Einstein a bien pu dire que l’information n’est pas une forme de « connaissance », mais le manque d’information est voué à l’échec. David Farrell se consacre à l’information dans un grand nombre de domaines de l’industrie musicale canadienne depuis près de quatre décennies. Grâce à son magazine actuel, FYI Music News, il fournit, gratuitement et électroniquement, un résumé des nouvelles et des événements sur lesquels les professionnels de la musique, les agences gouvernementales, les associations, les musiciens et les fans peuvent se renseigner directement sur l’appareil de leur choix.

Malgré un léger contretemps au début de la pandémie, Farrell télécharge tous les jours quelque 300 courriels qu’il trie en fonction de leur urgence, de leur intérêt, de leur profondeur ou de leur simple utilité en vue de les utiliser dans des articles de fond, des entrevues, des recensions ou des tableaux dans l’une ou l’autre des trois éditions hebdomadaires (lundi, mercredi et vendredi) de sa publication. Le choix du matériel à utiliser n’est pas difficile.

Un rédacteur chevronné

Durant les années 70, David Farrell a notamment été le rédacteur canadien de Billboard. Dans les années 80, lui et Patricia Dunn (qui était sa femme à l’époque) ont fondé The Record, une publication hebdomadaire qui est devenue la bible de l’industrie musicale canadienne et dont il a continué de s’occuper pendant une vingtaine d’années tout en contribuant à la fondation de la Canadian Music Week, le congrès national annuel de l’industrie musicale de langue anglaise au pays. Le magazine FYI a été lancé en 2000 avec le soutien de la Slaight Foundation, de CIMA (Canadian Independent Music Association) et de Music Canada. La profondeur de ses connaissances et de son expérience de la musique canadienne ont valu à David Farrell une intronisation au Canadian Music & Broadcast Industry Hall of Fame en 2018.

« Les nouvelles sont les nouvelles », tranche Farrell au téléphone depuis son quartier général de Toronto, et elles n’arrêtent pas de se produire même en temps de pandémie. Il sélectionne son matériel « en fonction de l’intérêt intrinsèque du sujet », explique-t-il. « Comment ça affecte les gens, ce que veut dire la nouvelle. L’argent est toujours un sujet intéressant et, dans mon cas particulier, ça recouvre un tas de choses parce que mes articles ne portent pas uniquement sur l’industrie de l’édition, mais sur les spectacles en direct, l’industrie de l’enregistrement et le rôle des artistes eux-mêmes au sein de l’industrie. Ça ratisse large. »

Chaque édition renferme une cinquantaine d’articles. Pour Farrell, la mise en page de FYI ressemble à « un casse-tête parce que nous avons trois éditions par semaine et que chacune contient au moins 10 nouveaux articles (sauf l’édition du mercredi, qui en renferme 14). Sur ces 10 articles, il y a l’enregistrement du jour, les brèves nouvelles musicales (on peut facilement en avoir 20 ou 30) – plus des titres qui suscitent beaucoup d’intérêt au Canada et à l’étranger et qui paraissent dans la presse de grande diffusion, ce qui peut aller de Rolling Stone au Globe and Mail.

« Même avec une équipe de rédaction réduite, nous couvrons une foule de domaines. En ce qui concerne le choix des sujets d’articles, les priorités sont évidentes dès qu’une nouvelle nous arrive. Il est rare que je n’aie pas sous la main un texte qui s’impose comme article principal. »  Les principaux collaborateurs de Farrell sont Kerry Doole (dont on peut souvent lire les articles dans Paroles & Musique), Bill King, Jason Schneider et quelques autres pigistes.

« Au quotidien, ça se passe entre Kerry et moi » explique Farrell. « Une chose qui ne cesse de nous étonner, c’est qu’il y a essentiellement deux façons d’évaluer l’intérêt [des lecteurs]. La première, c’est le nombre de vues, et la seconde, c’est le nombre de partages. » Certains articles se propulsent d’eux-mêmes, et c’est toujours une surprise. »

Il en donne comme exemple une annonce de Patrimoine canadien qui a paru dans FYI un vendredi et qui avait été partagée à 4 500 reprises une semaine plus tard. Un article de Tom Wilson [de Blackie & The Rodeo Kings] sur la vie en isolement a été partagé à environ 2 000 reprises.  Par contre, il y a des articles sur lesquels nous peinons, » observe Farrell, « et qui pourront être partagés à 11 reprises. Allez essayer d’interpréter ça comme un signe de l’intérêt des lecteurs. Je n’écris pas consciemment de pièges à clics, mais il est toujours surprenant de constater ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. »

