Bien qu’il n’existe que depuis cinq ans, le groupe montréalais Half Moon Run appartient déjà aux ligues majeures du rock mondial. À l’occasion de la sortie de son deuxième album, Sun Leads Me On, le groupe nous parle de ses ambitions internationales. 

Il semble que c’était hier. Sur la foi d’une seule chanson, l’hypnotique Full Circle, Half Moon Run avait planté son drapeau en plein cœur d’une scène musicale déjà riche en groupes de qualité. En moins de temps qu’il n’en faut pour crier Arcade Fire, la formation était qualifiée de Next Big Thing en provenance de Montréal. Mais à la différence d’autres groupes qui se sont plantés avant de connaître la gloire internationale, Half Moon Run a prouvé qu’il n’hésiterait pas à déployer tous les efforts nécessaires pour y parvenir.

Suite à la sortie de leur premier album, Dark Eyes, d’abord lancé par Indica au Canada et par Communion, filiale de Glassnote Records (Mumford and Sons) dans le reste du monde, le groupe a sillonné la planète et donné plus de 350 concerts. Un rythme d’enfer qui est devenu le lot quotidien de ce groupe qui roule sur les chapeaux de roue depuis ses tout débuts.  « On a tellement tourné qu’il y a eu des jours où on ne savait plus qui – et où – on était… on est devenus engourdis, se souvient Conner Molander, guitariste, chanteur et claviériste de la formation. Lorsqu’on s’est enfin arrêtés, on n’y voyait plus clair et on a failli perdre les pédales. Heureusement, toute cette tournée a fait de nous de meilleurs musiciens et on a trouvé le moyen de canaliser cette énergie en quelque chose de positif à travers notre langage commun: la musique. »

« Rien n’est prémédité au sein d’Half Moon Run: on découvre ce qu’on cherchait seulement une fois qu’on l’a trouvé. » — Conner Molander de Half Moon Run

On a beaucoup parlé, au moment de la parution de Dark Eyes, de la nature presque artificielle de Half Moon Run, créé via une petite annonce sur Craigslist qui a réuni deux natifs de Colombie-Britannique, Conner et Dylan Phillips au chanteur Devon Portielje, originaire d’Ottawa. Les trois gars, exilés à Montréal pour leurs études, ont préféré le rock au parcours académique. Une histoire familière, puisque Montréal accueille, bon an mal an, des dizaines de musiciens de partout en quête du même destin. Mais peu de groupes réussissent avec autant de brio. Signé par le label montréalais Indica avant même d’avoir donné un seul concert, le groupe a été forcé d’évoluer à la vitesse grand V. Lorsque les gens de Glassnote les ont recrutés et qu’Half Moon Run s’est mis à fouler les plus grandes scènes du monde en compagnie de Mumford and Sons, il était trop tard pour retourner dans les petits bars.

« En tout cas, je te le confirme: Il n’y a rien comme la pression et l’adversité pour développer la solidarité » lance Conner. Aujourd’hui, il n’hésite pas à affirmer qu’Half Moon Run est devenu une véritable fratrie: « On a eu des périodes complètement folles en Europe, comme la fois où on a joué 33 shows en 30 jours. C’est le genre de truc qui peut te mener au bord du désespoir, mais si tu passes au travers, ça tisse des liens solides! »

Half Moon RunÉtrangement, l’absence de liens d’amitié profonde entre certains des membres n’a jamais posé problème, au contraire. La dynamique de groupe s’est développée en même temps que le son, de manière très organique. Lorsqu’on fait remarquer à Conner que le groupe ne semble pas avoir de leader, il acquiesce volontiers.

« Je suis content que tu dises ça parce que c’est comme ça qu’on le ressent depuis le début, lance Conner. Évidemment, Devon est plus souvent sous les projecteurs, car c’est le chanteur soliste, mais on se considère tous égaux et chaque membre contribue au collectif. Même si on ne se connaissait pas vraiment à nos débuts, on a très vite trouvé un langage commun. Dans ce genre de situation, beaucoup de musiciens auraient cherché à jouer plus gros, plus fort, histoire de s’impressionner les uns les autres. Pour nous, ça a été complètement différent: on a tous été très doux et on s’écoutait avec attention les uns les autres. »

Pour comprendre à quel point la mayonnaise a pris, il n’y a qu’à porter attention aux harmonies vocales qui ponctuent la plupart de leurs chansons, une signature qui nous rappelle que l’union fait la force. « Ça, c’est un autre trait caractéristique d’Half Moon Run: si tu veux être dans le band, tu dois chanter! Sans blague, c’est aussi le genre de truc qui s’est fait sans qu’on s’en rende compte. Dès le premier jam, on a tous chanté spontanément et c’est resté. »

