Deux ans après Feux de joie, Marie Céleste revient avec Tout ce qui brille, un projet qui, sans être un album concept, s’organise autour d’un passage clair : du cynisme à la lumière. Le quintette montréalais impose un mouvement qui se distingue déjà de ses premières parutions. Là où ils exploraient auparavant des formes plus abstraites, Tout ce qui brille cherche à aller droit au but.
« Avant, c’était plus symbolique, plus éclaté », note Philippe Plourde. « Là, on est dans quelque chose de plus direct. Les phrases sont plus courtes, plus claires. » Cette volonté de précision passe notamment par le travail de la langue. Chez Marie Céleste, l’écriture commence souvent par le son : une mélodie, des onomatopées, parfois même des fragments en anglais, avant de trouver une forme finale en français. « On s’accroche souvent à la sonorité d’un mot, même s’il ne veut rien dire au départ, explique Philippe. Mais le défi, c’est de réussir à garder cette musicalité-là en français. »
Simon Duchesne abonde dans le même sens. « En français, un mot peut porter plusieurs images. Il faut trouver des formulations qui ne sont pas déjà mâchées, sans trop s’éterniser. » Le groupe revendique d’ailleurs un attachement particulier au langage québécois. Avec plusieurs auteurs au sein du groupe, les chansons se construisent à partir de points de vue distincts. « C’est comme avoir plusieurs angles de caméra sur un même sujet », résume Simon.
La pièce Deux goélands en est un exemple révélateur. « Zach écrit de façon très directe, Philippe est allé ailleurs, et moi j’ai amené une dimension plus métaphorique », explique Simon. Philippe complète : « C’est comme si on te rencontrait dans un bar et qu’on te racontait la même histoire chacun notre tour. »
Cette circulation des idées s’est toutefois structurée avec le temps. « On a une maturité d’arrangements qu’on n’avait pas avant, observe Simon. Au début, tout le monde voulait jouer sur tout. Là, on a appris que c’est possible qu’une chanson ait juste besoin d’un piano et d’une voix. On apprend à s’adapter. »
Ce dépouillement relatif s’accompagne d’une nouvelle façon de collaborer. « Quand quelqu’un compose, il mène l’arrangement », précise-t-il. « On essaie plusieurs choses, puis on se donne la liberté de se dire non à la fin si ça ne convient pas. » Philippe résume simplement : « On a mis l’ego à la porte ».
Cette évolution s’inscrit dans un contexte de création étalé dans le temps. Certaines chansons remontent à plusieurs années, d’autres ont émergé plus récemment, notamment lors d’une résidence en chalet qui a permis au groupe de préciser ses intentions. « On voulait faire l’album à la hauteur de nos ambitions, dit Philippe. L’album de nos rêves. »
Le processus a aussi été influencé par les réalités concrètes du groupe. Avec le déménagement de certains membres, les moments de création collective se sont raréfiés, concentrant l’essentiel du travail en studio. « C’est devenu des moments plus précieux », note-t-il.
Certaines chansons portent cette intensité de manière plus personnelle. Sur LO, Philippe évoque une rencontre amoureuse récente. « J’avais ce riff au piano, puis j’étais incapable de penser à autre chose que ma nouvelle relation, raconte-t-il. C’est le côté biochimique du début d’une relation. »
« C’est comme avoir plusieurs angles de caméra sur un même sujet »
Même si, pour lui, sa mélodie était complètement désalignée du propos dont il avait tant besoin de parler, il a mis sur papier ce qui avait besoin de prendre vie musicalement, pour lui, à ce moment-là. L’écriture, plus exigeante pour lui, s’est faite par fragments. « Mais, je ne suis vraiment pas une machine à écrire, précise-t-il. Il faut me pogner dans la bonne journée pour que j’écrive quelque chose de bon. »
À l’inverse, Simon décrit une approche plus spontanée, parfois concentrée en de courtes périodes de travail. « Je peux écrire huit ou neuf heures en ligne, comme une job », dit-il. La pièce Cast Your Fate, écrite dans un contexte personnel difficile, en témoigne : « Il y avait une mélodie depuis longtemps, mais les mots sont arrivés d’un coup. »
Cette complémentarité entre les deux auteurs participe à l’équilibre du disque. Elle s’inscrit aussi dans une trajectoire plus large, marquée par une ascension rapide. Signé à un jeune âge, le groupe a rapidement été confronté aux réalités de l’industrie musicale.
Avec le recul, le groupe reconnaît la chance qui les berce depuis leurs débuts. Pour ceux qui commencent et qui se cherchent, ils se veulent bienveillants : « La distribution, c’est le nerf de la guerre au début, affirme Philippe. Tu peux mettre beaucoup d’argent dans un projet, mais si personne ne l’entend, ça ne sert à rien. » Simon souligne pour sa part l’importance du temps. « On a attendu longtemps avant de sortir un album, dit-il. Tu as toute ta vie pour faire le premier. Il faut se trouver avant. »
Aujourd’hui, cette patience semble porter fruit. La sortie de Tout ce qui brille marque un moment charnière, où le groupe affirme une identité plus nette, tant sur le plan musical que sur la scène. « C’est la première fois que les gens vont vraiment connaître les chansons, note Philippe. Ça va être plus engageant. »
Tout ce qui brille nous présente une série de moments émotifs, toujours ancrés dans quelque chose de vécu. « On l’a écrit pour nos proches », rappelle Philippe. « C’est de la musique honnête », complète Philippe. Comme quoi on peut briller en restant proche de ce qui compte.
