
C’est avec une grande émotion que nous annonçons le décès de Richard Grégoire, survenu le 11 décembre 2025. Né à Montréal le 18 mai 1944, il aura été l’un des artisans majeurs de la musique pour le cinéma et la télévision au Québec, et une figure incontournable du paysage audiovisuel canadien. Son œuvre, profondément ancrée dans la narration et l’émotion, a contribué à transformer la musique à l’image en un langage artistique à part entière. Son départ marque une perte considérable pour le milieu culturel.
Formé à la Faculté de musique de l’Université de Montréal, Richard Grégoire y étudie la composition auprès de Serge Garant, dont l’approche avant-gardiste influencera durablement son parcours. Il complète ensuite sa formation à Paris, au sein du Groupe de recherches musicales dirigé par Pierre Schaeffer, où il s’initie à la musique électroacoustique et développe une sensibilité sonore singulière, alliant discipline formelle et esprit d’expérimentation.
De retour au Québec au tournant des années 1970, il se distingue rapidement comme arrangeur, orchestrateur et directeur musical, mettant son talent au service de multiples sphères de création : arts de la scène, télévision, publicité et production discographique. Toujours attentif aux avancées technologiques, il explore de nouvelles formes d’expression sonore, élargissant les possibilités de la musique contemporaine et laissant une empreinte durable sur la relève.
À partir des années 1980, Richard Grégoire se consacre principalement à la musique pour l’écran. Il collabore avec plusieurs cinéastes et créateurs de premier plan — dont Yves Simoneau, Jean Beaudin, Charles Binamé et Robert Ménard — et signe les trames sonores de films et de séries qui marquent l’histoire culturelle québécoise, parmi lesquels Éclair au chocolat, Pouvoir intime, Cruising Bar, L’Enfant d’eau, Souvenirs intimes et Léolo. Par son sens aigu du récit et de l’atmosphère, il savait donner aux images une profondeur émotionnelle rare.
Sur la scène télévisuelle, il connaît un succès populaire significatif grâce à la musique de la série Les Filles de Caleb, dont le thème a profondément marqué l’imaginaire collectif québécois et pour lequel il a remporté un Gémeau et un Félix.
Richard Grégoire a été largement récompensé pour son travail tout au long de sa prolifique carrière :
Il remporte le Genie Award de la meilleure musique originale pour Being at Home with Claude en 1992, soulignant la puissance émotionnelle de sa partition.
Il reçoit également de nombreuses nominations aux Genie Awards et aux prix Jutra/Iris, notamment pour La Ligne de chaleur, L’Enfant d’eau, Le Cœur au poing et Souvenirs intimes, et obtient le prix Jutra-Hommage en 2004 pour l’ensemble de sa contribution au cinéma québécois.
Aux prix Gémeaux et lors de galas comme celui de la SOCAN, il est honoré à plusieurs reprises pour ses musiques originales et son excellence artistique.
Au-delà des distinctions individuelles, l’impact de son œuvre sur la culture québécoise se mesure aussi à travers le « Prix Richard-Grégoire », institué par la Fondation de la Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec (SPACQ) depuis 2006 pour honorer les meilleurs compositeurs de musique à l’image, perpétuant ainsi son héritage dans la création contemporaine.

Le 14 novembre 2024, Richard Grégoire se voyait remettre le tout premier Prix Montréal à l’image, commandité par la Fondation SPACQ, pour l’ensemble de sa carrière. C’est la jeune compositrice de musique à l’image et vice-présidente du conseil d’administration Anaïs Larocque qui lui avait rendu hommage lors d’un discours fort touchant dont nous reproduisons ici un extrait :
« C’est un immense honneur pour moi de me tenir ici aujourd’hui pour remettre le tout premier Prix Montréal à l’image, un prix qui représente non seulement une reconnaissance professionnelle, mais qui incarne cette année la gratitude d’une génération, d’une époque et d’une culture. (…) Je fais partie de cette génération qui a grandi en écoutant des musiques comme les tiennes, des mélodies qui ont bercé mon enfance et qui encore aujourd’hui, en en écoutant quelques notes, me transportent instantanément dans des souvenirs, un peu comme une capsule temporelle. (…) Je me souviens aussi de ces moments précieux ou, avec ma mère, on écoutait Les Filles de Caleb. Je ne me serais pas doutée qu’un jour, je serais là à te parler d’à quel point j’aime ce thème, qu’il me rend nostalgique non seulement de mon enfance, mais aussi d’une époque que je n’ai pas connue et qui semble aujourd’hui tellement lointaine. (…) C’est pourquoi, Richard, nous avons décidé que tu seras le premier à recevoir ce prix. Ce n’est pas seulement pour honorer l’ensemble de ton œuvre, mais aussi pour rendre hommage à l’impact profond que tu as eu sur nous, tes pairs. Ta musique est un véritable héritage, et elle continuera à résonner dans le cœur des générations à venir. »
Le compositeur de musique à l’image et récipiendaire 2025 du Prix Montréal à l’image Michel Corriveau, a aussi tenu à lui rendre hommage : « Notre communauté vient de perdre un géant. Pour moi, Richard Grégoire a toujours été non seulement un compositeur et orchestrateur d’immense talent, mais il a aussi été un modèle de création qui nous ressemblait et nous rassemblait. Lorsque j’ai fait la première saison des Pays d’en haut, il a été le premier à m’écrire un mot pour me dire combien il avait apprécié mon approche musicale. Venant du compositeur des Filles de Caleb ce commentaire a été immense pour moi et m’a validé pour la suite. Merci, Richard, je souhaite rencontrer encore beaucoup d’humains comme toi. »
Compositeur, arrangeur et orchestrateur de grand talent, Richard Grégoire a su créer des univers sonores qui transcendèrent l’écran et touchèrent le cœur du public. Son œuvre, d’une richesse et d’une sensibilité rares, restera une source d’inspiration et un repère incontournable pour les artistes du Québec et du monde entier.
À sa famille, à ses proches et à tous ceux qui ont été touchés par sa musique, la SOCAN offre ses sincères condoléances.