La couverture médiatique et la COVID

« En ce qui concerne la façon dont la pandémie [a] affecté le flux des informations », explique Farrell, « j’en ai profité pour faire de [FYI] une publication beaucoup plus centrée sur les individus, pour communiquer avec les gens, comme journaliste, et leur demander comment la pandémie les affecte. Au point de vue financier, mais aussi, comme je suis venu à l’accepter, concernant le problème important qu’est devenue la santé mentale… Beaucoup de [nos lecteurs] ont l’habitude de travailler en groupe, ce qui fait que l’isolement peut avoir des effets très débilitants pour les artistes. Je pense que, dans une large mesure, ils ont besoin de voir le public réagir à leurs œuvres. En être coupé peut être très déstabilisant. Après deux mois, plusieurs artistes ont fait preuve d’une certaine flexibilité en passant de la communication personnelle à la communication en ligne. Il est encore tôt. En à peine quelques semaines, on a vu des artistes adopter de nouvelles plateformes, de nouveaux équipements, et présenter des interprétations de plus en plus géniales… Des entreprises dirigées par de nombreux Canadiens ont fait preuve d’une grande initiative, ils ont démontré beaucoup d’originalité, de calme et de leadership, et il semble que même avec les immenses pertes subies par leurs entreprises, ils trouvent moyen de continuer de présenter des spectacles. »



Facile de se perdre dans la constellation Alaclair. En plus de ses 10 parutions officielles, le collectif compte sur une soixantaine d’opus en solo ou en sous-groupe, déployés sur deux décennies. Alors qu’on célèbre le 10e anniversaire de son premier album 4,99, un indispensable de l’histoire du rap québécois, on a tenté de décrypter l’entreprise familiale Alaclair Ensemble et chacun de ses projets, en compagnie de KNLO et Eman.

Alaclair EnsembleAvec leurs collègues, les deux rappeurs ont tenté l’exercice fastidieux de répertorier toutes leurs parutions récemment. « Après coup, on s’est rendu compte qu’on avait oublié plein de trucs », admet Eman, à propos de l’affiche ci-dessous. « Ça montre à quel point Alaclair, c’est un gros projet. Y’a tellement de divisions que, même nous, ça nous échappe. »

À la base, Alaclair Ensemble n’était d’ailleurs qu’un projet parmi tant d’autres dans le parcours déjà bien entamé d’Eman, KNLO, Maybe Watson et Mash, rappeur et producteur qui a joué un rôle essentiel dans la création et la direction musicale du groupe, avant de déménager dans les contrées lointaines du Haut-Canada il y a quelques années. « Mash disait qu’on était les trois meilleurs emcees qu’il connaissait. C’est lui qui nous a regroupés, en disant qu’on était les ‘’Alaclair Allstars’’ », se souvient Eman.

Après la sortie de 4,99, Vlooper a remplacé Mash comme DJ et principal producteur du groupe, tandis que Robert Nelson a pris davantage sa place sur scène, même si sa présence était plutôt limitée sur l’album. Même chose pour Claude Bégin, qui accueillait la formation dans son mythique appart/studio du 1036 Cartier, à Québec.

Entre les (nombreuses) parutions du collectif, chaque artiste a poursuivi ses projets de son côté, sans jamais qu’on en vienne à se demander si la formation était sur le point d’imploser. Au contraire, chaque aventure solo est venue nourrir l’ensemble. « On n’a jamais eu l’approche d’un groupe fermé. Tout le monde est fort et indépendant. À la base, on vient tous de milieux différents, donc tout le monde amène ce qu’il veut, même sur les tracks d’Alaclair. I guess que c’est une forme de liberté. Chacun est animé par sa grâce et sa passion », explique KNLO.

Et l’inspiration, là-dedans ? « J’ai déjà eu peur d’en manquer au début, mais c’est jamais vraiment arrivé finalement… J’ai grandi dans une famille à l’église, où ça criait tous les jours. Peu importe les phases de ma vie et les projets que j’ai, le vibe est resté le même. Le défi, c’est plus la technique, la finition », reconnait KNLO.

