Certains projets musicaux ne dépassent jamais le stade de l’idée pour des raisons purement financières. Il n’est donc pas surprenant que la question la plus courante que les membres de la SOCAN posent soit « Comment puis-je obtenir du financement ? »

Il est évidemment impossible d’écrire un article absolument exhaustif sur la question, mais voici un échantillon de subventions offertes à l’échelle internationale, nationale, provinciale et municipale.

Subvention d’aide aux déplacements de la Fondation SOCAN

Offerte aux auteurs, compositeurs et éditeurs de musique de tous les genres musicaux, cette subvention couvre les frais de déplacement pour des activités qui « bâtissent ou définissent » une carrière à l’échelle nationale ou internationale. Les artistes individuels, organisations caritatives ou non, et les éditeurs de musique qui représentent au moins 4 membres de la SOCAN sont admissibles à du financement pour, entre autres activités, des prestations, résidences, remises de prix et collaborations créatives. La priorité est accordée aux demandes qui démontrent l’importance du déplacement pour la carrière du demandeur.

Inscrivez-vous sur le site Web de la Fondation SOCAN et remplissez-y également la demande de subvention. Assurez-vous d’avoir en main une lettre de confirmation ou une invitation à l’événement pour lequel vous présentez une demande de financement et faites votre demande le plus longtemps à l’avance, puisqu’il peut prendre jusqu’à 10 semaines pour obtenir une réponse.

Les demandeurs peuvent soumettre une demande de financement par année civile. Les montants maximums sont établis ainsi :
400 $ pour un déplacement d’entre 201 et 1000 km (aller simple) ;
600 $ pour un déplacement d’entre 1001 et 2000 km (aller simple) ;
800 $ pour un déplacement d’entre 2001 et 5000 km (aller simple) ;
1000 $ pour un déplacement de plus de 5000 km (aller simple) ;

Il n’y a pas de date butoir et les demandes sont examinées trimestriellement.

FACTOR — Artist Development Grant

Avant de soumettre votre demande, prenez le temps de lire toutes les directives pertinentes afin de vous assurer de votre admissibilité. Les demandeurs doivent être en règle auprès de FACTOR et ont droit à cette subvention une fois l’an et au maximum deux fois.

Conseils et recommandations

  • Avant de faire quoi que ce soit, lisez tout ce qui est disponible au sujet d’un programme, assurez-vous d’y être admissible et communiquez avec cette organisation personnellement.
  • Accordez-vous suffisamment de temps, fournissez des informations précises, et confirmez la participation de tous les autres partenaires du projet.
  • Respectez religieusement toutes les exigences : si on vous demande une description en cinq mots, fournissez une description de cinq mots. La concurrence est féroce et le fait d’être l’exception aux règles et aux exigences peut vous disqualifier.
  • Si vous ne réussissez pas la première fois, réessayez. Même les demandes les plus solides sont parfois refusées. Si on refuse votre demande, renseignez-vous sur les raisons.

Pour être admissible, il faut répondre aux critères « Artiste général », « Artiste 2 » ou « Auteur-compositeur professionnel ». « Général » est une cote par défaut pour les nouveaux artistes — c’est la catégorie à laquelle appartiennent la majorité des demandeurs. « Artiste 2 » est déterminé en fonction de divers critères incluant les ventes d’albums et le nombre de diffusions en continu. Un « auteur-compositeur professionnel » est défini comme un membre d’une organisation de droits d’exécution publique, comme la SOCAN, qui écrit principalement pour d’autres artistes.

Cette subvention finance jusqu’à 75 % (jusqu’à concurrence de 2000 $) des frais admissibles pour une année de développement artistique, ce qui inclut les tournées, les enregistrements et productions vidéo, le marketing et la promotion, ainsi que d’autres activités.