Rejoints par Isaac Symonds après l’enregistrement de Dark Eyes, les gars d’Half Moon Run ont approfondi leur approche musicale, qui mêle instinct et travail acharné. On a ajouté des claviers, des cordes, mais sans trop changer la recette d’origine ni renier les influences déjà perceptibles sur le premier disque. «  Pour nous, le plaisir de composer de la musique, ce n’est pas de se fixer un but précis et de tout faire pour l’atteindre, explique Conner. Rien n’est prémédité au sein d’Half Moon Run: on découvre ce qu’on cherchait seulement une fois qu’on l’a trouvé. C’est très agréable de pouvoir jammer ensemble, mais en même temps, il est important de savoir s’arrêter; car à force de jouer et rejouer le même truc, il y a un risque d’épuiser la pulsion d’origine et de tuer la chanson. »

Histoire de se sortir de la routine (et dans le but avoué de faire un peu de surf dans leurs temps libres), les gars se sont rendus Californie pour travailler avec le réalisateur britannique Jim Abbiss sur le successeur de Dark Eyes, avec sous le bras quelques ébauches de chansons et l’envie de pousser leur son un peu plus loin. « Parfois, c’est seulement plus tard qu’on se rend compte à quel point on est influencés par notre environnement. L’idée de se rendre en Californie, c’était de changer d’air et quand je réécoute l’album, je trouve que certaines chansons ont un petit côté plage: c’est le cas de Hands in the Garden, entre autres, probablement la plus californienne du lot. »

Il y a effectivement beaucoup d’influences du Sunshine State sur cette pièce, pétrie de folk rock de l’école Byrds et d’harmonies à la Beach Boys. Entre ces sessions californiennes et le travail réalisé à Montréal, les membres d’Half Moon Run ont constaté que la source était loin d’être tarie, au point que Conner affirme avoir déjà assez de chanson pour un troisième album; mais en attendant, le groupe entend consacrer toutes ses énergies à la promotion de Sun Leads Me On. « C’est devenu mon job à temps plein alors je m’y consacre avec rigueur. Je suis comme tout le monde: je me lève tôt le matin, je vais faire du jogging, puis je me lance dans le boulot. Et ce n’est pas que la musique; je suis du genre à m’intéresser à tous les aspects de notre carrière, de la création à la mise en marché. Je ne trippe pas trop sur l’aspect marketing, car je trouve qu’il y a trop de flattage d’ego, mais j’aime l’idée de développer des partenariats et des stratégies pour faire avancer la carrière du groupe. »

Stratégie? Partenariats? La conquête du monde d’Half Moon Run s’apparenterait-elle à une opération commerciale, voire à une partie de Risk? On pourrait le croire à entendre Conner exposer son plan comme une allégorie militaire. « On va d’abord faire quelques petites dates aux États, en éclaireurs, puis on passe en Europe, où on a une solide base de fans, histoire de grossir les rangs et de galvaniser les troupes en vue de l’assaut final. Car oui, le but c’est de tenter une vraie percée aux USA, qui a toujours été un marché beaucoup plus difficile. En ??même temps, ce n’est pas une question de vie ou de mort de séduire les Américains. Notre but premier est toujours le même: faire de la bonne musique. »

Et ça, Half Moon Run sait le faire. Au vu des premières réactions entourant la sortie de Sun Leads Me On, et suite à une mini tournée de rodage à travers le Québec, il semble bien peu probable que le groupe tombe en panne. Mais, si, par malheur, le succès international n’était pas au rendez-vous, Half Moon Run pourra toujours se rabattre sur Montréal, où les quatre concerts prévus en avril 2016 au Métropolis affichaient déjà complet quelques heures à peine après leur mise en vente. « Il y a des choses qui peuvent facilement te faire perdre la tête et disons que celle-là en était une, explique Conner. Lorsqu’on a appris que tous les concerts étaient « sold out », j’ai ressenti une espèce de vertige; alors je suis allé faire du jogging dans le parc Jarry, histoire de me recentrer. Crois-moi, ce n’est pas un truc qu’on prend à la légère. C’est à Montréal que le groupe est né est c’est à Montréal qu’il a grandi. De savoir que le public de notre ville nous suit dans cette aventure me remplit d’une immense fierté. »

Une fierté partagée par nous tous.


