Gary Furniss n’a pas vraiment tiré sa révérence, même si le mot « retraite » figurait dans le communiqué et que de nombreux artistes et collègues ont publié des messages de bons vœux à ce sujet. Ne vous attendez toutefois pas à le retrouver sur une véranda à observer les oiseaux — à moins qu’il ait son ordinateur et son clavier portatif sous la main.
Certes, il a quitté la présidence de Sony Music Publishing en Amérique du Nord après 33 ans – dont un passage comme directeur général pour des territoires en Europe, en Asie et en Australie – puis s’est offert un voyage de rêve en Chine avec son épouse, Eva. Mais à peine rentré, il était déjà de retour chez lui, dans son studio d’enregistrement professionnel, Stonehouse, à travailler avec Tom Wilson, l’un des musiciens avec qui il a fait ses débuts.
Sa dernière journée officielle chez SMP a eu lieu le 31 mars 2026. S’il calculait sa date d’entrée exacte, il serait amusant de découvrir qu’il y a passé 33 ans et 1/3, compte tenu de toute une vie consacrée à faire des disques. « Je n’y avais même jamais pensé », dit Furniss.
« Ça a été une énorme décision [de quitter mon poste] ; c’est comme si on vous coupait de quelque chose que vous avez tellement l’habitude de faire. J’ai encore l’impression qu’il me reste une semaine de vacances avant de retourner au travail. »
Son travail reposait sur une capacité presque magique à repérer les meilleures chansons et leurs créateurs et créatrices, à les accompagner et à trouver des occasions de faire progresser leur carrière et de les aider à réaliser leurs rêves. Un bon exemple : Stephan Moccio voulait travailler avec Céline Dion, et elle a fini par enregistrer « A New Day Has Come », une chanson inspirée d’Enya qu’il avait coécrite avec Aldo Nova. La chanson est devenue la pièce-titre de l’album et son premier simple!
Outre Wilson et Moccio, la liste de créateurs et créatrices de SMP Canada qu’il a bâtie avec son équipe — David Quilico travaille à ses côtés depuis 30 ans et occupe actuellement le poste de vice-président A&R, tandis que Mishelle Pack, d’abord stagiaire venue du Harris Institute, où Quilico enseignait, est devenue 15 ans plus tard directrice A&R — comprend Mother Mother, LIGHTS, la succession d’Oscar Peterson, Tawgs Salter, Intense, 254 Bodi, Liz Rodrigues, Pitt Tha Kid, Forest Blakk, Dax, Fefe Dobson, Anjulie, Joel Stouffer, Peach Pit et AP Dhillon. Parmi On compte également parmi les artistes qu’il a mis sous contrat Amanda Marshall, The Philosopher Kings, Chantal Kreviazuk, Dave Thomson, Hemingway Corner, Tara MacLean, USS, Edwin, Prozzäk, Our Lady Peace et Rob Wells.
L’épouse de Furniss est à la retraite depuis dix ans, et lorsqu’ils partaient en vacances, avoue le principal intéressé, il consultait ses courriels professionnels quotidiennement. « Quand on est président de l’entreprise, on n’a pas le choix de garder un œil sur les choses. » Le couple compte cinq petits-enfants, tous des garçons âgés de 3 à 12 ans. Il sentait simplement que le moment était venu de « prendre sa retraite ».
L’an dernier, Furniss a appelé son patron, Jon Platt, président du conseil et chef de la direction de SMP, pour lui dire qu’il voulait lui parler.
« Je croyais qu’il pensait que j’allais lui parler d’une proposition d’affaires, mais je lui ai dit : “En fait, aujourd’hui, ça fait 32 ans que je suis dans l’entreprise, et je vais avoir 72 ans en novembre.” Et là, il m’a répondu : “Quoi?” – je pense que certaines personnes croyaient que j’étais dans la soixantaine – et je lui ai dit : “Je ne me vois tout simplement pas continuer sans prévoir une forme de transition pour les prochaines équipes, pour toutes les personnes qui montent derrière moi. J’ai vécu de grandes expériences, j’ai eu beaucoup de plaisir, j’ai passé des années formidables dans mes fonctions à la direction de l’entreprise. J’ai besoin de redonner un peu plus de temps au volet créatif, là où j’ai commencé.” »
Tout a commencé au célèbre Fanshawe College de London, en Ontario, qui avait créé en 1970 un programme de formation pratique en studio. Furniss s’y est inscrit en 1973. À l’époque, le programme s’appelait Creative Electronics ; il allait plus tard devenir Music Industry Arts.