C’est précisément là que les forces du groupe se complètent : certains sont guidés par une approche intuitive de la musique, tandis que d’autres sont plus cartésiens. « Quand je vois que mes trucs stagnent, je peux les envoyer à Claude par exemple », poursuit le rappeur. « On a tous nos forces et nos goûts. Certains sont plus roots soul funk comme moi, alors que d’autres sont plus electro house techno trap. »

En 10 ans de carrière, le groupe a effectivement effleuré tous les genres de rap possibles, en plus de flirter avec le funk, le folk, la musique électronique et la ballade pop. « On a jamais eu peur de se lancer dans toutes les directions », résume Eman, qui lance ces jours-ci un album solo (1036) qui a pris tout le monde par surprise.

4,99 (2010)

KNLO : « Ça a été le début d’une aventure qui fait maintenant vivre plusieurs enfants. C’est assez edgy au niveau musical, mais au niveau social, je suis fier de ce que ça représente pour nous. C’est une belle bulle au cerveau. »

Eman : « C’est une introduction à beaucoup de choses, une ouverture à de toutes nouvelles formes musicales grâce à mes amis qui sont, à ce jour, les plus grands musiciens que j’ai côtoyés. Je considère cet album-là comme formateur. C’est ma graduation du collège. »

Musique bas-canadienne d’aujourd’hui (2011)

KNLO : « On voulait faire un album triple pour montrer tous nos vibes différents, un peu comme OutKast l’avait fait. Ça montre qu’on don’t give par rapport aux étiquettes et qu’Alaclair, ça peut être n’importe quoi. C’est une boîte à surprises. »

Eman : « J’ai un gros lien d’appartenance avec cet album, ce patchwork-là. C’était l’époque où Ogden et moi, on chillait beaucoup ensemble. On brainstormait chez lui de jour et, quand Claude avait fini d’enregistrer avec Karim, on rentrait à son studio pour enregistrer. »

AMERICA (2012)

KNLO : « C’est du fuckaillage de Vlooper en studio. C’est un vrai malin, lui. À ce moment-là, il était inspiré par Madlib, et l’idée, c’était de faire un album très vite, en une journée. »

Eman : « C’est en partie un album de remix du Roé c’est moé (l’un des trois volumes de Musique bas-canadienne d’aujourd’hui). Faut voir ça comme Vlooper qui s’amuse avec son jeu vidéo. »

Dans l’south du Bas (2012)

KNLO : « C’est un petit éveil au trap rural, notamment grâce à Vire de bow. La pochette, c’est un de mes covers préférés. »

Eman : « On essayait des BPM un peu plus lents. Pour être franc, je m’en rappelle pas trop. Ça concorde avec l’époque où Vlooper chillait pas mal au 1036 (appartement/studio de Claude Bégin sur la rue Cartier à Québec). C’t’un peu random. »

Les maigres Blancs d’Amérique du Noir (2013)

KNLO : « C’est la première fois qu’on s’est dit qu’on allait vraiment essayer de tout péter avec un album. Avant ça, c’était plus du chilling naturel de tous les jours. Still, je sais pas à quel point on a réussi notre mission. »

Eman : « On a voulu faire de quoi qui se tient, mais c’est encore pas mal une pizza avec plein de saveurs différentes. Ça a été notre première expérience tous ensemble dans un chalet de création. »

Toute est impossible (2014)

KNLO : « Pour Les Maigres Blancs, on avait une énergie assez on fire, tandis que là, c’était un peu plus ice cold. On était un peu plus chacun dans nos têtes, dans nos tourments d’adult life. L’énergie était un peu moins survoltée. »

Eman : « J’étais pas le plus enjoué du monde quand on a rec ça. Je venais d’avoir un enfant, donc j’étais moins disponible psychologiquement pour le band. Je suis sorti du chalet et, sincèrement, j’étais pas trop sûr du résultat. »

Les frères cueilleurs (2016)

KNLO : « La machine était bien huilée. On était hungry. Tout ce qu’on avait à faire, c’était de répéter la même recette qu’avant, mais avec toute notre expérience. »

Eman : « Là, on avait vraiment le goût de tout péter. Je venais de sortir XXL avec 7ième Ciel, donc j’ai convaincu les gars de sortir l’album avec un label, ce qu’on n’avait jamais fait encore. Dès le départ, on savait qu’on voulait quelque chose de plus cohérent, de moins ‘’patchwork’’. On a eu du gros, gros fun dans notre maison avec un lac privé, très loin dans le bois. »