Les demandeurs qui déposent une première demande doivent d’abord créer un profil d’Artiste et de Demandeur sur le site Web de FACTOR avant de soumettre leur demande. Les demandeurs de la catégorie « Artiste général » ne doivent remplir que la portion « Information obligatoire » de la section « Information additionnelle ». Les demandeurs existants peuvent utiliser leurs profils déjà enregistrés et y apporter les modifications nécessaires, au besoin.

Une « pièce d’évaluation » — c’est-à-dire une œuvre récente et inédite au format mp3 qui répond aux exigences MAPL de contenu canadien de FACTOR — devra accompagner votre demande, ainsi que ses paroles (lorsqu’applicable), une biographie récente, ainsi qu’un plan de développement artistique qui explique en détail comment vous entendez utiliser ce financement. Des ressources additionnelles — photos, calendrier de tournée, lettres de recommandation, revues de presse, etc. — sont également les bienvenues et peuvent mousser votre demande.

Les dates butoirs ouvertes sont à minuit les 31 mai et 27 septembre 2018, et 31 janvier 2019.

Conseil des arts du Canada ­ Explorer et créer : Du concept à la réalisation

Comme son nom l’indique, ce programme soutient des projets par des artistes, groupes ou organisations artistiques, du début à la fin. Il couvre divers frais — incluant la recherche, le développement, la création, la production et la présentation — d’un seul projet (un versement annuel) ou d’un projet composite (versements annuels sur une à trois années). Les subventions composites ne sont offertes qu’aux demandeurs qui ont reçu au moins deux subventions du Conseil des arts au cours des cinq dernières années.

Si vous êtes un nouveau demandeur, consultez d’abord un agent des programmes du Conseil. Inscrivez-vous ensuite en créant un compte et un profil de demandeur au moins 30 jours avant de soumettre votre demande. Si vous êtes admissible, vous en serez notifié dans les 15 jours ouvrables. Soyez préparé à fournir de l’information concernant votre projet, les gens qui y participent, l’échéancier, les détails concernant sa promotion et son exécution, ainsi que le budget. Vous devrez également téléverser un échantillon des travaux en cours ou d’œuvres précédentes, des documents confirmant les autres partenaires du projet et le soutien qu’ils fournissent.

Le financement offert est jusqu’à concurrence de 100 000 $ annuellement pour les projets simples ou 300 000 $ annuellement pour les projets composites. Des sommes plus élevées peuvent être prises en considération, mais la majorité des versements annuels se situent autour de 60 000 $ par an. Les demandeurs peuvent soumettre une demande deux fois par an pour les projets simples, mais ces projets ne peuvent pas chevaucher d’autres projets financés par le programme.

Les demandes pour des projets simples peuvent être soumises en tout temps. Les dates butoirs pour les projets composites sont le 6 avril et le 12 septembre de chaque année.

Conseil des arts de l’Ontario — Musique – projets d’enregistrement

Cette subvention est offerte aux artistes et organisations basés en Ontario et offre un soutien financier aux compositeurs, auteurs-compositeurs et « beat makers » de deux catégories : Demo/EP (maximum 25 minutes) ou album complet. Les EP et albums doivent être destinés à un lancement auprès du public. Les démos peuvent l’être, mais ce n’est pas obligatoire. Il est préférable d’être prêt ou presque prêt à enregistrer avant de soumettre votre demande.

Les demandeurs admissibles doivent avoir une résidence permanente en Ontario et peuvent être des musiciens ou compositeurs professionnels ou un collectif ou une organisation. Le financement maximum offert est de 5000 $ pour un démo ou un EP et de 12 000 $ pour un album, et peut être utilisé pour couvrir les frais liés à l’enregistrement — frais de studio, frais de fabrication, frais de promotion et de marketing. Consultez le site du CAO pour une liste complète des frais admissibles.

