En février 2026, le Torontois Justin Gray est devenu le premier Canadien à être nommé dans la catégorie du meilleur album audio immersif aux Grammy Awards et à remporter le prix pour son ambitieux premier album solo en Dolby Atmos, Immersed, et il n’est toujours pas redescendu de son nuage.

« J’essaie de faire surfer sur cette vague le plus longtemps possible », lance-t-il en riant. Il est également en nomination dans la catégorie Album jazz de l’année — solo au prochain gala des JUNOs, et il attend « d’un jour à l’autre » le Grammy sur lequel son nom sera gravé.

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Gray est diplômé et professeur de production audio au Humber College. Parmi ses collaborations figurent Olivia Rodrigo, Snoop Dogg, The Tragically Hip, Brandy, Nelly Furtado, Mother Mother, Blue Rodeo, Arkells, Jann Arden, Karan Aujla, Mae Martin et Josh Ross.

En dehors de l’enseignement, il a consacré 35 jours, répartis sur quatre ans, à l’enregistrement de Immersed en 58 canaux dans le studio du collège Humber, sans compter les journées de tournage supplémentaires pour le Blu-ray (également offert sur Vimeo), afin de mener à bien son projet de rêve. Il met en vedette 38 artistes, dont trois danseurs. « Cela signifie 35 musiciens, dont 33 vivent à Toronto », précise Gray avec fierté.

Gray a créé, arrangé, produit, assuré l’ingénierie sonore et mixé les huit pièces en compagnie de son coproducteur Drew Jurecka, qui a également réalisé des arrangements de cordes supplémentaires. « Il a remporté un Grammy avec moi », précise Gray. Les autres musiciens recevront ce qu’on appelle un certificat de participation aux Grammy.

« Il y a énormément de gens impliqués dans ce projet », explique Gray. « Je suis à l’avant comme chef d’orchestre, producteur principal et compositeur, mais c’est vraiment une communauté de personnes qui ont donné vie à la musique. Le fait de pouvoir revivre cette joie avec eux, ainsi qu’avec mes étudiants — tout a été enregistré à Humber, où j’enseigne — permet aux gens de sentir une connexion avec le projet et à ce que ça représente de gagner un Grammy, c’est-à-dire une occasion pour le monde d’entendre ce qu’on fait. Ça compte beaucoup pour moi, mais j’ai l’impression que ça compte aussi beaucoup pour la communauté, et ça, j’adore. »

Parmi les autres membres de la SOCAN ayant participé à la création des pièces de l’album, on retrouve Ed Hanley, qui a coécrit Pendulum ; Shawn Rompré, coauteur de Tapestry ; François Mulder, qui a coécrit les paroles de Illuminate ; et Suba Sankaran, qui a écrit le solkattu (syllabes de l’Inde du Sud) pour Repose.

C’est la première fois qu’un album dans la catégorie immersive des Grammy – auparavant appelée meilleur album en son ambiophonique (Surround Sound) – est conçu dès le départ en Dolby Atmos, comme une œuvre spatialisée. Cette technique sonore est également appelée audio spatial, audio 3D ou audio basé sur les objets. Immersed propose un paysage sonore enveloppant mêlant jazz et musiques du monde, avec une multitude d’instruments, des cuivres et des cordes jusqu’au kalimba, au sarod, au santur et à l’udu.

« Ce que je retiens, à la base, c,est que l’espace peut faire partie de notre composition »

En tant que compositeur, Gray avait tout planifié quand il est arrivé en studio. « Les partitions sont serrées, les orchestrations sont impeccables, les feuilles de route doivent être irréprochables — parce que si quelque chose cloche, on perd du temps, et on fait perdre du temps à tout le monde », explique-t-il. « Compte tenu du budget, des échéanciers et des horaires chargés de toutes les personnes impliquées, tout devait fonctionner comme une horloge. »

Bien que ses pièces aient été composées, Gray a laissé place à une grande part d’improvisation, fidèle aux traditions du jazz et des musiques du monde. « C’est toute la beauté du studio : être prêt à capter ce qu’on avait prévu, bien sûr, mais aussi à suivre le courant lorsqu’il se passe quelque chose d’excitant », explique-t-il.

Évidemment, à moins d’avoir accès à un studio Atmos, ou que Gray organise d’autres présentations (il a effectué une tournée où il fait jouer l’album dans des salles équipées en Dolby Atmos), le public ne pourra pas profiter de Immersed comme il l’avait envisagé. Cela ne le dérange pas.

« Je vois les choses sous deux angles », explique-t-il. « D’une part, en tant qu’artiste… je me suis donné la permission de créer comme je voulais, pour le bien de l’œuvre. Plutôt que de penser aux limites, j’ai simplement créé ce que j’avais en tête, et j’ai trouvé ça très stimulant.

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« Mais il y a aussi l’exact opposé : autant cette œuvre est imprégnée de technologie – même le prix lui-même comporte littéralement le mot technologie –, la musique reste de la musique. La dimension audio immersive relève de la technologie, mais l’album, lui, demeure de la musique

« Et la musique, d’où qu’elle provienne, va nous émouvoir… ou pas. Je pense vraiment qu’au bout du compte, la mélodie, l’harmonie, la forme, le mouvement, la tension et la résolution dépassent largement la technologie. »

« Donc, pour moi, la conclusion simple avec ce projet, c’est que l’espace peut faire partie intégrante de la composition », explique-t-il. « Un compositeur peut commencer à imaginer que les différentes composantes de son œuvre puissent être présentées [à l’auditeur] devant, à côté, derrière, au-dessus ou en dessous — des possibilités qui peuvent toutes être réalisées grâce à la technologie… Si la créativité peut intégrer l’espace de façon matérielle pour un compositeur, c’est formidable. »

Après s’être attaqué à un projet d’une telle envergure, quelle est la prochaine étape pour ce lauréat des Grammys? « Je me fais le cadeau de ne pas oublier que ce projet a pris beaucoup de temps, et que celui que je voudrai faire ensuite et les nombreux projets que je voudrais réaliser prendront aussi du temps. Il ne faut donc pas précipiter les choses à cause d’un prix, mais plutôt se recentrer sur l’intention », explique Gray.

« Je n’ai pas besoin d’être compositeur », poursuit-il. « Ça me fait plaisir de l’être et je le serai à nouveau, mais j’ai envie de me retrouver dans ce rôle de producteur, à aider à concrétiser la musique des autres, parce que ça veut dire qu’on va me proposer des défis qu’il faudra résoudre autrement, et ça, c’est tout aussi stimulant pour moi. »