The Other Side, le premier EP de Chxrry22, s’ouvre sur une missive douce, mais cinglante adressée à un ex toxique. Sur cette pièce-titre, l’artiste originaire de Scarborough se dépoussière des restes d’une relation douloureuse tout en batifolant dans les extras que lui procure sa nouvelle célébrité et sa liberté postséparation. « You never know where you’ll be in five years », chante-t-elle avec une voix mielleuse, « You should’ve been nice. ’Cause I’m on the other side » (librement : « on ne sait jamais où on sera rendu dans cinq ans/Tu aurais dû être plus gentil, parce que j’ai tourné la page. »)

La chanson est un exemple de l’approche très personnelle de Chxrry (prononcé Cherry) pour l’écriture de ses chansons. Comme l’illustre bien le texte de « The Other Side », sa vie a pris un tournant majeur au cours des cinq dernières années et il y a sûrement un ou deux ex pleins de remords qui mangeraient leur chapeau s’ils pouvaient la voir maintenant.

D’origine éthiopienne et née Lydia Habtemariam, ses parents ont tous deux chanté dans une chorale et encouragé leurs enfants à développer leurs propres dons musicaux. Enfant, elle chantait dans les fêtes d’anniversaire et les mariages et elle se faisait de plus en plus remarquer lors des réunions de famille. « Chanter était une façon simple de me faire des amis et pour que les gens m’aiment, alors je voulais tout le temps chanter! » dit-elle. Ce n’est toutefois qu’en 2017 qu’elle a commencé à envisager de pousser son talent plus loin.

Une amie lui a suggéré de publier des vidéos d’elle-même qui chante sur les réseaux sociaux, et elle sont rapidement devenues virales. En peu de temps, elle est passée du statut de sensation Internet à celui de première femme signée sur XO Records, le label cofondé par The Weeknd (Abel Tesfaye) – qui, comme Chxrry, est aussi originaire de Scarborough, et également d’origine éthiopienne. Ce fut une tournure d’événements inattendue, mais pour laquelle elle a démontré qu’elle était prête.

L’approche XO est le reflet du style de leadership empreint de « laisser-faire » typique de The Weeknd. Chxrry a joui d’une liberté créative totale pour la production de The Other Side et on l’encourageait fortement à explorer ses propres sonorités et à mettre sa touche personnelle sur le projet. Elle s’est installée à Atlanta pour travailler sur son EP où elle a fait équipe avec le producteur nommé aux Grammys Sensei Bueno (Kid Cudi, Snoh Aalegra) et l’auteure-compositrice tout aussi décorée, Daijah Ross (Baby Rose, Eli Derby).

« L’écriture de ce EP s’est faite comme si je racontais ce qui m’est arrivé à une amie »

Les publications Instagram de Bueno et Ross nous présentaient des scènes empreintes de confort et de légèreté : Chxrry en pantalons de coton ouaté chantant devant un écran d’ordinateur dans la petite chambre de Bueno ; le trio qui rigole gloussant en faisant des exercices de confiance aveugle entre les séances d’enregistrement. Ils travaillent sur un projet majeur, mais les images de leurs séances de travail ressemblent plus à celle d’une soirée pyjama entre amis. Chxrry explique que ce degré de confort est crucial pour son processus d’écriture.

« Bueno est carrément mon thérapeute, rendu là. Et y a Daijah, mon amie d’Atlanta que j’ai rencontrée grâce à Bueno. Ce sont de meilleurs amis et quand je suis arrivée là-bas, j’ai immédiatement fait partie du trio », explique Chxrry. « L’écriture de ce EP s’est faite de manière super naturelle, rien n’a été forcé. C’était comme raconter quelque chose qui t’est arrivé à un ami, sauf qu’un moment donné, tu commences à écrire ce que tu racontes. »