Prenez connaissance du Guide des programmes de projets et du Guide du processus d’évaluation, puis communiquez avec un agent ou un administrateur de programmes directement — les demandes par courriel sont la meilleure façon de communiquer avec ces derniers. Créez-vous ensuite un profil sur Nova, l’outil de demande en ligne du CAO. Ici encore, vous devrez être préparé à répondre à une série de questions concernant votre projet, à fournir des documents concernant les autres participants (producteurs et joueurs clés, par exemple), un budget, un CV, une biographie, et un extrait audio ou vidéo d’un maximum de cinq minutes.

Les dates butoirs pour 2018 sont à 13 h, heure de l’Est, le 16 mai et le 15 novembre. Vous pouvez soumettre vos demandes deux mois avant la date butoir.

Toronto Arts Council— Création musicale et enregistrement audio

Pour être admissible à cette subvention, vous devez être citoyen canadien, résident permanent (ou en cours de demande), ou un demandeur de statut de réfugié approuvé, vous devez être un créateur de musique professionnel et actif possédant une formation complète, formelle ou informelle, et qui habite actuellement (et depuis au moins un an) Toronto.

La subvention couvre la création et la production d’œuvres originales dans tous les genres musicaux dans trois catégories : Création (maximum 5000 $), enregistrement – démo/EP (maximum 4000 $), et enregistrement – album complet (maximum 10 000 $). Les frais et activités admissibles varient en fonction des catégories. Des directives mises à jour seront publiées en juin 2018.

Les nouveaux demandeurs devraient communiquer avec l’agent du secteur musique du TAC avant de présenter une demande afin de s’assurer de leur admissibilité. Les demandes doivent être soumises par le biais de TAC Grants Online, où vous devrez vous inscrire en tant qu’individu ou organisation.

La date butoir pour 2018 est à 23 h 59 le 17 septembre.


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Certains projets musicaux ne dépassent jamais le stade de l’idée pour des raisons purement financières. Il n’est donc pas surprenant que la question la plus courante que les membres de la SOCAN posent soit « Comment puis-je obtenir du financement ? » Il est évidemment impossible d’écrire un article absolument exhaustif sur la question, mais voici un échantillon de subventions offertes à l’échelle internationale, nationale, provinciale et municipale.

Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) – Programme Recherche et Création

Vous êtes aux tout premiers balbutiements de votre projet musical ? Débutez alors par une demande au programme Recherche et création du CALQ (ou le volet Explorer et créer du Conseil des arts du Canada voir la 1re partie de ce texte). Y sont admissibles les projets d’écriture de compositions de chansons, de comédies musicales, d’arrangements musicaux, de recherche exploratoire en mise en scène, en interprétation, en scénographie ou en conception sonore et d’enregistrement de maquette à des fins non commerciales.

Vous pourrez bénéficier de frais de subsistance jusqu’à un maximum de 1700$ par mois, en plus d’un budget pour les frais de recherche et d’expérimentation, les cachets pour les artistes participants et collaborateurs, etc. pour un total maximal de 25 000$.

Avant de remplir votre demande, il est important de lire la section Admissibilité et de créer votre compte sur Mon Dossier CALQ. Vous y trouverez tous les détails concernant les conditions générales, les règles, les types de projets ainsi que les frais admissibles. La demande doit être déposée au moins quatre semaines avant le début du projet.

Si vous avez moins de cinq années de pratique artistique professionnelle, vous pouvez également faire votre demande au programme Recherche, création et exploration, destiné aux artistes de la relève. Le budget maximal est alors de 15 000$.

Musicaction

Que ce soit pour une production d’album, sa commercialisation, des activités scéniques au Canada ou des vitrines à l’international, Musicaction peut participer financièrement à la réalisation de vos divers projets, si ceux-ci sont de langue française (exception pour la musique du monde).

Production d’album

Un artiste autoproducteur peut déposer une demande à Musicaction pour la production de son futur album. Celle-ci sera évaluée à la fois sur

  • sa qualité artistique (vous aurez à soumettre 3 chansons démos – pourquoi pas celles que vous aurez obtenues par votre demande au programme Recherche et création au Conseil des arts et des lettres du Québec ?) ;
  • l’environnement professionnel impliqué dans le projet (qui sera le réalisateur ? avez-vous un gérant, un agent de spectacle ? etc.) ; et
  • le plan de commercialisation (y aura-t-il une compagnie de relations de presse ou de pistage radio impliqué ?, etc.).