Le sens des paroles (2018)

KNLO : « On cherchait une balance similaire aux Frères cueilleurs au niveau des tracks, quelque chose entre ‘’sérieux’’ et ‘’pas sérieux’’. Le titre en dit beaucoup sur nous. On a de plus en plus de mots dans le compteur, et l’action d’écrire est de plus en plus naturelle. On se pose pas trop de questions sur le sens de ce qu’on dit. Pareil comme un joueur de saxophone : chaque note est pas obligée d’avoir une signification précise. »

Eman : « On a poursuivi sur le même rythme de création que Les Frères, sauf que cette fois-ci, on l’a fait en deux temps. Y’a d’ailleurs eu un chalet un peu plus trash, durant lequel on s’est payé du luxe. On a vraiment eu du gros fun. »

AMERICA Vol. 2 (2019)

KNLO : « C’est un road record, enregistré entre Paris et le bas du fleuve. Ça fait deux ans qu’on fait 70 shows et plus par année, donc on n’avait moins le temps et l’envie de se louer un chalet. C’est fait dans un esprit plus brut. Juste du gros spitting. »

Eman : « On a rec n’importe où le plus souvent possible. On aurait pu prendre une de nos deux semaines de libre de l’année pour aller dans un chalet, mais on avait-tu vraiment envie de se ramasser entre guignols au lieu de voir notre famille ? » [rires]

Capitaine Canada (2020)

KNLO : « Capitaine Canada, c’est le détracteur du band. Idéalement, faudrait que ça devienne notre partner, mais il est dangereux… Et il a aucunement l’intention d’arrêter. »

Eman : « Ça a été fait en pleine pandémie, alors qu’on était tous pas ensemble. J’ai aucunement suivi le brainstorm, mais ce que j’en comprends, c’est que Capitaine Canada, c’est notre ennemi. Honnêtement, j’étais même pas au courant de l’existence du personnage avant que le projet sorte. Les gars m’ont demandé de poser sur un verse, et j’ai découvert que ma voix avait été trafiquée. »

Projets connexes (en solo ou en sous-groupe) des six membres

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KNLO
ou KenLo Le Narrateur / KenLo
D’abord connu dans l’underground sous le pseudonyme de KenLo (ou KenLo Le Narrateur) grâce à trois mixtapes embryonnaires, mais très prometteuses, KNLO a rapidement perfectionné son flow et aiguisé sa plume pour devenir l’un des joueurs les plus complets du hip-hop québécois, développant à la fois des rimes puissantes et des flows originaux, de plus en plus poussés et impressionnants. Ses deux albums solos officiels, Long jeu et Sainte-Foy, incarnent l’aboutissement d’un parcours foisonnant de deux décennies de rap sans aucun faux pas.

Realicism 1.0 (2004)
Restrospectre 2.0 (2005)
Flattebouche (2007)
Long jeu (2016)
Sainte-Foy (2019)

Maybe Watson
Originaire de Saint-Laurent, un quartier de l’Ouest de Montréal où l’anglais est omniprésent, Maybe Watson est l’un des rappeurs québécois qui maîtrisent le mieux les subtilités du franglais. Présent depuis près de 20 ans sur la scène rap de la métropole, l’artiste a notamment bâti sa renommée avec la mixtape Maybe Watson et les copains, qui regroupe une bonne partie du talent qui fourmillait dans l’underground des années 2000. Avec deux albums solos en poche (Maybe Watson et Enter the Dance, parus à 8 ans d’intervalle), Watson a également bâti son personnage coloré et fantasque avec plusieurs EPs et mixtapes à saveur humoristique.

Maybe Watson et les copains (2005)
Maybe Watson (2011)
Le maxi 100timental (2011)
Maybe in Love (2011)
Maybe Watson Remix (2012)
Dreak (2013)
Noël Chanté (2013)
Enter the Dance (2019)

Vlooper
ou NRV Loopa
Depuis ses débuts avec le beatmaker Bueller sur LNG Mixtape, trésor caché encore disponible sur Soundclick (chansons 13 à 29), Vlooper est l’un des producteurs les plus créatifs et originaux de Limoilou, terre sacrée du rap à Québec. C’est à la fin de la décennie 2000 qu’il a su faire sa marque, notamment en solo (sur le triptyque Neon Blaster) et aux côtés du duo californien Homeless Royalty (sur les albums Big Gun Music et Return of the King). DJ lors des premiers spectacles d’Alaclair Ensemble, il s’est tranquillement imposé comme le principal producteur du groupe.

