Ralph James

Ralph James

« 10 000 heures ne suffisent plus, il faut 20 000 heures de nos jours. » Se ces chiffres ne vous effraient pas et que vous voulez tout de même tenter une carrière musicale, continuez à lire. Et si on tient compte de la source — le gérant d’artiste et vétéran de la scène musicale Ralph James — doublant la règle de l’auteur Malcolm Gladwell selon laquelle il faut 10 000 heures de pratique pour devenir maître d’une discipline, il serait avisé de prendre ses conseils à pied de la lettre. Ralph James  de l’Agency for the Performing Arts, à Toronto, cinq fois lauréate du prix de l’Agent de spectacle de l’année de la Canadian Music Week ; il affirme que la clé pour un groupe inconnu de se faire « booker » en spectacle est d’être vraiment, mais vraiment très bon dans son créneau. C’est la base, et ce n’est que le commencement. La SOCAN s’est entretenue avec plusieurs experts en « booking » pour en savoir plus.

Dire que la technologie a complètement chamboulé — et plus d’une fois — l’industrie de la musique au cours des 30 dernières années est sans doute l’un des plus gros euphémismes qui soient. Pourtant, peu importe le degré de changement de certains aspects, d’autres demeurent obstinément inchangés. De fait, il n’a jamais été facile pour un nouveau musicien de se faire engager pour un spectacle. Et, bien entendu, ces grandes avancées technologiques ont fait quelques dommages collatéraux inattendus. L’une de celles-là a été l’immense vague de « one-hit wonders » qui écrivent, enregistrent, produisent un clip et lancent une chanson sans autre expérience que celle acquise dans leur studio maison, diluant ainsi le nombre de musiciens sérieux tentant d’établir leur carrière. L’autre a été que ce nombre croissant de gens qui croient qu’ils ont une chance dans le domaine de la musique — doublé d’une économie qui a vu diminuer le nombre de salles de spectacle — a fait augmenter de manière exponentielle la concurrence pour les places disponibles. Comment, alors, avec toute cette concurrence pour attirer l’attention d’une poignée d’agents de spectacles, arriver à les convaincre d’ouvrir un courriel de sollicitation, sans parler de les convaincre d’écouter votre musique, comment, donc, un néophyte parviendra-t-il à jouer sur scène ?

Derek Andrews est agent de spectacle à Toronto depuis les années 80 (pour The Edge, Albert’s Hall, Harbourfront et désormais Hugh’s Room Live), m’a fait parvenir un courriel avec une liste de contrôle qui est ni plus ni moins que le roc sur lequel les musiciens devraient bâtir les fondations de leurs carrières :

  • 10 000 heures: devenez vraiment bons en jouant sans arrêt.
  • Recherche: fouillez absolument partout pour trouver des occasions de jouer et des données.
  • Consultez: parlez à vos collègues musiciens et à quiconque est au courant de ce qui se passe.
  • Mentor: trouvez-en un, ou plusieurs. Convainquez-les de croire en vous en étant sérieux au sujet de vos objectifs.
  • Vitrine: soumettez votre candidature pour toutes celles où vous vous qualifiez.
  • Conférence: participez à toutes les conférences pertinentes, même si vous n’y présentez pas une vitrine.
  • Réseautage: Partout où vous le pouvez, incluant lors de vitrines, de spectacles et d’autres événement de l’industrie.
  • Vidéo: Vous devez proposer une solide vidéo d’une de vos prestations sur scène sur votre site Web, sur YouTube ou sur vos comptes de réseaux sociaux.
  • Profil : Bâtissez votre profil grâce à une stratégie active sur les réseaux sociaux.
Derek Andrews

Derek Andrews

Voir en personne une prestation sur scène est encore la meilleure façon, pour Andrews, de choisir ses artistes, mais il est bien entendu conscient que ce n’est pas toujours possible. Dans ces cas-là, il cherche deux autres éléments. Premièrement, des références — c’est une petite industrie et tout le monde se parle. Comme l’explique Ralph James, « ce qui attire l’attention des “bookers”, c’est un groupe qui attire les spectateurs. Bâtissez-vous une réputation d’artiste capable de remplir une salle ou d’attirer un bon nombre de clients chaque fois que vous en avez l’occasion. Supposons que vous obteniez une chance de jouer dans un club de Toronto et que vous réussissez bien, tout le monde le saura. Ce n’est pas sorcier. Si, sur une période d’une dizaine de jours, vous entendez parler du même artiste par trois ou quatre personnes différentes, ça risque d’attirer votre attention. »

