« I’m leaving you, c’est une victoire personnelle! » Florence K ne s’en cache pas : elle a affronté une tempête. Mais la voici plus forte et plus rayonnante que jamais. Elle se présente à l’entrevue après avoir consacré sa journée à l’enregistrement de son émission de radio, Ici Florence, sur les ondes d’Espace Musique. L’auteure-compositrice-interprète de 30 ans est souriante et visiblement épanouie alors qu’elle amorce un tout nouveau chapitre de sa carrière.

C’est un retour en force pour celle qui a vécu une période extrêmement houleuse, il y a plus de deux ans, après sa séparation d’avec le père de sa fille Alice. Florence K ne pensait pas y arriver, elle a trimé dur pour rebâtir sa confiance. Le fruit de son labeur : I’m leaving you, lancé en octobre dernier, l’album le plus personnel de sa carrière.

Malgré les difficultés qu’elle a traversées, Florence K offre sur son sixième disque des pièces lumineuses, même si elles abordent de front des sujets difficiles. Elle donne la chair de poule lorsqu’elle entonne avec émotion la jolie ballade « Remember Me », cri du cœur à la « Someone Like You » d’Adele. Mais ce n’est pas parce qu’elle chante « Don’t Come Around Here Anymore » ou « You’re Breaking My Heart (Mi Droga) » qu’elle s’apitoie sur son sort. C’est bien mal la connaître! Florence K avoue d’ailleurs qu’elle ne se prend pas au sérieux. « On s’entend que mon disque, ce n’est pas Live Through This de Hole! C’est l’un de mes albums préférés, mais je n’en suis pas encore là, » affirme la musicienne.

« Les chansons sur ce disque-là, c’est moi. Et ça ne me dérange pas. Je suis bien avec ça. »

C’est dans le bonheur le plus total que l’écriture et l’enregistrement de son plus récent disque se sont déroulés à Los Angeles en compagnie du réalisateur Larry Klein, l’ancien mari de Joni Mitchell, qui a épaulé notamment Melody Gardot, Herbie Hancock et Tracy Chapman. Les musiciens David Batteau et David Baerwald ont également participé à cette aventure. Pour sa part, Tchad Blake a mixé les 10 chansons de l’album. « C’est lui qui a mixé El Camino des Black Keys, je n’en reviens pas! »

« C’était magique, » s’exclame Florence K lorsqu’elle parle des moments qu’elle a passés en Californie. La musicienne s’illumine alors, ses yeux deviennent brillants. Elle tire de son sac son téléphone intelligent pour faire entendre les démos qu’elle a enregistrés là-bas.

Avec Larry Klein, elle a réussi à varier sa palette musicale en y ajoutant une touche plus pop, plus soul. Les sonorités latines entendues sur Bossa Blue ou La Historia de Lola sont toujours présentes, mais il y a une nouvelle profondeur dans ses compositions. Ce n’est pas un changement de cap radical, juste une évolution franchement bien réalisée. Florence K acquiesce : « On a étudié toutes les façons de mélanger les racines latines, le jazz et le pop. Moi, je connais bien la musique des Caraïbes et Larry, lui, m’a présenté le style d’East L.A. Sur “You’re Breaking My Heart”, on le sent ce côté mexicain. »

Pour la première fois, Florence K s’est aussi permis de puiser dans ses propres expériences pour écrire ses textes. Sur Bossa Blue, par exemple, elle a raconté les aventures vécues par des gens de son entourage. Elle se cachait derrière des personnages. « J’ai écrit Bossa Blue à 21 ans. Ce n’était pas mes trucs! Je les ai piqués, » avoue-t-elle en riant. Florence affirme que cette fois-ci elle a tout de même extrapolé et romancé, mais il est clair que les textes sont plus sensibles, plus collés à sa réalité. « Les chansons sur ce disque-là, c’est moi. Et ça ne me dérange pas. Je suis bien avec ça, c’est vraiment chouette de prendre du recul, de la perspective. »

La tournée de spectacles afin de présenter ses nouvelles chansons est maintenant commencée. Florence K a effectué sa rentrée montréalaise à la fin février. La musicienne regarde ailleurs. Elle vise les marchés canadien anglais, français et surtout américain. Elle a déjà quelques dates prévues dans de petites salles américaines et dans des événements où des membres de l’industrie du spectacle seront présents. Florence K est prête pour la conquête du monde, mais une étape à la fois. « Je sens que ça bouge, confirme-t-elle, les pions sont placés. Quand je travaillais sur l’album, je n’écrivais pas les chansons en fonction des endroits où j’allais jouer. Je ne pensais pas à ça. Et maintenant, c’est intéressant de voir le développement, où tout cela mène. »

Aujourd’hui, Florence K, en nomination au prix JUNO 2014 Révélation de l’année, a le goût de foncer, et ça se sent lorsqu’on lui parle. Même s’il faut écumer les petites salles en Amérique ou en Europe, elle est prête à le faire. Avec une telle attitude, on est convaincu, rien ne pourra l’arrêter!


