Words & Music lance aujourd’hui une nouvelle tradition : mettre en lumière cinq membres émergents promis à une année bien remplie alors qu’ils et elles partent à la conquête d’un public toujours plus large.
ADAM STURGEON
Qu’il soit à la tête des projets alt rock Status/Non-Status ou OMBIIGIZI – une collaboration avec Daniel Monkman de Zoon qu’il a lancée en 2022 –, la communauté est au cœur de la démarche de l’auteur-compositeur-interprète anichinabé Adam Sturgeon.
Status/Non Status a vu le jour sous le nom de WHOOP-Szo à Guelph, en Ontario, en 2009, et a été rebaptisé en 2021 afin de dénoncer la reconnaissance sélective du gouvernement fédéral quant à la citoyenneté de certain·e·s Autochtones au Canada. Status/Non Status s’est depuis développé pour embrasser non seulement l’héritage de Sturgeon, mais aussi la vie dans son quartier.
C’est du moins l’un des fondements de Big Changes, paru le 6 mars 2026, le troisième album du collectif en constante évolution basé à London, en Ontario, dont il est le chanteur principal.
« Plusieurs thèmes abordés sur Big Changes parlent directement des rues et du quartier où on vit et des réalités qu’on observe », explique Sturgeon. « C’est vrai qu’il y a beaucoup de dépendance, d’itinérance, de pauvreté et d’enjeux systémiques ici, à London. Ça touche particulièrement les communautés autochtones et anichinabées : environ 35 % de la population en situation d’itinérance est autochtone. Ces thèmes se reflètent donc dans une chanson comme “Arnold”, qui parle d’un ami disparu, ou “Bones”, qui se penche sur l’histoire coloniale. »
« “Big Changes” parle littéralement de ce que je vois quand je marche dans la rue. On regarde vraiment ce qui se passe dans nos propres communautés, parce que c’est là qu’on vit, non? C’est important de reconnaître ces réalités-là et d’en être conscient. On essaie simplement de faire notre part, à notre échelle. »
Tout en explorant ses racines familiales à travers son écriture, Sturgeon – dont l’album Warrior Down de WHOOP-Szo, paru en 2019, a figuré sur la longue liste du prix de musique Polaris – a mené son groupe dans des hameaux canadiens rarement visités, ainsi qu’aux États-Unis, au Mexique et au Royaume-Uni, pour partager sa perspective unique.
« La plupart des gens qui s’intéressent à notre musique ont vraiment envie d’apprendre et d’évoluer, dit-il. Ils s’intéressent toujours aux questions liées à l’identité autochtone, souvent à travers un regard façonné par le colonialisme, mais on réussit quand même à les rejoindre. »
GOOD KID
Après 11 ans d’attente, le groupe torontois Good Kid lance enfin son tout premier album, Can We Hang Out?
Depuis ses débuts en 2015, le groupe torontois formé du chanteur Nick Frosst, des guitaristes David Wood et Jacob Tsafatinos, du bassiste Michael Kozakov et du batteur Jon Kereliuk n’est pourtant pas resté discret : nommé aux JUNO, il a déjà fait paraître 24 chansons réparties sur quatre microalbums, offrant à son public des pièces indie pop accrocheuses et efficaces.
Alors, pourquoi un album maintenant? « Notre public nous le demandait, explique Wood. À un moment donné, on s’est sentis prêts à entrer en studio pour créer quelque chose qui compte vraiment. »
Le groupe est formé d’amis qui étudiaient tous la programmation informatique à l’Université de Toronto, mais Good Kid ne suit pas le parcours typique d’un groupe à succès. Sa popularité a notamment été propulsée par la communauté du jeu vidéo Fortnite : le groupe a choisi de laisser ses admirateurs du monde entier diffuser sa musique librement, sans avis de retrait.
« On les a simplement laissés faire, ajoute Tsafatinos. Ça a créé cette réputation qui fait que les gens savent qu’ils peuvent créer des contenus avec notre musique sans craindre que ces contenus soient retirés. »
Ce lien fort entre le groupe et son public lui a permis d’atteindre 3,2 millions d’auditeurs mensuels et plus de 725 millions d’écoutes sur Spotify seulement. Depuis 2023, Good Kid effectue des tournées à l’international et prévoit parcourir le Canada, les États-Unis et l’Europe en 2026.
« Les gens pensent que c’est une stratégie marketing complètement folle, explique Wood. Mais en réalité, tout est parti de jeunes de 15 ou 16 ans sur Fortnite, qui faisaient des montages de leurs meilleurs “trick shots” en utilisant notre musique comme trame sonore. »
Ça fonctionne aussi parce que Good Kid ne doit rien à personne. « On est un groupe de rock véritablement indépendant, on n’a jamais signé avec une maison de disques, explique Tsafatinos. On détient tous les droits sur notre musique et on peut en faire ce qu’on veut. »
SOFIA CAMARA
Elle est la « nouvelle sensation »… après dix ans de travail.
Autrice-compositrice-interprète pop torontoise d’origine portugaise, Sofia Camara accumule les succès depuis quelques années, portée par son succès Top 20 « Never Be Yours » et ses deux microalbums parus en 2025, Was I(t) Worth It et Hard To Love. Celle qui a aussi atteint le Top 5 du palmarès adulte contemporain canadien avec « Girls Like You » a attrapé le virus de la musique avant même l’adolescence, en publiant des reprises de Taylor Swift et Justin Bieber sur TikTok où elle a fini par se bâtir une communauté de fans de 1,2 million d’abonné·e·s.