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En 2014, le magazine spécialisé Playback a classé Todor Kobakov dans son Top 5 des nouveaux noms de l’industrie canadienne du film. Depuis, le populaire compositeur, claviériste, arrangeur et réalisateur a confirmé le choix du magazine grâce à son travail tout aussi prolifique que magnifique. À preuve, l’édition 2015 du Festival international du film de Toronto mettait en vedette pas moins de 4 films dont la musique était l’œuvre de Tobakov : Hellions de Bruce McDonald (en collaboration avec Ian LeFeuvre); Closet Monster de Stephen Dunn (en collaboration avec Maya Postepski); Born To Be Blue de Robert Budreau (en collaboration avec David Braid et Steve London) ; et The Steps d’Andrew Currie (également en collaboration avec Ian LeFeuvre).

Parmi les films précédents auxquels il a contribué sa musique, ont retrouve notamment Young People Fucking ainsi que The Husband, de Bruce McDonald. Il a également le seul compositeur à qui l’on a fait appel pour les deux saisons de la populaire série Bitten, diffusée sur Space TV.

Comme l’explique l’artiste d’origine bulgare qui a étudié à l’Université de Toronto, il a eu la piqûre du cinéma très tôt : « Ma mère a travaillé dans le monde de la télévision toute sa vie [en tant que directrice musicale], et j’ai grandi à ses côtés sur les plateaux, entre les caméras et d’une salle de montage à l’autre. J’ai toujours voulu travailler dans le monde du cinéma, mais il faut un certain temps avant de pouvoir bénéficier de telles opportunités. Il faut un peu plus de maturité pour travailler dans ce domaine, et de plus, j’ai choisi des avenues musicales différentes. »

« Chaque projet est différent. Ça met du piquant dans ma vie. »

Kobakov a longtemps œuvré comme claviériste, arrangeur et producteur pour d’importants groupes et artistes canadiens tels que Metric, Stars, Dan Mangan, Emily Haines, k-os et Luke Doucet. « Cette expérience a été des plus utiles », confie-t-il. « Par exemple, dans la seconde saison de Bitten, j’ai utilisé un vrai quatuor à cordes pour chacun des épisodes. Après avoir réalisé des arrangements à cordes pour de nombreux artistes pop, la transition était facile. Dans le monde de la pop, on travaille pour des projets qui ne sont pas nécessairement les nôtres, mais on essaie quand même d’être le plus complémentaire possible. Être un producteur ou un arrangeur est très près du travail d’un compositeur, car un film est un immense travail d’équipe. »

De plus, le cinéma lui permet de satisfaire ses goûts très éclectiques : « Chaque projet est différent. Ça met du piquant dans ma vie, et j’essaie toujours d’ajouter ma touche personnelle à tout ce que j’entreprends. » Un de ses conseils professionnels préférés lui a été prodigué par Robert Messinger, l’impresario de Mychael Danna, le mentor de Kobakov au Canadian Film Centre. « Il m’a dit “Assure-toi qu’on te reconnaisse pour ton travail et travaille sur des films qui sont le reflet de ta voix musicale plutôt que de te faire une réputation du gars qui travaille sur tout. Autrement dit, assure-toi de faire partie de la distribution du film, pas juste d’être engagé pour le film”. »

 

FAITS SAILLANTS

  • En 2006, Kobakov et la réputée auteure-compositrice Lindy Vopnfjörd ont formé le groupe indie rock Major Maker et se sont inscrits sur le Top 40 l’année suivante avec leur pièce « Rollercoaster», qui sera par la suite utilisée dans une campagne de pub à la télé. D’ailleurs, Kobakov produit actuellement le prochain album de Lindy.
  • Puis, en 2013, Kobakov a fait partie de la toute première résidence en composition de musique de film du Canadian Film Centre Slaight Family Music Lab, une expérience qui a « changé sa vie ». C’est là qu’il a fait la connaissance de Bruce McDonald et, neuf mois plus tard, il co-composait la musique pour le film The Husband.
  • En 2009, Kobakov a lancé un album au piano intitulé Pop Music qui a très bien été reçu. Le magazine torontois NOW l’a déjà nommé Meilleur claviériste de Toronto.

PVI
Éditeur : N/A
Discographie choisie : Young People Fucking (2007), The Husband (2013), Bitten (série télé, 2014-2015), Hellions (2015), Born To Be Blue (2015)
Membre de la SOCAN depuis 1999
Visitez le http://todor.ca/


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Bernard AdamusBernard Adamus lançait cet automne un troisième album au titre à coucher dehors : Sorel Soviet So What, clin d’oeil à So Far, So Good… So What! de Megadeth (1988). Ce titre, personne n’aurait pu l’inventer à part lui. Le grand Adamus fait partie, comme Lisa LeBlanc, Jean Leloup et Safia Nolin, des personnages charismatiques de notre panorama musical, des belles bébittes dont on veut découvrir l’histoire.