En troisième année, il a pris son courage à deux mains et a appelé sans contact préalable de nombreux professionnel·le·s de l’industrie pour tenter de les rencontrer, dont le producteur Jack Richardson. « J’ai dû le relancer pendant un an. “Non, il est à L.A., il travaille avec The Guess Who, Bob Seger, peu importe.” Puis un jour, je reçois un appel. Il me dit : “C’est Jack. Est-ce que tu peux passer demain pour qu’on se parle?” », raconte Furniss.
« J’avais décroché le Saint Graal. C’était le producteur numéro un au monde à l’époque. J’étais en plein milieu de mes examens, alors si je ne les passais pas, j’échouais après trois ans d’études. Mais j’avais l’occasion de rencontrer Jack… Je savais que c’était une décision cruciale. Alors j’ai échoué », dit-il en riant. « J’y suis allé le lendemain et j’ai rencontré Jack. Il m’a consacré des heures. Il travaillait justement sur Night Moves [de Seger]. »
Il y a quelques années, le collège lui a remis un diplôme honorifique et il a prononcé une allocution.
« La leçon, c’est qu’un bout de papier, c’est important, mais quand une occasion se présente et qu’elle ne reviendra pas, il faut la saisir », dit-il.
Richardson a permis à Furniss d’utiliser son studio, Nimbus 9, pendant les temps morts, ce qui lui a permis d’enregistrer des artistes comme Demics, Figgy Duff, The Shakers et Fictions. Il dit avoir même travaillé avec Richardson sur True Myth, un groupe issu de Fanshawe, pour Warner Bros. Canada. Ce fut l’un des premiers enregistrements rock numériques au monde et le premier album enregistré numériquement au Canada.
Au début des années 1990, Furniss était à New York pour tenter de faire signer un groupe qu’il produisait auprès des maisons de disques, et l’un des membres lui a dit que Mike Roth, chez Sony à Toronto, était intéressé. À son retour, Furniss est allé le rencontrer. Il lui a mentionné qu’un guitariste, Dan Achen, lui avait remis une cassette démo de son groupe Junkhouse qui l’avait complètement renversé.
« Il me dit : “J’ai la même cassette. Pourquoi on ne travaillerait pas ensemble sur ce projet?” », raconte Furniss. « C’est comme ça que Junkhouse a démarré. J’ai commencé à produire le groupe, puis à coproduire avec eux. » Leur premier album, Strays, qui finira certifié or, a été coproduit par Furniss, Roth, Junkhouse et Malcolm Burn.
Pendant les deux ou trois années suivantes, Furniss a travaillé comme ingénieur du son et mixeur pour Sony Music.
Puis, un jour, Richard Rowe, chef de la direction de Sony Music Publishing, a voulu le rencontrer. Furniss était en plein travail sur deux albums, mais il a pris l’avion pour aller le voir. À son retour, on lui a offert le poste de directeur de création de la division d’édition musicale au Canada.
« J’ai dû prendre une décision difficile, parce que Malcolm Burn et moi avions prévu de faire des trucs ensemble après l’album de Junkhouse, et je leur ai dit : “Les gars, je viens d’accepter un poste chez Sony.” Ils m’ont répondu : “Quoi?” Et moi : “Non, non, je pense qu’on peut faire des choses là-bas. Ce ne sera pas un rôle purement corporatif ; il s’agira de prendre tout ce qu’on fait déjà et d’offrir ces occasions à une nouvelle génération de créateurs et créatrices.” »
C’est ce qu’il a fait. Au fil de son parcours, il a défendu les droits des artistes en siégeant à de nombreux conseils d’administration, notamment ceux de la SOCAN, de la Fondation SOCAN, de MPC, du PACC, de CARAS et de la CMRRA, où il a exercé les fonctions de président du conseil et d’administrateur.
Furniss travaille maintenant à son rythme dans son studio maison avec Wilson, Junkhouse et le fils de Wilson, Thompson. Il a travaillé sur la musique de Wilson pour ses expositions, sur le documentaire Beautiful Scars, ainsi que sur des chansons tirées de la comédie musicale, qui sont disponibles en ligne.
Comme il l’a dit à Platt : « Je prends ma retraite du monde corporatif. Je vois ça un peu comme les musiciens avec qui on travaille : ils passent 23 heures sur la route pour vivre cette heure de magie, et ces 23 heures sur la route, c’est du travail exigeant. Alors j’ai vu le monde corporatif comme ce temps passé dans l’autobus, et maintenant, il ne me reste que cette heure de plaisir en studio. »