« J’ai commencé à publier des vidéos quand j’étais en secondaire 2 », raconte Camara. « J’essaie simplement de rester constante et de me rappeler que les choses prennent du temps. »
Lorsque la pandémie a forcé une pause dans les tournées et les spectacles, elle a partagé une composition originale sur TikTok qui a immédiatement attiré l’attention de l’équipe A&R d’Universal Music Canada, ce qui a mené à un contrat avec 21 Entertainment/UMC.
Au départ, l’étiquette la met en contact séparément avec des producteurs locaux — Mike Wise (Charli X C X, Shania Twain), Lowell et Nate Ferraro (Charli XCX et Beyoncé), mais les résultats n’étaient pas ceux attendus.
« Puis quelqu’un de mon équipe a proposé de nous réunir tous les trois », raconte Sofia, qui est cocréatrice de toutes ses chansons. « C’est là que tout a cliqué. Ce qui sort de ces sessions est vraiment authentique. »
La jeune artiste qui est finaliste dans la catégorie Révélation de l’année aux JUNO 2026 s’est produite à Lollapalooza et à Osheaga, ce qui lui a permis d’apprivoiser le trac des grandes foules. « Ça peut être intimidant, même insurmontable », reconnaît-elle, « mais c’est justement à ce moment-là qu’il faut plonger. »
Passionnée d’aquarelle, l’artiste travaille actuellement sur son premier album et elle avoue se fier à un test bien simple pour choisir ses chansons : « Si j’ai des papillons dans le ventre, tout le reste se met en place sans effort. »
JADE LeMAC
Le premier simple certifié platine au Canada de l’autrice-compositrice-interprète montréalaise Jade LeMac, « Constellations », est un succès que rien ne semble pouvoir arrêter. Il approche rapidement les 450 millions d’écoutes sur Spotify et lui a permis d’atteindre près de 7 millions d’auditeurs mensuels sur la plateforme — un chiffre appelé à grimper, alors qu’elle assurera la première partie de la tournée de retour américaine de Hilary Duff en 2026 avec des arrêts au Madison Square Garden de New York et au Red Rocks Amphitheater de Denver, entre autres.
« Cette tournée avec Hilary va être complètement folle! » lance LeMac, qui est également en nomination aux JUNOs 2026 dans la catégorie Révélation de l’année. Elle a également vu quelques-unes de ses chansons placées en synchro dans le film de Sidelined: The QB and Me (Tubi, 2024). Son simple « Running Home », tiré de son premier microalbum chez East West/Warner Music Canada, It’s Always at Night, figure actuellement dans le Top 20 des palmarès Contemporary Hit Radio et adulte contemporain de Billboard Canada. Elle s’est d’ailleurs récemment acheté une guitare pour continuer à écrire sur la route.
« La tournée, c’est épuisant », dit-elle. « En plus, j’ai le mal des transports, donc je ne suis pas très productive en avion ou en voiture. Mais il y a des moments en tournée où j’ai envie d’écrire et je n’ai pas d’instrument sous la main, alors, ça va être précieux d’avoir une guitare à portée de main pour m’inspirer. »
Ayant grandi à Victoria, LeMac attribue son succès à sa famille très encourageante et à son… téléphone. « TikTok est la raison pour laquelle j’en suis là aujourd’hui, dit-elle. C’est grâce à cette plateforme que j’ai pu faire connaître ma musique et mettre un pied dans l’industrie. »
LeMac est aussi sortie de sa zone de confort pour collaborer avec Monstercat, le label EDM basé à Vancouver qui offre à ses artistes des contrats sur une base « une chanson à la fois ». Elle affirme cependant que It’s Always at Night reflète davantage son univers sonore et sa profondeur émotionnelle. « “Sleeping With the Lights On” est l’une des chansons les plus vulnérables que j’aie jamais écrites », confie-t-elle.
Ouvertement queer, LeMac se dit heureuse d’être pour d’autres « la personne [de la communauté LGBTQ+] dont j’aurais moi-même eu besoin quand j’étais plus jeune ».
MICO
MICO est déjà l’artiste du Spotify Radar Canada pour mars 2026, avec plus de 300 millions d’écoutes à l’échelle mondiale. La sensation alt-pop compte près d’un million d’auditeurs mensuels sur la plateforme et cumule aussi 30 millions d’écoutes pour « Senses », extrait de son microalbum internet hometown hero (2024), et sa popularité est sur le point de franchir un nouveau cap. MICO, alias le Torontois Miguel Veloso, a signé l’an dernier un contrat avec Columbia Records, ce qui lui permettra de développer encore davantage son univers artistique et sa communauté de fans, les « Amicos ».
« Tout est une question de “timing”, dit-il. On a tourné six fois au cours des trois dernières années et investi énormément de nos ressources. Je pars en tournée avec une équipe assez importante, et je n’ai jamais lésiné sur les moyens. Columbia nous donne maintenant l’occasion d’aller encore plus loin parce qu’on a accès à une équipe beaucoup plus grande. »
Dire que tout a commencé avec le karaoké familial! « J’ai commencé à chanter à six ans », raconte MICO. « Mon père faisait jouer des chansons des années 80, et le karaoké, c’est une façon simple d’enlever la pression de la performance. » Au secondaire, il publiait des reprises sous le nom de MICO sur différents serveurs Discord, avant de réaliser qu’il devait proposer quelque chose d’original. Il s’est donc mis à écrire ses propres chansons à 16 ans.
Nommé aux JUNO 2026 dans la catégorie Révélation de l’année, et une artiste captivante lors de la cérémonie télévisée des prix JUNO, il attribue davantage son succès à Discord qu’à TikTok. « Je n’aurais pas les fans que j’ai aujourd’hui sans Discord, dit-il. C’est une communauté tissée serrée. Les gens me connaissent. »
Et nous prépare-t-il de nouvelles chansons? « J’en ai quelques-unes en réserve, aucun doute! »




