Deux têtes valent mieux qu’une. C’est le mantra que suit, pour son plus grand bien, le duo de compositeurs Asher & Skratt (Asher Lenz et Stephen Skratt). « Pour faire face à la pression que l’on connait, aussi bien en termes de créativité que d’échéances à respecter, deux paires d’épaules ne sont pas de trop, explique Lenz. » Skratt confirme, « au final, la musique est tout simplement meilleure si on s’y met à deux. »

Les compositions d’Asher & Skratt pour divers clients du domaine du cinéma, de la télévision et de la publicité sont couronnées de succès. Ils travaillent ensemble depuis une quinzaine d’années, d’abord chez Lenz Entertainment, et depuis quatre ans sous le nom Asher & Skratt. Leur chimie, tant personnelle que créative, demeure intacte d’après Skratt : « Bien que l’on passe énormément de temps dans la même pièce, nous ne nous sommes jamais réellement disputé.» « Nos sensibilités sont en synergie et nos expériences se complètent à merveille, » confirme Lenz.

« Nos sensibilités sont en synergie et nos expériences se complètent à merveille. »  – Asher Lenz.

Asher est le fils de Jack Lenz – lauréat de plusieurs prix SOCAN, vieux de la vieille de la composition pour le cinéma et la télévision et compositeur et producteur de chansons pour de très nombreux artistes de premier plan. À titre d’exemple, Andrea Bocelli a enregistré « Go Where Loves Go, » une chanson écrite par les Lenz père et fils.

Après avoir étudié la composition musicale et le piano à l’académie Interlochen puis la composition jazz à New York, Asher entame sa carrière au sein de l’entreprise de son père dont il gravit les échelons. Skratt a quant à lui étudié les percussions au collège Humber avant de joindre les rangs de Lenz Entertainment où il collabore à des spectacles de la trempe de Due South. Lenz souligne que « c’est en équipe, à nos débuts, qu’on s’est fait les dents à écrire chaque semaine la musique pour les épisodes d’une heure de Sue Thomas FBEye, une série dramatique. »

Le duo met sur pied sa propre entreprise il y a quatre ans pour, selon Skratt, « prendre en main notre avenir. » Les mandats de premier ordre ne cessent d’affluer depuis. Un des derniers défis en date est la ré-écriture de la musique du générique d’Inspecteur Gadget. « La version originale signée Shuki Levy, est la meilleure musique de dessin animée jamais écrite, » déclare Skratt. Le duo travaille en ce moment à la composition de la musique de Ever After High, web série animée (et futur long métrage) signée Mattel.

« C’est une vraie chance d’avoir l’occasion de travailler sur tant de genres différents, »  dit Skratt. « Tout cela fait de nous de meilleurs compositeurs. On ne peut qu’apprécier le fait d’écrire la musique d’un dessin animé complètement fou et de s’atteler juste après à Hyena Road, le nouveau film de Paul Gross, pour lequel l’écriture musicale doit évidemment être plus sérieuse et majestueuse. »

Le duo apprécie également la proximité physique que le travail leur impose. « Pendant de nombreuses années, nous n’avions qu’un seul ordinateur et un kit d’équipement, » raconte Lenz. « La charge de travail nous a imposé l’achat d’un deuxième kit et nous travaillons maintenant en parallèle. L’un révise les compositions de l’autre, et vice et versa. Il est donc bel et bien toujours question d’un vrai travail de collaboration. »

Skratt explique que le succès exige des habiletés diverses et variées. « Ne prenez pas les choses trop à cœur, » dit-il, « puisque vous êtes à la merci du réalisateur et du client. Votre travail consiste parfois à souligner simplement les bonnes blagues, surtout en animation. Vous devez connaitre votre logiciel sur le bout des doigts et le tenir à jour régulièrement. Vous devez évidemment être capable de tenir une discussion intelligente et articulée sur le cinéma avec des interlocuteurs de la trempe de Paul Gross et Larry Weinstein de Rhombus. La palette d’outils à maîtriser est très large. »

FYI
Crédits : Escape from Tehran (film), Hyena Road (film), Sunshine Sketches of a Little Town (téléfilm: leur musique s’est méritée un rpix de l’académie canadienne du cinéma et de la télévision en 2013), Sue Thomas, FBEye (TV), Doc (TV) Ever After High (web série) Detentionaire (TV), Inspecteur Gadget (TV)
Membres de la SOCAN depuis 2002 (Asher), 2000 (Skratt)
Site web : www.asherandskratt.com


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Est-ce que l’on choisit de vivre de la musique? Ou est-ce la musique qui nous choisit? Le jeune compositeur de musique Antoine Binette Mercier, 28 ans, n’a jamais pensé faire autrement. « Je n’ai jamais eu de questionnements autour de mon choix de carrière. J’ai toujours voulu être compositeur de musique de film, aussi loin que je me souvienne. » Malgré son jeune âge, le compositeur a signé la musique de jeux vidéo, des jingles publicitaires, des bandes sonores de courts métrages (Ça prend des couilles du réalisateur Benoit Lach, entre autres) et de longs métrages documentaires comme Le nez de Kim Nguyen et GSP: L’ADN d’un champion de Peter Svatek et Kristian Manchester.