La participation de Musicaction ne pourra représenter plus de 50% des dépenses admissibles, jusqu’à un maximum de 25 000$ pour une demande évaluée par un jury.

Si vous préférez y aller d’un format plus court qu’un album, vous pouvez également vous tourner vers le programme Production et promotion de titres. La participation de Musicaction pour votre EP de 4 titres ne peut non plus excéder 50% du coût total, le maximum étant plutôt fixé ici à 12 000$, soit 3 000$ par titre. Votre demande devra également contenir le budget de promotion dont le seuil de participation de Musicaction est fixé à 10 000$, tout en ne représentant qu’au maximum 50% des dépenses admissibles.

En cas d’acceptation de votre demande dans l’un ou l’autre de ces deux programmes, sachez que les auteurs et compositeurs des chansons figurant sur l’album ou le EP recevront chacun 900$ par chanson (450$ pour les paroles, 450$ pour la musique), jusqu’à un maximum de 4000$.

Enfin, si vous êtes en début de carrière et que vous n’avez pas encore d’enregistrement officiel, il existe le programme Soutien à l’émergence – Volet 1 Aide à la production pour vous permettre d’avoir 2 à 4 titres numériques. La participation de Musicaction est limitée à 5000$, mais celle-ci peut représenter jusqu’à 75% des dépenses admissibles. De plus, l’évaluation du jury se fera uniquement sur la qualité artistique et votre cheminement au cours des dernières années.

La prochaine date limite de dépôt pour ces trois programmes est le 3 septembre.

Commercialisation nationale

Si la production de votre album est déjà financée par vous-même ou d’autres sources de financement, Musicaction peut alors participer à l’étape de sa promotion (relations de presse, pistage radio, tenue d’un lancement, production d’un vidéoclip, achat de publicités,  showcases, premières parties et spectacle). Vous serez alors évalué sur votre environnement professionnel, la qualité du plan de commercialisation et le rendement du projet visé.

Musicaction pourra participer jusqu’à un maximum de 50 000$, toujours en ne dépassant pas 50% des dépenses admissibles. D’autres limites ont été fixées pour certaines dépenses, veuillez y porter attention à la lecture du programme.

Sa prochaine date limite de dépôt est aussi le 3 septembre.

Commercialisation internationale

Il peut être onéreux de commercialiser sa musique outremer, que vous ayez déjà ou non des partenaires sur ces territoires. Il est possible de déposer une demande d’aide financière à Musicaction, que ce soit pour l’exploration d’un marché cible ou le développement de carrière sur un marché cible. Les dépenses admissibles sont entre autres les cachets des artistes, musiciens, choristes et techniciens, le déplacement (voiture, train, avion, etc.), l’hébergement et les per diem.

Bien que le montant maximal puisse varier selon la nature des activités, la participation de Musicaction doit toujours être au maximum de 50%, à moins que la prestation soit dans le cadre d’une vitrine officielle (celle-ci peut alors être augmentée à 75%).

Les demandes peuvent être déposées en tout temps, au plus tard un mois avant le début des activités.

Ville de Québec : Première Ovation

Les résidents de la ville de Québec peuvent bénéficier de ce programme, administré par l’Ampli, dont le but est entre autres d’encourager l’émergence de nouveaux talents et le développement de leur carrière.

À son volet Formation / Perfectionnement, vous pourriez y déposer une demande de jumelage avec un artiste afin d’acquérir certaines compétences spécifiques à votre démarche artistique. Le cachet versé au professionnel, ses frais de déplacement, d’hébergement et de subsistance et les frais liés à la réalisation du projet seraient alors admis à votre budget. La participation de Première Ovation serait alors jusqu’à 75% des frais admissibles, jusqu’à concurrence de 5000$.