L’objectif de Chxrry avec The Other Side était de bâtir sa confiance en elle en tant qu’artiste et d’établir sa propre voix, une mission qu’elle a réussie avec brio. Musicalement, on est dans un univers hypnotique et éthéré, mais ses textes sont acérés et terre à terre. Sur « The Falls », elle prend la responsabilité des conséquences de son infidélité, mais pas question de s’excuser. Sur « Call Me », elle détruit les espoirs d’un amant qui aimerait que leur relation devienne plus sérieuse, comme en témoigne la strophe « the look in your eyes sayin’ stay back/call somebody else if you want that » (librement : « ce regard dans tes yeux qui dit “garde tes distances”/appelle quelqu’un d’autre si c’est tout ce qui t’intéresse »). « Wasteland » voit Chxrry et Sensei faire équipe avec Sonic Major et Childish Major et ensemble ils nous livrent un rapport tranchant et sans concession sur la stérilité des sites de rencontre. Ses couplets féroces ne sont pas pour tout le monde et elle est parfaitement à l’aise avec ça.

« J’ai toujours eu cette attitude qui me pousse à dire et à faire ce que je veux », dit-elle. « Ç’a des conséquences, évidemment, en particulier que les gens me perçoivent souvent de la mauvaise façon. Sauf que je n’ai pas l’énergie de me censurer sans arrêt. C’est beaucoup plus simple d’être vraie et honnête. Je ne suis pas vraiment intéressée à présenter une image léchée. Essayer de plaire à tout le monde ne fonctionne jamais très longtemps. »

Avec cette carte de visite complétée et lancée dans l’univers, Chxrry prépare déjà sa prochaine parution qui sortira au début de 2023 si elle a son mot à dire sur la question. Mais peu importe quand il paraîtra, Chxrry nous promet que ce sera toute une expérience. « C’est difficile de décrire mon son parce que j’ai tellement de musique dans mon “coffre fort” et elle est très différente de ce que j’ai lancé jusqu’à maintenant », dit-elle. « Mais y a pas que le son, y a toute l’image de marque, toute ma personne. De ma personnalité à ma musique à mon style à mon contenu : tout ça crée une expérience. Honnêtement. »



Pour leur 10e album, les membres de Nickelback – Chad Kroeger, Ryan Peake, Mike Kroeger et Daniel Adair – ont pu profiter d’un avantage dont ils n’avaient jamais joui jusqu’ici dans leur carrière qui dure depuis 25 ans et qui nous a donné 9 albums en studio écoulés à plus de 50 millions d’exemplaires : le luxe de prendre leur temps.

« On n’avait pas de date butoir », nous expliquait Chad Kroeger lors d’un passage à Toronto en compagnie de Ryan Peake afin d’introniser Bryan Adams au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens lors d’un gala au Massey Hall le 24 septembre 2022.

« Y’avait personne qui nous criait après en disant “les gars, si vous ne sortez pas votre album durant le quatrième trimestre, on ne pourra pas faire ceci, cela et ça non plus, et vous pouvez oublier votre tournée aussi!” C’est tout ce qu’on a entendu pendant 20 ans », raconte Kroeger. « Tout était planifié et prédéterminé. C’est tellement agréable de travailler à son rythme. Tu n’as pas besoin de forcer quoi que ce soit et tu peux être créatif quand l’inspiration vient. »

Get Rollin’ est le premier album du groupe originaire d’Alberta et désormais installé sur la côte ouest depuis Feed The Machine (2017). On y entend Nickelback – reconnu pour ces immenses succès rock comme « Photograph » et « How You Remind Me » – explorer des terrains connus, mais aussi totalement inconnus.

Du côté connu, on retrouve des hymnes rock fortifiés de solos de guitare en fusion comme « San Quentin » ou « Skinny Little Missy », tandis que des morceaux avec un côté country rock des années 70 (« High Times ») ou l’onirique ballade pseudopsychédélique « Tidal Wave » voient Nickelback explorer de nouveaux horizons.