Et afin de tirer un maximum de bénéfices de ces premières opportunités, il faut savoir où il faut jouer. Réserver un coquet salon de thé pour votre quintette de musique klezmer endiablée n’est sans doute pas idéal et ça ne rendra service à personne. C’est ici que la recherche devient importante. Mike Campbell, qui est agent de spectacles pour le Carleton Music Bar + Grill, à Halifax, depuis 2008, croit que d’avoir une bonne idée des salles à approcher est une excellente première étape. Il saura immédiatement si vous avez fait vos recherches, puisqu’il a préparé, et s’attend à ce que vous ayez lu, la FAQ « So You Want To Book A Gig » (Alors vous voulez vous faire « booker » pour un spectacle) que vous devez consulter sur le site Web de la salle. Jetez-y un coup d’œil : http://www.thecarleton.ca/music/booking-faqs.

Charlotte Cornfield est musicienne professionnelle — à la fois comme auteure-compositrice-interprète et batteuse à la pige — est agente de spectacle pour The Burdock, à Toronto, depuis trois ans. Elle n’accorde aucune importance au genre musical, ne même au catalogue d’un artiste. Ce qui compte avant tout, pour elle, c’est « Comment est-ce que ce sera sur scène ? » Après sa première année au Burdock, dans une entrevue qu’elle avait accordée au magazine NOW, Cornfield avait partagé les cinq questions qu’elle se pose lorsqu’un artiste lui propose son spectacle :

Charlotte Cornfield

Charlotte Cornfield

  1. Est-ce que ça m’enthousiasme ?
  2. Est-ce un bon reflet de la ville et du quartier dans lequel nous nous trouvons ?
  3. Est-ce que ça va attirer les gens ?
  4. A-t-il une présence en ligne ?
  5. Est-ce qu’il dégage de bonnes vibrations ?

Elle a par ailleurs tiré profit de son expérience comme agent de spectacle pour faire avancer sa propre carrière en apprenant à écrire un courriel de sollicitation efficace : « Soyez brefs, ayez de l’impact et allez droit au but : pourquoi choisir mon spectacle, qu’est-ce qui le rend excitant. »

L’autre option de Derek Andrews lorsqu’il ne peut pas se rendre voir un groupe sur scène est de chercher ce que FACTOR et d’autres organismes de financement cherchent : « La taille de votre profil numérique. Nous regardons combien de gens visionnent vos clips ou aiment votre page Facebook. Avant, c’était les ventes de disques, maintenant c’est votre profil numérique. »

L’importance du « booking » groupé
Le principal avantage des événements vitrine listés ici est que les programmateurs et autres producteurs y seront assurément. Ils profitent de ce genre d’occasion pour faire ce qu’on appelle du « booking » groupé. « Les réunions de “booking” groupé ont lieu tout au long de l’automne », explique Derek Andrews. « C’est à ce moment-là que commence le cycle de production des festivals qui auront lieu l’été suivant… Le “booking”  groupé a lieu lorsqu’un groupe de diffuseurs co-ordonne une tournée directement avec un artiste ou son agent, en partie pour assurer l’accès aux subventions de tournée offertes par le Conseil des arts ou FACTOR… Historiquement, il y avait une date butoir en décembre pour soumettre une demande de soutien à la tournée. Alors si vous comptez à rebours à partir de cette date, il fallait commencer à discuter des groupes que l’on souhaitait mettre en vedette l’été suivant dès septembre ou octobre… »

Il y a bien entendu d’autres questions pratiques. Dan Burke, jusqu’à tout récemment, était agent de spectacle pour le regretté Silver Dollar de Toronto — et depuis pour The Horseshoe, Lee’s Palace et The Monarch — ne vous engagera pas si vous êtes surexposés dans le marché. Enfin, peut-être.

« La première chose que je demande aux artistes est : est-ce que votre agenda est libre ? Lorsqu’il s’agit de groupes locaux, il préfère qu’il n’y ait aucun autre spectacle prévu à l’agenda pour les trois semaines qui précèdent et qui suivent le spectacle qu’il “booke”, « à moins que le groupe soit vraiment en pleine explosion de popularité », s’empresse-t-il d’ajouter. Burke ajoute un point important : « Si un groupe promet d’attirer de 50 à 100 personnes, ça n’est probablement qu’une promesse vide. Pourquoi une telle fourchette ? Pour moi c’est immédiatement un signal d’alarme. »

Chacun de cinq experts affirme que le réseautage à plusieurs niveaux est crucial. Et ça ne signifie pas que de communiquer sur les réseaux sociaux avec des communautés de pairs ou une clientèle cible. Ça veut dire sortir de chez soi pour aller à la rencontre des joueurs clés, en personne et aussi souvent que possible. Participer au plus grand nombre de conférences et de vitrines possible peut paraître un investissement d’envergure, mais ça peut aussi être très payant. Depuis quelques années, les « bookers » organisent et se rencontrent régulièrement lors de vitrines comme Contact Ontario, dont le site dit qu’il s’agit ‘d’une opportunité pour les personnes œuvrant dans le domaine des arts de la scène de se réunir pour réseauter et partager leurs informations durant cette conférence de trois jours.’