Du côté de son volet Outils de développement de carrière, Première Ovation pourra soutenir des étapes stratégiques du développement de votre carrière, que ce soit un lancement d’album, une production sonore ou vidéo ou des outils de communication numérique. Vous pourrez déposer jusqu’à un maximum de 3 demandes par année, chacune étant au maximum de 1000$ par item ou 2000$ pour une stratégie comprenant plusieurs items, représentant 75% des frais admissibles.

La demande doit être envoyée au moins deux mois avant le début du projet si son budget est de 2000$ et moins. Pour les demandes plus importantes, vous devez respecter ces dates :

  • 1er avril pour les projets débutant après le 1er juin ;
  • 30 juin pour les projets débutant après le 1er septembre
  • 1er décembre pour les projets débutant après le 1er février

Programmes pour francophones en situation minoritaire

En plus de Musicaction dont des sommes et des programmes sont dédiés aux communautés francophones vivant en situation minoritaire, certaines provinces ont créé des programmes très prisés par les artistes francophones.

En voici une liste non exhaustive :

 


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Ralph James

Ralph James

« 10 000 heures ne suffisent plus, il faut 20 000 heures de nos jours. » Se ces chiffres ne vous effraient pas et que vous voulez tout de même tenter une carrière musicale, continuez à lire. Et si on tient compte de la source — le gérant d’artiste et vétéran de la scène musicale Ralph James — doublant la règle de l’auteur Malcolm Gladwell selon laquelle il faut 10 000 heures de pratique pour devenir maître d’une discipline, il serait avisé de prendre ses conseils à pied de la lettre. Ralph James  de l’Agency for the Performing Arts, à Toronto, cinq fois lauréate du prix de l’Agent de spectacle de l’année de la Canadian Music Week ; il affirme que la clé pour un groupe inconnu de se faire « booker » en spectacle est d’être vraiment, mais vraiment très bon dans son créneau. C’est la base, et ce n’est que le commencement. La SOCAN s’est entretenue avec plusieurs experts en « booking » pour en savoir plus.

Dire que la technologie a complètement chamboulé — et plus d’une fois — l’industrie de la musique au cours des 30 dernières années est sans doute l’un des plus gros euphémismes qui soient. Pourtant, peu importe le degré de changement de certains aspects, d’autres demeurent obstinément inchangés. De fait, il n’a jamais été facile pour un nouveau musicien de se faire engager pour un spectacle. Et, bien entendu, ces grandes avancées technologiques ont fait quelques dommages collatéraux inattendus. L’une de celles-là a été l’immense vague de « one-hit wonders » qui écrivent, enregistrent, produisent un clip et lancent une chanson sans autre expérience que celle acquise dans leur studio maison, diluant ainsi le nombre de musiciens sérieux tentant d’établir leur carrière. L’autre a été que ce nombre croissant de gens qui croient qu’ils ont une chance dans le domaine de la musique — doublé d’une économie qui a vu diminuer le nombre de salles de spectacle — a fait augmenter de manière exponentielle la concurrence pour les places disponibles. Comment, alors, avec toute cette concurrence pour attirer l’attention d’une poignée d’agents de spectacles, arriver à les convaincre d’ouvrir un courriel de sollicitation, sans parler de les convaincre d’écouter votre musique, comment, donc, un néophyte parviendra-t-il à jouer sur scène ?