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« Je me parfume au napalm pour brûler comme une bombe / Un show de boucane ben allumé devant tout le monde… Donnez-moi du gaz » Dans la bouche de n’importe quel rockeur, ces mots paraîtraient ringards et exagérés, des accessoires de scène conçus pour se bâtir une réputation de dur à cuire et que l’on range à côté du perfecto et des leggings léopard. Pourtant, Éric Lapointe les chantent sans honte, sans gêne et sans filtre. À l’écoute de son dernier album, Jour de nuit, on ne sourcille même pas devant « Donnez-moi du gaz » parce qu’on connait suffisamment la vie tumultueuse du rockeur québécois pour y croire.

Avec tous les potins glanés dans les médias, et grâce aux nombreuses chansons autobiographiques des albums Obsession, Invitez les vautours, Coupable ou Le Ciel de mes combats, nous avons tous une idée du mode de vie de Lapointe.

« Il y a eu certains moments où je me disais que ce manque de pudeur ne me servait pas, mais à long terme, c’est une bonne chose » confie Lapointe en entrevue. « Les gens connaissent mes côtés noirs. J’ai jamais rien caché. Ça fait que si demain matin je me retrouve en première page des journaux pour autre chose que ma musique, ben personne ne va faire le saut. Je suis comme je suis, sans faux-semblant. »

Faudrait-il s’inquiéter de l’avenir d’Éric Lapointe? Peut-être, mais nous ne sommes pas sa mère. Évitons plutôt de prendre le rockeur pour acquis comme c’est souvent le cas lorsqu’un artiste nourrit son art d’excès pendant une période qui s’étire sur plusieurs décennies. Avec les années, nous avons tendance à voir ces artistes comme des personnages décalés vivant dans leur bulle, mais ils sont justement trop rares et authentiques pour être négligés. À ce sujet, Lapointe joue dans les mêmes ligues que Leloup. Derrière le mythe vit l’irremplaçable.

« Il y a une caricature qui s’est dessinée dans la tête des gens, particulièrement autour de mon alcoolisme. »

« C’est certain qu’à un moment donné, il y a une caricature qui s’est dessinée dans la tête des gens, particulièrement autour de mon alcoolisme. Parfois, le mythe est plus grand que nature. À d’autres moments, la réalité est bien pire. Mais j’ai contribué à cette image en parlant de mes problèmes dans mes chansons. Il n’y a rien que je chante que je n’ai pas vécu. C’est aussi pourquoi je me retrouve dans l’écriture de Roger Tabra avec qui je compose une grande partie de mes textes. On a le même mode de vie. Je ne pourrais jamais chanter un texte loin de ma réalité. »

Dans quelques semaines à peine, en mai 2014, Éric Lapointe célèbrera les 20 ans de la parution de son premier album Obsession. Vingt ans à travailler avec les mêmes collaborateurs : le Français Roger Tabra à l’écriture et le guitariste Stéphane Dufour à la composition. « Tu ne changes pas une équipe gagnante, » conseille Lapointe avant de se rappeler sa première collaboration avec Tabra. « J’avais écrit tous les textes d’Obsession, mais il me manquait une ballade. Je venais de me séparer de la Marie-Pierre de “Marie Stone”, et j’étais tout à l’envers. J’y arrivais pas. Tabra est venu souper à la maison. On mangeait un bon spaghetti au ketchup, puis il m’a dit: “Allez, on va l’écrire ta putain de chanson. Qu’est-ce que tu veux lui dire à cette fille?” J’ai répondu: “Je sais pas. N’importe quoi.” Du tac au tac, Tabra m’a regardé dans les yeux en me disant qu’on venait de trouver le titre. Le reste de la chanson s’est écrite en quelques heures. »

De soliste invité par Aldo Nova à la toute fin des séances studio d’Obsession à réalisateur officiel des derniers disques d’Éric Lapointe, Stéphane Dufour est aussi indissociable de la signature rock du musicien. « C’est lui qui réalise et arrange toutes les tounes. On n’a même plus besoin de se parler tellement on a fait de chansons ensemble. Juste dans le regard, on se comprend. On se devine. C’est une relation cosmique, » explique le rockeur qui ne croit pas à l’inspiration, mais bien au travail. « Parce que si l’inspiration existe, il faut que tu sois au travail quand elle passe. »

Et pour Lapointe, elle passe souvent la nuit, d’où le titre de son dernier disque. « Je ne sais pas trop pourquoi mon esprit travaille mieux la nuit. Peut-être parce que je m’y retrouve parfois seul et que j’ai une peur terrible de la solitude. Mais je ne me sens jamais seul lorsque j’ai une guitare ou un piano avec moi. De toute façon, mon studio est au sous-sol où il fait noir comme dans le cul d’un ours à n’importe quelle heure du jour. Pendant l’enregistrement de Jour de nuit, je finissais par savoir quelle heure il était quand j’entendais les enfants marcher au rez-de-chaussée. »

Ainsi, même lorsqu’il devient père, le vrai rockeur ne change guère.