Neon Blaster Mercure (2008)
Neon Blaster Venus (2009)
Neon Blaster Water Planet (2010)
COPYCAT (a Dilla Tribute) (2011)
Snowloops (2012)

Claude Bégin
Inséparable allié d’Eman, avec qui il accumule les projets depuis plus de deux décennies (Northern Corp., Accrophone, Movèzerbe), Claude Bégin a fait sa marque comme rappeur, chanteur, compositeur, réalisateur et arrangeur de renom dans la capitale. Touche-à-tout, il a échafaudé le son de Karim Ouellet, une signature folk pop organique et accrocheuse qu’il s’est ensuite réappropriée sur ses deux albums solos.

Les magiciens (2015)
Bleu nuit (2018)

Robert Nelson
aka Ogden
Grand manitou du glossaire et de la stratégie numérique d’Alaclair Ensemble, qui ont permis à la formation de se démarquer sur la scène rap québécoise à partir de 2010, Robert Nelson est surtout reconnu pour son charisme, son énergie sur scène, ses flows survoltés et sa réappropriation des référents de la nation bas-canadienne, dont l’histoire tapisse son œuvre entière. Le plus jeune membre du groupe a frappé un grand coup l’an dernier avec Nul n’est roé en son royaume, un premier album sur lequel il s’affranchit en partie de son fougueux personnage.

Nul n’est roé en son royaume (2019)

Eman
Eman trace sa route depuis 20 ans sur la scène hip-hop de Québec. Aux côtés de Claude Bégin, qu’il a connu durant son enfance, le rappeur a fait sa marque au sein du groupe Northern Corp., juste avant de connaître un certain succès avec Accrophone. Au tournant de la décennie 2010, il a renouvelé son flow et diversifié ses influences en se joignant à Movèzerbe et à Alaclair Ensemble, qui ont chacun leur tour donné un second souffle à sa carrière. Fort du succès critique de ses deux albums avec Vlooper, l’auteur-compositeur-interprète a enfin fait le saut en solo en 2019 avec un premier EP qu’il a entièrement produit.

Maison (2019)
1036 (2020)

Rednext Level
Formé de Robert Nelson, Maybe Watson et Tork, Rednext Level est un habile et irrésistible mélange de trap, de cloud rap, de hip-house et de pop. Sur scène, Tork est remplacé par DJ Tiestostérone, qui est également à la barre de l’album de remix Rapides et dangereux.

Argent légal (2016)
Rapides et dangereux (2017)

Eman X Vlooper
ou Eman X Vloopa
Dans un genre un peu plus sombre que celui d’Alaclair Ensemble, Eman et Vlooper ont uni leurs forces sur un EP et deux albums de grande qualité, parus sous Disques 7ième Ciel.

E.M.M.A.N.U.E.L. (2012)
XXL (2014)
LA JOIE (2017)

Robert Nelson X Kaytradamus
Juste avant qu’il fasse le tour de la planète sous le nom de Kaytranada, le producteur longueillois Kaytradamus a travaillé de concert avec Robert Nelson sur Les filles du roé, un EP mémorable aux beats frappants.

Les filles du roé (2012)

Monk.E & KenLo
En tant que producteur, KenLo a remodelé certaines des meilleures chansons de l’album Entre Mektoub et autodestruction de Monk.E sur l’EP Mektoub revisité, paru quatre ans plus tard. Les deux collègues du K6A ont concrétisé leur chimie sur l’album Destin et beyond… peu de temps après.

Mektoub revisité (2012)
Destin et beyond… (2012)

Caro Dupont & KenLo Craqnuques
ou KenLo & Cao / O2 / Canaw Cocotte & Cocotte Pondu
Au croisement du jazz, du funk, du soul et du hip-hop, la rencontre artistique entre KenLo et sa copine Caro Dupont, rappeuse, chanteuse et multi-instrumentiste, se déploie en quatre opus à la direction musicale vivifiante et chaleureuse.