Il y a de tels événements partout à travers le Canada :

 

Si vous pensiez qu’il existe des raccourcis ou des trucs spéciaux secrets pour vous faire “booker”, il n’y en a pas. Pour réussir dans l’industrie de la musique actuelle, il vous faut des aptitudes sociales et communicationnelles qui n’étaient pas nécessaires auparavant. Écoutez les conseils de Ralph James : « Ne vous laissez pas distraire par le temps que vous consacrez à votre site Web et vos comptes de réseaux sociaux… Il y a tant d’aspects à gérer, tant de dossiers qui doivent être menés de front, que les groupes finissent par oublier que leur priorité numéro un devrait être leurs prestations sur scène et l’écriture de chansons. Il peut sembler qu’il faut 20 heures par jour pour accomplir tout ce qu’il y a à faire, mais, comme il ajoute, ‘le sommeil, c’est pour les humains. »


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Le temps des fêtes est de retour et j’ai remarqué que nous avons tous nos propres déclencheurs à son sujet. J’entends par là ces petites choses qui font que nos pensées, notre esprit et notre corps (ces livres en trop qui nous tombent inévitablement dessus) savent que le temps des fêtes est bel et bien là. Que ce soit l’arrivée des mokas à la canne de Noël chez Starbucks, l’apparition des vendeurs de sapins dans les stationnements, ou Walmart qui sort ses décorations de Noël et de la Hanukkah. Pour un grand nombre d’Américains, le temps des fêtes débute carrément le lendemain de Thanksgiving.

Mais pour moi, c’est la musique. Une chanson en particulier, même : « Simply Having a Wonderful Christmas Time » de Paul McCartney. Même l’arbre du Rockefeller Center n’a pas sur moi l’impact qu’a ce synthé rétro qui ouvre la chanson.

Dans le domaine des chansons de niche, les chansons de Noël sont vraiment le cadeau qui donne sans compter. Contrairement à un « hit » sur Billboard qui cartonne puis tombe dans l’oubli et ne sera plus joué qu’à l’occasion, et de moins en moins au fil du temps, une chanson de noël qui devient un « hit » vous rapportera gros année après année, à peu près aussi gros que les immenses sacs de cadeaux avec lesquels le Grinch dévale la montagne à la fin de ce merveilleux conte de noël.

Je ne peux pas vous donner de chiffres, évidemment, mais je peux vous dire que mon expérience en tant qu’éditeur m’a permis de connaître le genre de revenus que ces chansons génèrent. Je me souviens particulièrement de la fois où j’ai failli mettre la main sur les droits de « Feliz Navidad ». L’entente de coédition de cette seule chanson valait des millions. Ces chansons jouent non seulement sans arrêt à la radio, mais elles le sont année après année, tel le fantôme des Noëls passés. Elles engendrent également des revenus et trouvent un auditoire grâce aux compilations et listes de lecture du temps des fêtes, sans parler de leur apparition dans des émissions de télé et des films tout au long de la saison. Même les chansons de Noël qui ne tournent pas à la radio finissent au grand et au petit écran.

C’est avec cette idée en tête que je me suis dit que c’était un bon moment pour partager avec vous quelques conseils sur le monde des synchronisations à l’écran (les « synchs ») et des superviseurs musicaux. Pourquoi ? Parce que les chansons de Noël sont souvent l’exemple que j’utilise pour expliquer aux créateurs la bonne manière de présenter leur travail pour une utilisation à la télé ou au cinéma. Voici comment.

On me demande souvent « comment puis-placer mes pièces à la télé ou au cinéma et les présenter à un superviseur musical si je n’ai pas un éditeur ou un gérant ? C’est impossible. » C’est totalement faux, et moi-même j’y croyais quand j’étais compositeur. À vrai dire, la majorité des conseils que je prodigue à nos membres sont basés dans mon expérience en tant qu’auteur-compositeur professionnel attitré. Ce n’est pas parce que de votre point de vue de créateur, toute personne en position d’autorité est en quelque sorte une gardien du palais que vous n’avez plus aucun levier de négociation. C’est la trop répandue notion d’autocritique des créateurs de musique qui leur fait oublier cela. Vous êtes la solution à leur problème. Écrire une bonne chanson n’est pas une mince affaire. Les grandes chansons sont rares et, dans le monde de la supervision musicale, une « grande » chanson est souvent celle qui convient le mieux à une scène.

