-elle. « N’empêche, j’adore la co-écriture. Ça te donne accès à tellement plus d’expérience et d’inspiration quand il y a plusieurs personnes avec leurs histoires et leurs talents respectifs autour de toi. En plus, la coécriture accélère le processus, parce que quand je suis seule, je prends vraiment tout mon temps. »

« Moi, j’exprime mes émotions et mes sentiments avec des solos de guitare. Mettre les mots de ma sœur en musique est vraiment ce qui m’inspire quand il est question de composition. Comme je disais, c’est vraiment cool que Charlotte et moi on soit passionnées par deux trucs complètement différents et totalement complémentaires, et c’est pour ça que c’est génial de former un duo avec elle et toutes ses idées merveilleuses. Après, quand on est sur scène, c’est vraiment le fun d’y aller d’un solo de guitare par-ci par-là. »



Se rendre dans un haut lieu de la musique pour travailler sur des chansons avec d’autres créateurs ou pour enregistrer dans un studio légendaire peut être une source d’inspiration incroyable pour un artiste. Il se peut même que la musique soit imprégnée de la saveur particulière de ces lieux, lui conférant ainsi une qualité indescriptible que l’on ne peut obtenir qu’en étant sur place.

Malheureusement, séjourner dans ces lieux mythiques peut s’avérer extrêmement coûteux pour un artiste, notamment en raison des frais de déplacement, d’équipements, de production et de temps en studio. C’est pour cette raison que l’hébergement gratuit offert à nos membres dans les Maisons SOCAN de Nashville et Los Angeles constitue un avantage des plus attrayants. Nous nous sommes entretenus avec des artistes qui y ont séjourné et qui nous parlent des avantages financiers ou autres de leur séjour.

Le groupe country vancouvérois The Washboard Union a séjourné à la Maison SOCAN de Nashville à l’hiver 2019 afin de travailler sur son album primé Everbound. « C’est une super petite maison dans East Nashville », raconte le chanteur et banjoïste Chris Duncombe. « C’était parfait pour nous. C’est là qu’on a complété l’écriture et répété et c’est là qu’on atterrissait chaque soir en rentrant du studio. »

Duncombe ne cache pas que cet hébergement gratuit a fait une « différence énorme » dans le budget de l’enregistrement. « Ça coûte cher de se déplacer et de rester quelque part pendant un bout de temps pendant que tu écris et enregistres, mais que tu ne donnes pas de spectacles. Ç’a beaucoup aidé d’avoir un endroit qui était comme notre chez-nous pendant l’enregistrement de l’album.

Et comme le groupe était en ville durant le Country Radio Seminar, il a également eu l’occasion de s’exécuter devant des programmateurs de radio de tous les États-Unis, ce qui est un boni considérable pour un groupe canadien.

Tous les membres du groupe également composé de Aaron Grain et David Roberts insistent sur le fait que le fait d’être à Nashville a eu un impact. “C’est impossible que le fait d’être à Nashville n’ait eu aucun effet sur l’album”, dit-il. “David et moi, on est des érudits de l’histoire de la musique country et on a déjà enregistré au Studio A de RCA et dans l’ancien studio de Waylon [Jennings], alors enregistrer cette fois-ci au Sound Emporium, le studio de Cowboy Jack Clement, c’était vraiment incroyable. Tu peux voir et toucher l’histoire du country dans ce studio, et ça c’est vraiment important pour nous.”

Neon Dreams, le duo alt-pop haligonien primé aux JUNOs, a visité la Maison SOCAN de L.A. à plusieurs reprises, notamment en décembre 2019. “On s’en sert pour écrire, enregistrer et rencontrer des gens”, explique le chanteur Frank Kadilllac, “et le fait de ne pas avoir à débourser des milliers de dollars pour notre séjour est vraiment super. On vient de la côte est, alors juste le billet d’avion coûte une fortune. C’est un gros investissement, ce déplacement, alors ces économies comptent beaucoup.”

Pour Kadillac et le batteur Adrian Morris, le réseautage et les collaborations sont cruciaux et le fait d’avoir un endroit où accueillir leurs collaborateurs est tout aussi important. “Quand on rencontrait quelqu’un qui n’avait pas vraiment d’espace où travailler, on pouvait l’inviter dans notre espace”, explique Kadillac. “Quand on ne pouvait pas réserver un studio complet, on avait quand même notre espace où enregistrer des versions acoustiques avant de se rendre en studio.”

“C’est là qu’on a écrit ‘Sick of Feeling Useless’ qui a tourné à la radio aux États-Unis. C’est fou! C’est une nouvelle expérience pour nous ; on est vraiment contents d’avoir pu faire un pas dans cette direction. Sans la Maison SOCAN, on ne serait pas là où on est.”

Le chanteur affirme par ailleurs que la “vibe” de L.A. a joué un rôle : “Il y a tellement d’artistes talentueux ici, c’est communicatif. Et puis quand tu es dans un nouvel environnement, ça change ta façon de voir les choses. Tu as plus de chances de tomber sur quelque chose qui t’inspire et que tu n’aurais jamais trouvé là d’où tu viens.”

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