La vie est un miracle (2011)
Booogillon Maison (Un) (2012)
Sur les terres d’Armand Viau (2013)
Multifruits (2018)

Vlooper & Modlee
Entre neo-soul et R&B futuriste, la réunion entre Vlooper et l’excellente chanteuse Modlee (sa copine) mise sur des lignes de basses pénétrantes et des rythmes prenants.

Digital Flowers (2009)
AnaloG LovE (2010)
Sunwalk (2012)
Queendom (2017)

Movèzerbe
Quelques mois avant l’arrivée d’Alaclair, Claude Bégin, Eman et KNLO se joignaient à Boogat, Les 2 Tom, Karim Ouellet et King Abid au sein de Movèzerbe.Le premier et seul album de l’octuor, Dendrophile, a ouvert le rap québécois à de nouveaux horizons avec son esthétique organique, teintée de neo-funk, de soul, de reggae, de folk et de musique latine.

Dendrophile (2009)

KenLo Craqnuques
ou KenLo Croqnote
Inspiré par la productivité et la démarche exploratoire de J Dilla, KenLo Craqnuques a donné une toute nouvelle impulsion à la production hip-hop québécoise grâce à sa série de beat tapes colorées, entamées en 2007. Avec les années, sa signature électronique déconstruite a laissé place à des ambiances soul, funk et house plus accessibles.

Noir (2007)
Bleu (2008)
Mauve (2008)
Orange (2009)
Rose (2009)
Cailloux germés (2010)
Brun (2010)
Soucoupe Volante pour MUTEK (2011)
Turquoise (2011)
Forêt_Boréale_Mixte (2012)
Tomates (2012)
Chaude chaleur (2013)
Huscletao (2014)
Rue Sicard (2014)
Wheels (2016)

K6A
K6A regroupe graffeurs, beatmakers et rappeurs, dont deux qui ont fait le saut avec Alaclair Ensemble (Maybe Watson et KNLO). Comprenant également OstiOne, SevDee, FiligraNn, Monk.E, Jam, Smilé Smahh et P.Dox, le collectif multidisciplinaire est l’un des groupes pionniers du renouveau rap québécois de la décennie 2010.

Tour de France (by Monk.E, Maybe Watson and SevDee) (2007)
Vente de garage (2008)
Ménage du printemps (2008)
Polalbum (2011)
Soucoupe_volante_001 (by SevDee, KenLo, Jam and Smilé) (2011)
Kosséça!?! (2013)

KenLo & Vlooper
KenLo et Vlooper, deux des plus talentueux beatmakers de Québec, ont beaucoup appris ensemble, en travaillant sur des beat tapes à l’esthétique lo-fi déconstruite, assez avant-gardiste pour l’époque. Leur premier effort, Veggie Loops, a été fait aux côtés de Bueller, producteur qui formait alors le duo LnG avec Vlooper.

Veggie Loops (2006)
Bullesbubbles (2009)
Bulles.Bubbles.II (2009)

Accrophone
Au milieu des années 2000, Accrophone a donné un nouvel élan au rap de Québec avec ses textures chaleureuses, ses influences folk pop et ses textes avisés.

Duo du balcon (2005)
J’thème (2007)
Beat Session vol. 1 (2010)

Northern Corp.
Collectif piloté par Tom Lapointe, producteur, arrangeur, réalisateur et membre du duo Les 2 Tom, Northern Corp. a mis Accrophone sur la mappe grâce à la compilation P.I.B., lancée en 2003 sous HLM Records alors que Claude et Eman n’avaient même pas encore 18 ans.

P.I.B. (2003)



Le déconfinement à distance donne lieu à des initiatives hors de l’ordinaire. Le quatuor montréalais TOPS fut récemment invité à enregistrer une performance pour le compte de la CBC – performance « zoomée », en différé et à distance. Les trois quarts du groupe enregistraient depuis Montréal, alors que le batteur Riley Fleck, le seul Américain du groupe, s’exécutait à trois heures d’écart, lui qui avait trouvé refuge en Californie pendant la crise sanitaire. « Chacun enregistrait sa piste séparément, tout était ensuite assemblé », précise Jane Penny, principale auteure-compositrice-interprète de l’orchestre dream pop qui a lancé en avril dernier I Feel Alive, son quatrième album.