Derek Andrews est agent de spectacle à Toronto depuis les années 80 (pour The Edge, Albert’s Hall, Harbourfront et désormais Hugh’s Room Live), m’a fait parvenir un courriel avec une liste de contrôle qui est ni plus ni moins que le roc sur lequel les musiciens devraient bâtir les fondations de leurs carrières :

  • 10 000 heures: devenez vraiment bons en jouant sans arrêt.
  • Recherche: fouillez absolument partout pour trouver des occasions de jouer et des données.
  • Consultez: parlez à vos collègues musiciens et à quiconque est au courant de ce qui se passe.
  • Mentor: trouvez-en un, ou plusieurs. Convainquez-les de croire en vous en étant sérieux au sujet de vos objectifs.
  • Vitrine: soumettez votre candidature pour toutes celles où vous vous qualifiez.
  • Conférence: participez à toutes les conférences pertinentes, même si vous n’y présentez pas une vitrine.
  • Réseautage: Partout où vous le pouvez, incluant lors de vitrines, de spectacles et d’autres événement de l’industrie.
  • Vidéo: Vous devez proposer une solide vidéo d’une de vos prestations sur scène sur votre site Web, sur YouTube ou sur vos comptes de réseaux sociaux.
  • Profil : Bâtissez votre profil grâce à une stratégie active sur les réseaux sociaux.
Derek Andrews

Derek Andrews

Voir en personne une prestation sur scène est encore la meilleure façon, pour Andrews, de choisir ses artistes, mais il est bien entendu conscient que ce n’est pas toujours possible. Dans ces cas-là, il cherche deux autres éléments. Premièrement, des références — c’est une petite industrie et tout le monde se parle. Comme l’explique Ralph James, « ce qui attire l’attention des “bookers”, c’est un groupe qui attire les spectateurs. Bâtissez-vous une réputation d’artiste capable de remplir une salle ou d’attirer un bon nombre de clients chaque fois que vous en avez l’occasion. Supposons que vous obteniez une chance de jouer dans un club de Toronto et que vous réussissez bien, tout le monde le saura. Ce n’est pas sorcier. Si, sur une période d’une dizaine de jours, vous entendez parler du même artiste par trois ou quatre personnes différentes, ça risque d’attirer votre attention. »

Et afin de tirer un maximum de bénéfices de ces premières opportunités, il faut savoir où il faut jouer. Réserver un coquet salon de thé pour votre quintette de musique klezmer endiablée n’est sans doute pas idéal et ça ne rendra service à personne. C’est ici que la recherche devient importante. Mike Campbell, qui est agent de spectacles pour le Carleton Music Bar + Grill, à Halifax, depuis 2008, croit que d’avoir une bonne idée des salles à approcher est une excellente première étape. Il saura immédiatement si vous avez fait vos recherches, puisqu’il a préparé, et s’attend à ce que vous ayez lu, la FAQ « So You Want To Book A Gig » (Alors vous voulez vous faire « booker » pour un spectacle) que vous devez consulter sur le site Web de la salle. Jetez-y un coup d’œil : http://www.thecarleton.ca/music/booking-faqs.

Charlotte Cornfield est musicienne professionnelle — à la fois comme auteure-compositrice-interprète et batteuse à la pige — est agente de spectacle pour The Burdock, à Toronto, depuis trois ans. Elle n’accorde aucune importance au genre musical, ne même au catalogue d’un artiste. Ce qui compte avant tout, pour elle, c’est « Comment est-ce que ce sera sur scène ? » Après sa première année au Burdock, dans une entrevue qu’elle avait accordée au magazine NOW, Cornfield avait partagé les cinq questions qu’elle se pose lorsqu’un artiste lui propose son spectacle :

Charlotte Cornfield

Charlotte Cornfield

  1. Est-ce que ça m’enthousiasme ?
  2. Est-ce un bon reflet de la ville et du quartier dans lequel nous nous trouvons ?
  3. Est-ce que ça va attirer les gens ?
  4. A-t-il une présence en ligne ?
  5. Est-ce qu’il dégage de bonnes vibrations ?