Attablé devant une eau minérale (!!), il semble dangereusement en forme. Il raconte la petite histoire derrière le titre : « Un soir que je m’étais déguisé en motard à l’Halloween, je m’étais écrit ça sur le bras pis j’trouvais ça ben drôle. En même temps c’était une façon de me libérer de tout le poids du jugement des autres, une manière de dire « Arrêtons de capoter, c’est rien que des tounes! ». Ce titre, complètement psychédélique, est une bonne joke menée à terme. Ça sonnait ben à mes oreilles alors je l’ai gardé. »

Le travail sur la langue, vernaculaire, est important chez Adamus. À l’oreille, c’est fluide, ça coule de source. Dans Les pros du rouleau et Donne-moi-z’en, il atteint des sommets de densité textuelle. Le débit est rapide : on a l’impression que personne d’autre que lui ne pourrait s’emparer d’un tel texte pour le faire exister! « Je peux passer deux jours sur la même phrase jusqu’à temps qu’elle sonne bien. Même si certains me trouvent vulgaire ou whatever, l’apport du langage, c’est le moteur premier de la toune. Tout part de la relation entre le rythme des mots et le sens des paroles. »

Bernard AdamusDans Le blues à GG, Adamus va jusqu’à mettre en musique le texte d’un écrivain qui partage aussi cette vision des choses : Gérald Godin. « J’ai essayé de trouver quelque chose qui me ressemblait, dans quoi je pouvais être aussi naturel. Ce collage d’un poème de Godin, j’aurais quasiment pu l’écrire! »

Petit empire américain

Pendant un moment, Bernard a jonglé avec l’idée d’intituler son troisième album Dix tounes américaines. « Ça reste de la musique américaine, je continue à faire un mélange de blues, de musique de cabaret et de chanson, mais j’étais un peu tanné d’être le petit chanteur de galerie. Je savais pas exactement où je voulais aller, mais je savais ce que je voulais pas. La directive, c’était le groove, que ce soit plus vivant. C’est un album construit avec un esprit de band, pas des gars qui accompagnent un chanteur. »

Cette recherche de grooves a mené Bernard sur de nouveaux territoires, comme sur la chanson Hola les lolos, lancé au coeur de l’été, porteuse d’une belle brise hawaïenne. Impossible de résister à l’allitération en « L » de la phrase-mantra du refrain : on jubile. Dans cet hommage à la poitrine féminine, il contourne habilement le piège de la vulgarité :


Le poids de ma noix quand l’vert jaunit
Dans l’creux d’tes mains que l’ciel est gris
À snoozes-tu ben au p’tit matin
Ma belle grande face entre tes deux seins

« Quand j’ai dit aux gars ce que je voulais faire, ils ont trouvé ça un peu risqué… Je ne pense pas avoir offusqué personne avec ça, c’est la plus politically correct de l’album! » Cette chanson s’est hissée jusque dans le 6 à 6 de CKOI. Est-ce que Bernard Adamus souhaite élargir son public, gagner de nouveaux auditeurs? « Le but, c’est de ne jamais faire de compromis. Je fais mes affaires et advienne que pourra. C’est très cool qu’Hola les lolos soit rentrée à CKOI, c’est un beau cadeau. En pop, on voit souvent des albums avec deux, trois bonnes tounes et le reste est fade. Moi je préfère développer une relation intime à long terme avec mes fans que d’avoir un hit radio, mais de pas être capable de remplir ma salle à Trois-Rivières, d’autant plus que j’aime ça, moi, partir en tournée et faire des shows. »

Avant même que son album soit lancé, Adamus avait déjà une vingtaine de spectacles bookés à l’automne. C’est d’ailleurs sur la route qu’il a écrit et composé les chansons de Sorel Soviet So What. Il a mangé de l’asphalte, fait de nombreuses rencontres… « Il y a beaucoup de mouvement, l’album reflète bien mes trois dernières années passées en tournée. »

Entre légendes locales et autofiction, Adamus brosse la peinture d’un petit monde intrigant, ça grouille et c’est plein de couleur. Il pose un regard tendre, mais non complaisant sur les hurluberlus sympathiques qui traversent ses chansons avant de repartir sur une « chire »… « J’ai laissé une partie de mon spleen de côté. C’est encore moi, ma perspective, une chronique de mes jours, mais je parle aussi des autres. Un peu moins de mes états d’âme. »


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