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L’inspiration et le talent jouent certes un rôle fondamental dans l’aventure de la chanson. Mais aussi, il faut compter sur la chance : être au bon endroit au bon moment. Demandez-le à Stephan Moccio.

Celui qui a coécrit « Wrecking Ball » (le boulet de démolition), l’un des plus grands succès de 2013, n’aurait peut-être jamais participé à la composition de la chanson culte de Miley Cyrus s’il ne s’était pas rendu à un rendez-vous à Los Angeles.

C’était en septembre 2012 et Moccio avait passé la moitié de son temps sur la Côte ouest pour travailler, laissant sa femme et ses deux jeunes enfants à Toronto. Bien qu’il soit extrêmement occupé à L.A., il accepte l’invitation de jouer pour les athlètes olympiques canadiens à Toronto. Tenté de rester à la maison avec sa femme et ses enfants et de se reposer après le spectacle, Moccio reprend néanmoins l’avion pour l’Ouest afin de participer à une séance d’écriture qu’il avait réservée.

« Je ne connaissais rien des deux autres auteurs [Sacha Skarbek et Maureen “MoZella” McDonald], mais quelque chose me disait que je devais y aller, » se rappelle Moccio, encore sous le choc des événements. « Nous nous sommes rencontrés et il y a eu une bonne synergie dans la salle. MoZella venait juste d’annuler son mariage et était plutôt fragile, mais elle voulait écrire sur son expérience. Je n’oublierai jamais l’expression de son visage quand j’ai joué pour la première fois les accords sur le piano. Il y avait une telle émotion et la mélodie, que j’avais traînée ici et là, est devenue le refrain. Dès que la maquette a été enregistrée par MoZella, nous savions que cette chanson était unique. »

« Dès que la maquette a été enregistrée, nous savions que cette chanson était unique. »

Plusieurs ingrédients ont contribué à rendre cette chanson si spéciale. « Elle avait le bon tempo (60 temps par minute), poursuit Moccio, la bonne tonalité pour une ballade pop (ré mineur) et le bon message pour une chanson noire sur un amour toxique ou une relation qui ne va plus. On n’essayait pas d’écrire un succès, juste la meilleure chanson possible. On a pris le temps d’écrire de bons couplets, un air qui se tient, quelques préarrangements pour les voix, et l’émotion est venue d’elle-même. »

La chance est apparue quand MoZella, qui connaît Miley Cyrus personnellement, a eu l’occasion de présenter « Wrecking Ball » à la chanteuse. « Miley a aussitôt adoré cette chanson et l’a enregistrée quelques semaines plus tard avec Dr. Luke, tandis que Henry Russell Walter, alias Cirkut, l’a produite. La façon dont Miley la chante est à couper le souffle, je trouve. Et mon piano, sur lequel MoZella avait chanté à l’origine, est resté sur la version finale de Miley. »

« Wrecking Ball », le deuxième titre de l’album Bangerz de Cyrus, est sortie vers la fin août 2013. À ce moment-là, Moccio et son épouse avaient décidé de déménager à L.A. et y ont atterri une semaine plus tard – juste au moment où l’on apprenait que la chanson était classée numéro un sur la planète au titre des téléchargements numériques.

« Ç’a été toute une arrivée, admet-il. Mes amis d’Universal Music Publishing m’ont dit qu’ils n’auraient jamais rêvé d’un meilleur scénario pour moi. » Une vidéo controversée montrant Cyrus nue enfourchant une boule de démolition en train de se balancer, a attiré 19,3 millions de visionnements sur YouTube dans les 24 heures de sa sortie. Cette attention a aidé à propulser la chanson au sommet des palmarès.

De même, l’apparition encore plus controversée de la chanteuse lors du gala des prix MTV Video, et son comportement nettement sexuellement provocateur en compagnie de Robin Thicke, a contribué à propulser encore plus haut « Wrecking Ball » dans la stratosphère de la musique pop. À ce jour, la chanson s’est vendue à plus de trois millions d’exemplaires aux États-Unis seulement. Au moment d’aller sous presse, la vidéo a été vue quelque 511 millions de fois sur YouTube. Twitter a également contribué à magnifier le succès de la chanson, car « Wrecking Ball » est devenue la chanson la plus twittée de l’année.

La vie de Moccio a été happée par le tourbillon du succès. « Les choses se sont mises soudainement à débouler à la vitesse grand V, se rappelle-t-il. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner, à tel point que j’ai dû aussitôt changer de numéro. Je n’avais rien fait de différent. C’est simplement que la recette de Miley a fonctionné : elle a fait connaître notre chanson à la planète entière. Aujourd’hui, des tonnes d’artistes épluchent mon catalogue et veulent une chanson de moi. Et tout le monde accepte maintenant les appels de mon éditeur. »


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