Elle a par ailleurs tiré profit de son expérience comme agent de spectacle pour faire avancer sa propre carrière en apprenant à écrire un courriel de sollicitation efficace : « Soyez brefs, ayez de l’impact et allez droit au but : pourquoi choisir mon spectacle, qu’est-ce qui le rend excitant. »

L’autre option de Derek Andrews lorsqu’il ne peut pas se rendre voir un groupe sur scène est de chercher ce que FACTOR et d’autres organismes de financement cherchent : « La taille de votre profil numérique. Nous regardons combien de gens visionnent vos clips ou aiment votre page Facebook. Avant, c’était les ventes de disques, maintenant c’est votre profil numérique. »

L’importance du « booking » groupé
Le principal avantage des événements vitrine listés ici est que les programmateurs et autres producteurs y seront assurément. Ils profitent de ce genre d’occasion pour faire ce qu’on appelle du « booking » groupé. « Les réunions de “booking” groupé ont lieu tout au long de l’automne », explique Derek Andrews. « C’est à ce moment-là que commence le cycle de production des festivals qui auront lieu l’été suivant… Le “booking”  groupé a lieu lorsqu’un groupe de diffuseurs co-ordonne une tournée directement avec un artiste ou son agent, en partie pour assurer l’accès aux subventions de tournée offertes par le Conseil des arts ou FACTOR… Historiquement, il y avait une date butoir en décembre pour soumettre une demande de soutien à la tournée. Alors si vous comptez à rebours à partir de cette date, il fallait commencer à discuter des groupes que l’on souhaitait mettre en vedette l’été suivant dès septembre ou octobre… »

Il y a bien entendu d’autres questions pratiques. Dan Burke, jusqu’à tout récemment, était agent de spectacle pour le regretté Silver Dollar de Toronto — et depuis pour The Horseshoe, Lee’s Palace et The Monarch — ne vous engagera pas si vous êtes surexposés dans le marché. Enfin, peut-être.

« La première chose que je demande aux artistes est : est-ce que votre agenda est libre ? Lorsqu’il s’agit de groupes locaux, il préfère qu’il n’y ait aucun autre spectacle prévu à l’agenda pour les trois semaines qui précèdent et qui suivent le spectacle qu’il “booke”, « à moins que le groupe soit vraiment en pleine explosion de popularité », s’empresse-t-il d’ajouter. Burke ajoute un point important : « Si un groupe promet d’attirer de 50 à 100 personnes, ça n’est probablement qu’une promesse vide. Pourquoi une telle fourchette ? Pour moi c’est immédiatement un signal d’alarme. »

Chacun de cinq experts affirme que le réseautage à plusieurs niveaux est crucial. Et ça ne signifie pas que de communiquer sur les réseaux sociaux avec des communautés de pairs ou une clientèle cible. Ça veut dire sortir de chez soi pour aller à la rencontre des joueurs clés, en personne et aussi souvent que possible. Participer au plus grand nombre de conférences et de vitrines possible peut paraître un investissement d’envergure, mais ça peut aussi être très payant. Depuis quelques années, les « bookers » organisent et se rencontrent régulièrement lors de vitrines comme Contact Ontario, dont le site dit qu’il s’agit ‘d’une opportunité pour les personnes œuvrant dans le domaine des arts de la scène de se réunir pour réseauter et partager leurs informations durant cette conférence de trois jours.’

Il y a de tels événements partout à travers le Canada :

 

Si vous pensiez qu’il existe des raccourcis ou des trucs spéciaux secrets pour vous faire “booker”, il n’y en a pas. Pour réussir dans l’industrie de la musique actuelle, il vous faut des aptitudes sociales et communicationnelles qui n’étaient pas nécessaires auparavant. Écoutez les conseils de Ralph James : « Ne vous laissez pas distraire par le temps que vous consacrez à votre site Web et vos comptes de réseaux sociaux… Il y a tant d’aspects à gérer, tant de dossiers qui doivent être menés de front, que les groupes finissent par oublier que leur priorité numéro un devrait être leurs prestations sur scène et l’écriture de chansons. Il peut sembler qu’il faut 20 heures par jour pour accomplir tout ce qu’il y a à faire, mais, comme il ajoute, ‘le sommeil, c’est pour les humains. »


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