Pour son travail musical sur le documentaire du champion en combat extrême, Antoine Binette Mercier obtient un prix Gémeaux, une nomination aux prix Écrans canadiens, et une bourse de la Fondation SOCAN au concours des jeunes compositeurs de musique audiovisuelle. Une confirmation que la voie prise est la bonne.

« Si tu veux rester vivant dans ce milieu de la composition de musique de film ou de documentaire, il faut que tu crées ton son. »

Antoine Binette Mercier fait d’abord ses débuts dans l’univers du jeu vidéo. Alors qu’il étudie en composition musicale classique à l’Université Laval, un professeur le met en contact avec le studio Long Tail, une boîte indépendante dans le domaine du jeu. Le boulot est si demandant qu’il quitte l’université. « Parfois, ça me manque cet univers académique. Mais à cette époque, je ne trouvais pas ça assez pratique. Et c’était un cadeau de faire de la musique de jeu vidéo. »

Après trois ans de collaboration, Long Tail se fait acheter par Ubisoft et Binette Mercier se voit à court de contrats. Il arrive à Montréal et se lie à la boîte de services musicaux Apollo Studios, une association qui se révèlera déterminante dans son cheminement professionnel. « Je me suis installé dans un local de leur bureau comme travailleur autonome. Et ça m’a permis de prendre contact avec le milieu, les gens et les projets qu’on y retrouve. Je n’aurais pas eu le pitch pour le documentaire sur GSP sans eux. »

Antoine Binette Mercier saisit les aspirations des réalisateurs du documentaire sur GSP via leurs références musicales plus grandes que nature, à l’image de leur sujet. Peter Svatek et Kristian Manchester citaient Radiohead et Hans Zimmer comme inspirations musicales. « Dans notre métier, on est toujours pris avec le demolover, des réalisateurs qui tombent en amour avec la musique qu’ils utilisent pour monter leur film avant d’y apposer la musique originale. Nous, comme compositeurs, on doit comprendre les émotions proposées. Aller au-delà des références de départ, et trouver les outils musicaux pour exprimer les 3 à 4 émotions présentes dans une scène. Peter et Kristian avaient collé une pièce de Radiohead sur une scène d’intimidation à l’école où GSP encaisse puis, un jour, réagit pour se faire respecter. J’ai opté pour le violoncelle de Claude Lamothe qui a l’intensité, la force, mais aussi la chaleur de l’athlète. Tout ça a bien fonctionné. »

Une autre rencontre déterminante est celle de Julien Sagot. Binette Mercier se lie d’amitié avec le percussionniste de Karkwa en 2009, alors qu’il écrit des arrangements pour le spectacle symphonique du groupe. Depuis, les échanges créatifs se poursuivent. Binette Mercier a assuré la réalisation du deuxième opus de Sagot, Valse 333, sorti à l’automne 2014. Ce partage créatif déclenche une quête musicale personnelle pour Binette Mercier. « Sagot m’a réveillé en tant qu’artiste. Il a semé en moi un sentiment d’urgence, celui de trouver mon propre son, mon propre style, mon langage personnel. Tu vois, depuis, je suis en recherche d’identité musicale. Et ça, c’est grâce à lui. »

Binette Mercier a donc amorcé la composition de son propre disque de chansons « cinématographiques », qu’il réalise à temps perdu, ou à temps inspiré. « Si tu veux rester vivant dans ce milieu de la composition de musique de film ou de documentaire, il faut que tu crées ton son. Il est facile dans ce métier de suivre ce que l’on te demande. En plus, notre temps créatif est souvent limité et court. C’est à toi comme compositeur de faire tes devoirs, de t’alimenter via la peinture, la création, la vie. »

Quand on demande à Antoine Binette-Mercier ce que le métier demande, il n’hésite pas à répondre : débrouillardise, détermination et entregent demeurent ses mots clefs. « Il faut que tu te tiennes à jour techniquement parlant, que tu composes par ordinateur, que tu sois versatile et que tu rencontres des gens. Personne n’aime ça se vendre. Mais quand je n’avais plus de contrats en jeu vidéo, je me suis payé une entrée à 300 $ au Sommet international du jeu de Montréal. Et je suis revenu avec un contrat de musique de 2000 $.»

Il n’y a rien comme créer sa propre chance.

http://abinettemercier.com/


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Au moment de notre rencontre, par une belle journée d’avril, Ariane Moffatt avoue vivre un petit moment de blues post-partum. Rien à voir avec la naissance de ses jumeaux Paul et Henri, portés par sa compagne Florence, et dont l’arrivée dans sa vie, il y a deux ans, a grandement inspiré les chansons de son plus récent disque. Non, Ariane fait le deuil de la période du cycle de création qui l’a menée jusqu’au lancement de 22h22. « Le gros de la promo est derrière moi et après le buzz initial, les médias sont déjà passés un autre nouveau truc », lance-t-elle avec un sourire amusé.