Nickelback, live, History, Toronto, 2022

Nickelback en concert au club History à Toronto, le 15 novembre 2022. Photo : Tristan Nugent

Mai l’un des moments préférés de Kroeger sur Get Rollin’ est la nostalgique « Those Days » avec ses relents country. « Rendu à mon âge et plus on s’éloigne de notre jeunesse, pus la nostalgie devient importante pour moi », dit-il. « Quand on est dans la vingtaine, on ne regarde pas vraiment en arrière en se disant “Quand j’avais 17 ans…” C’est quand on arrive dans la quarantaine qu’on se dit “Ah, quand j’avais 16 ans… Je me souviens de ceci, et ceci, et cela”. Tous ces souvenirs deviennent tes jours de gloire, tu sais? Toute cette merde qu’on vit tous un jour ou l’autre commence à s’effacer un peu et à laisser place, je l’espère, à de bons souvenirs. »

L’émotion l’étreint un instant. « Pour moi, “Those Days” me ramène à ce qui nous a poussés à fonder notre groupe », confie-t-il. « Même la merde que tu as vécue et que tu ne voudrais pas partager avec les autres a contribué à faire qui tu es devenu. Si tu effaces cette merde, tu n’es plus la même personne. »

« Perso, je fucking adore où on en est dans notre carrière. Quel façon de gagner sa vie! Y a des bouts qui sont durs, d’autres vraiment très durs, mais nous voilà. Je pense que rendu au point où on en est, j’ai assez chanté à propos de toute la merde qu’il faut endurer dans la vie. Je suis content de pouvoir chanter à propos d’autres trucs, le bon côté des choses. J’espère que ça ira chercher les gens autant que ça vient me chercher. »

Lorsqu’il s’agit de créer ses classiques passés et à venir, Kroeger utilise son studio maison pour créer les grandes lignes, mais les autres membres du groupe ont un droit de veto et ont leur mot à dire sur ce qui fonctionne ou pas. « Les gars contribuent à tout », dit-il. « J’arrive avec un squelette de chanson et je leur demande s’ils pensent que ça vaut la peine de poursuivre cette idée-là. “Est-ce que ç’a le moindre intérêt pour vous? ‘Pensez-vous que c’est une bonne direction pour le groupe?’”

« Ça arrive qu’ils disent non, et c’est très bien comme ça ; essayons autre chose et allons dans une autre direction. Ryan a toujours des bons mots : “je pense que c’est une excellente chanson, mais c’est pas pour Nickelback”. Et comme on fait des albums au “nous” et pas au “je”, cette chanson prend le chemin de la voûte en attendant que je sois prêt à travailler en solo avec quelqu’un d’autre. »

Pour Chad Kroeger, tout est prétexte à un squelette de chanson, que ce soit un riff ou un mot.

« Ça peut être plein de choses différentes », explique-t-il. « Il y a un truc que je dis tout le temps : quand c’est le temps d’écrire une chanson de calibre professionnel, tu devrais commencer par le refrain et savoir, d’un point de vue thématique, ce que les couplets vont lui apporter, parce que c’est dans ces détails-là que tu définis ton thème. »

Il prend une pause pour un effet dramatique avant de rigoler « on fait fucking rarement ça! Mais on est Nickelback et on finit toujours par y arriver. »

Selon Ryan Peake, il y a un seul et unique test qui détermine si une chanson se rend plus loin que le stade de l’audition. « Mon truc, et je me soumets moi-même à cet examen critique quand je crée quoi que ce soit, c’est simplement de me demander si j’ai envie de l’entendre encore », dit-il. « C’est pas plus compliqué que ça pour moi. Et je pense que c’est la façon de penser de bien du monde. »



La membre SOCAN Lisa LeBlanc a toujours su transformer le négatif en positif. Et c’est justement dans un contexte d’adversité pandémique qu’est né son album Chiac Disco, véritable rayon de soleil musical qui lui a permis de mettre la main sur le Félix dans la catégorie de l’Album de l’année – Pop, lors du Premier Gala qui avait lieu le 2 novembre, au MTELUS. Un album qui a été conçu dans le plaisir et dans la collaboration (une première expérience de coécriture pour Lisa) et qui a trouvé un écho plus que positif auprès de son public et qui lui a même permis de se retrouver sur la courte liste du Prix de musique Polaris.   Nous nous sommes entretenus avec elle en coulisses du Premier Gala de l’ADISQ .