TOPS, Penny Jane, Shelby Fenlon Le déconfinement à distance sans possibilité d’aller à la rencontre de son public donne aussi des fourmis dans les jambes des musiciens. I Feel Alive a beau être encore tout chaud, TOPS vient quand même d’emboîter le pas avec un nouveau single inédit, Anything sur la face A, la belle et langoureuse Hollow Sounds Of The Morning Chimes en face B, deux titres qui donnent l’impression d’avoir été inspirées par la première canicule de la saison subie le mois dernier au Québec. « Dans les circonstances, continuer à faire de la musique, c’est pour nous un refuge », illustre la musicienne.

L’apparent laisser-aller de ces nouvelles chansons contraste avec l’esthétisme soigné de I Feel Alive, un disque imaginé jusque dans le menu détail, du mot qui tombe pile au timbre de synthé longuement réfléchi. I Feel Alive, un disque vibrant, vivant, sur lequel le quatuor poursuit sa réinvention des codes de la pop grand public d’il y a trente-cinq ans.

« Lorsqu’on est arrivé au début des années 2010, beaucoup de gens de ta génération étaient sceptiques à propos de notre son », observe Jane Penny. C’est le propre des « come-backs », ceux qui les ont vécus – et qui en gardent un souvenir repoussant, ce qu’est celui du soft rock insipide des années ‘80 – s’en méfient, mais pour l’autre génération, il s’agit d’un territoire musical à explorer.

« J’estime qu’on a fait partie de cette première vague de musiciens qui récupéraient des styles musicaux qui avaient été « commercialisés », ces styles faisaient maugréer les gens à une certaine époque, rigole Jane. Selon moi, ce « mouvement » est né grâce à l’internet, qui nous permettait d’avoir accès à toutes ces musiques sans qu’elles soient reliées à leur contexte. La temporalité d’un son, d’un style musical, n’a tout d’un coup plus d’importance. C’est la rencontre du top des palmarès des années ‘80 et de la marge de la pop d’aujourd’hui. Je trouve ça intéressant de récupérer l’esthétique de ces musiques [d’une autre époque] pour les appliquer à la création contemporaine ».

Ce qui rend I Feel Alive – et le reste de l’œuvre, intelligemment racoleuse, de TOPS – si captivant, c’est qu’il n’y a aucune ironie, aucun second degré, dans ses intentions. Que de sincères chansons aux refrains pétillants, baignant dans une certaine mélancolie et ces orchestrations de guitares et de claviers surannés : « Je trouve que la mélancolie est une émotion plus constructive que la simple tristesse, puisqu’elle suggère une réflexion sur soi-même. »

Si Jane Penny est considérée comme la flamme créative derrière les chansons de TOPS, elle préfère parler de son collègue David Carrière, multi-instrumentiste, et elle comme d’un « duo d’auteurs-compositeurs ». « David écrira parfois les textes, mais généralement, il accouche d’une accroche [hook] ou une idée pour un enchaînement d’accords, et nous composons à partir de ça. J’ai du mal à définir vraiment quels sont nos rôles, et les limites de ceux-ci, dans le travail de composition qu’on fait. »

« Prends par exemple la chanson Take Down », une ballade sur laquelle le timbre doux de la voix de Jane balance entre deux jeux de textures, donnant l’impression d’entretenir une conversation avec elle-même. « Pour celle-là, tous ensemble, nous avions échafaudé ce groove qui m’inspirait des mélodies que je chantonnais. Je suis parti de ça pour écrire la chanson telle quelle, le texte et la mélodie, que j’ai enregistrés. Parce qu’on forme un groupe, il arrive que l’idée de base, le groove, une ambiance, soit un travail collectif, et que cette ambiance m’aiguille vers une chanson. D’autre fois, c’est David qui arrive avec une chanson qu’il a écrite lui-même et qu’on peaufine tous ensemble, parfois on la compose à quatre mains. Il n’y a pas de règle qui tienne : y’a des chansons sur lesquelles on peut travailler pendant un an, d’autres qui surviennent en une demi-heure. »

Pas de règle qui tienne, sauf une exception : une fois la chanson terminée, elle est analysée sous toutes ses coutures. « L’objectif est de s’assurer à chaque fois qu’on ne tombe pas dans le piège de la complaisance, de la page de journal intime qui finit par devenir une chanson, insiste Jane. On cherche à écrire des chansons qui ont plusieurs niveaux, des chansons que tu peux réécouter en lui découvrant un nouveau sens. Je crois que ce sont les chansons qui traversent mieux l’épreuve du temps. »