Alors, comment fait-on pour soumettre notre musique pour la télé ou le cinéma ? Vous venez de mettre la touche finale à une pièce que vous croyez magnifique et vous vous dites, bien entendu, qu’elle conviendrait à merveille à une série télé ou à un film. L’erreur que font beaucoup de créateurs est de l’envoyer à tous les superviseurs musicaux qu’ils connaissent. En réalité, cette chanson ne convient probablement pas plus qu’à deux ou trois productions, et c’est là que réside votre levier de négociation. Faites vos recherches. Communiquer avec un superviseur musical quand vous n’avez aucune idée des projets sur lesquels ils travaillent nuira à votre relation avec celui-ci. Approcher un superviseur avec une bonne connaissance de ses projets en cours et lui présenter une chanson qui puisse véritablement cadrer avec ceux-ci vous permettra d’établir une relation saine et solide. Ce qu’ils cherchent, c’est une chanson qui les aidera à résoudre le problème de trouver la bonne pièce pour chaque scène.

Approcher un superviseur avec une bonne connaissance de ses projets en cours et lui présenter une chanson qui puisse véritablement cadrer avec ceux-ci vous permettra d’établir une relation saine et solide.

Revenons à notre exemple de la musique de Noël. C’est l’exemple parfait de soumissions ciblées et bien informées pour la télé et le cinéma. Pour faire une soumission de manière adéquate, vous devez :

  • N’oubliez pas que les films et épisodes télé du temps des fêtes sont tournés en juin ou juillet, pas en décembre. Si vous écrivez pour le temps des fêtes, faites-le tôt en début d’année afin d’avoir un résultat fini avant l’été.
  • Visitez IMDB ou, encore mieux, IMDB Pro et effectuez une recherche avec les mots Christmas, Hanukkah, Holiday, et ainsi de suite. Les résultats seront toutes les productions contenant ces mots clés dans le titre.
  • Passez-les en revue et identifiez ceux qui indiquent « in production » et/ou l’année pour laquelle vous souhaitez soumissionner. Cela signifie que la production de ces projets est en cours en prévision de la prochaine saison des fêtes.
  • À partir de leurs fiches respectives, vous trouverez les noms et coordonnées (IMDB Pro propose la majorité des coordonnées) des superviseurs musicaux rattachés au projet.
  • Vous voilà maintenant avec une liste des superviseurs qui sont à la recherche de chansons de Noël.
  • Écrivez leur un bref et poli courriel au sujet du projet sur lequel ils travaillent et que vous avez justement une chanson qui pourrait fonctionner, s’ils sont intéressés à l’entendre. N’envoyez PAS de fichier mp3. Offrez-leur de leur envoyer un lien, s’ils le souhaitent. Neuf fois sur 10, cette approche non intrusive et éduquée sera appréciée et on vous donnera votre chance.

Bien qu’il s’agisse d’un exemple très spécifique, il s’applique à tout le secteur des synchronisations. Regardez plein de films et de séries télé. Soyez honnête avec vous-mêmes. Votre musique convient parfaitement à tout au plus une ou deux productions. Identifiez-les et, avec les bonnes informations en main, faites vos démarches.

Ces conseils sont le cadeau que je vous offre en ce temps des fêtes. Je vous mets au défi, une fois en janvier, de vous remettre dans l’ambiance des fêtes et d’écrire cette chanson de Noël qui deviendra un classique.

Voici une de mes préférées de cette année, « Another Log on the Fire » des Darcys. Je vous souhaite de très joyeuses fêtes !

Originaire de Terre-Neuve, l’auteur et compositeur de renom Chad Richardson est arrivé à la SOCAN en 2014 à titre de directeur général de la SOCAN à Los Angeles avec plus de 20 ans d’expérience dans les industries de la télévision, du spectacle et de la musique. Il a notamment été directeur de création pour ole à Los Angeles où il a joué un rôle crucial dans la mise sous contrat de Steven Tyler, Timbaland et Clare Reynolds (alias Lollies). Il est également membre du Canadian Cultural Advisory Council de L.A. et il possède une vaste expérience en soumission de chansons aux superviseurs musicaux et en placement de pièces à la télévision, en critique et orientation de chansons ainsi qu’en planification d’opportunités de co-création au sein de l’industrie. Chad est également responsable du programme de camps de création de la SOCAN, ayant à ce jour participé à 18 de ces camps partout dans le monde, de la Suède à la Grèce en passant par le Nicaragua et Londres.

 


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