On pourrait dire la même chose d’Ariane, une artiste qu’on peut difficilement accuser de rester longtemps au même endroit. Chaque album est pour elle l’occasion d’explorer de nouveaux territoires, d’échanger avec de nouveaux musiciens, et 22h22 ne fait pas exception à la règle. Elle a même changé de compagnie de disques pour l’occasion, délaissant Audiogram pour Simone Records.

« Décider de ne pas mettre mes tounes sur Spotify, ça ne change peut-être pas grand-chose, mais ça me permet d’expliquer aux gens notre réalité. »

Mais si Ariane, de son propre aveu, peut être assez volage, elle s’appuie aussi sur quelques proches qui lui seront toujours fidèles. C’est le cas de son vieil ami Jean-Phi Goncalves qu’on a connu comme batteur au sein de Plaster et Beast et qui assure la coréalisation de 22h22.  « C’est un collaborateur assez particulier parce que c’est aussi mon meilleur ami, explique Ariane. Entre nous, le courant passe tout naturellement; on se comprend sans se parler. Évidemment, à titre de réalisateur, il a grandement contribué à la signature sonore. Mais je suis arrivée à lui avec un album presque fini, car j’ai tendance à tout penser en même temps: la mélodie, le texte, l’arrangement. »

Pour ce disque, Ariane s’était donné quelques balises: pas de guitares et beaucoup de synthés, mais éviter à tout prix de faire dans le pastiche new wave à la mode. Goncalves l’a bien compris et n’a pas hésité à réconcilier les extrêmes, magnifiant la pop entraînante de Debout ou Miami (une petite merveille qui, étrangement, a bien failli ne pas se retrouver sur le disque) ou privilégiant le dépouillement sur des chansons touchantes comme Domenico, écrite en hommage à un célèbre sans-abri du Mile-End.

Ce que Goncalves apporte aux musiques d’Ariane, Tristan Malavoy Racine le fait pour ses textes. Le poète et journaliste est un autre de ces amis proches dont Ariane apprécie les conseils. « C’est mon premier lecteur; il joue le rôle qu’un éditeur aurait pour un romancier », explique-t-elle. « Bien sûr, il a cette ouverture à la poésie, mais aussi une grande écoute. On discute beaucoup, sans que l’ego s’en mêle et il m’a aidé à rendre accessibles des trucs qui étaient assez personnels. »

Depuis le lancement de l’album, elle a d’ailleurs longuement parlé de la signification de ce 22h22, dont l’élégante symétrie rappelle la gémellité de ses fils. Au-delà de ses qualités esthétiques, cette heure marquait pour elle la transition entre deux états. Alors que le sommeil finissait par emporter ses fils, la mère laissait la place à l’artiste. Ça semble presque trop parfait pour être vrai, une coquetterie, même; et pourtant… « Non, non, c’est vrai, je n’ai pas inventé cette histoire, insiste-t-elle. Je voyais ces chiffres partout au moment de commencer la création du disque, affirme-t-elle. Après, c’est sûr, je me suis demandé si je n’en parlais pas un peu trop, s’il n’y avait pas un danger à insister sur un concept qui pourrait finir par faire de l’ombre aux chansons. Mais je l’assume et ce n’est pas pour rien que j’ai placé cette pièce-là au début de l’album : c’est en quelque sorte la clé qui permet de décoder l’ensemble du disque. »

Il est vrai qu’Ariane nous donne, plus que jamais, accès à son monde intérieur. Entre Matelots & frères, construite autour d’échantillonnages des voix de ses fils et le cri du cœur des Tireurs fous, c’est la mère qui prend le devant; tandis qu’avec une pièce comme Les Deux Cheminées, véritable déclaration d’amour à sa blonde, c’est l’amoureuse qui se dévoile.

Mais peu importe où elle décide d’aller, Ariane sait qu’elle peut compter sur un public de fidèles. À quelques reprises au cours de la conversation, elle évoque, presque incrédule, la jeune femme qu’elle était au moment du lancement d’Aquanaute en 2002 et, surtout, l’incroyable chemin qu’elle a parcouru depuis. Elle semble s’être réconciliée avec son statut de pop star et n’hésite pas à se servir de la notoriété pour aborder des enjeux importants, qu’il s’agisse d’homoparentalité ou des transformations de l’industrie de la musique. « Je ne pense pas devenir une militante, mais je pense que c’est important de parler de ces enjeux-là quand on a une tribune comme moi, explique-t-elle. Décider de ne pas mettre mes tounes sur Spotify, par exemple, ça ne change peut-être pas grand-chose, mais ça me permet d’expliquer aux gens notre réalité. À savoir que ceux qui s’en mettent plein les poches en ce moment nous paient des pinottes et ne réinvestissent malheureusement rien dans la carrière des artistes. »


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