L’idée au cœur de la Semaine Chanson et Composition de cette année au Massey Hall était simple : derrière les chansons qu’on aime, qui nous émeuvent et qu’on veut réécouter encore et encore, il y a une vraie personne. La Semaine Chanson et Composition a réuni créateurs et créatrices de chansons, interprètes, producteurs et productrices, compositeurs et compositrices, maisons d’édition et figures bien établies de l’industrie autour d’un vaste éventail de discussions et de séances d’information. Présentée en partie par la SOCAN, la programmation précédait la cérémonie d’intronisation du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens.  
 
Au programme : conseils de production avec des interprètes et créateurs et créatrices de chansons pop, les aspects commerciaux de la création musicale, une classe de maître sur TikTok, causeries avec Roch Voisine et Jim Vallance, séance d’enregistrement d’un balado avec Leslie Feist, intelligence artificielle et musique, état de l’industrie musicale, acquisition de catalogues, donner vie à un « cue » pour une production audiovisuelle et comment Peter Peter a trouvé la signature sonore de Heated Rivalry.

RALPH et Rêve

RALPH et Rêve. Photo par Lia DeVries-Voves.

Lors de l’atelier sur la production, les artistes et créatrices de chansons pop RALPH et Rêve ont expliqué leur façon d’écrire, leur collaboration avec les producteurs et productrices, ainsi que l’évolution de ce processus au fil de leurs quelque 15 années de carrière musicale. Rêve a insisté sur le fait que son approche de l’écriture et de la production est guidée par la recherche de ce qu’elle appelle la « molécule de l’euphorie », cette part d’instinct et d’émotion qui est impossible à décrire en mots, mais qu’elle cherche à insuffler à sa musique. RALPH, qui s’apprête à lancer de nouvelles chansons trois ans après une importante période de transformation créative et personnelle, a quant à elle souligné qu’avoir du fun en studio est au cœur de son processus créatif. Toutes deux ont rappelé qu’il est important de maîtriser les aspects techniques, et notamment le langage de la production, pour donner vie à une idée, tout en restant flexible et en sachant prendre des pauses, mais, surtout, en apprenant à faire confiance à son instinct.  
 
Jennifer Brown, cheffe de la direction de la SOCAN, a présenté un bref état des lieux de l’industrie, suivi d’une table ronde réunissant plusieurs organismes représentant les créateurs et créatrices de chansons et les compositeurs et compositrices pour discuter du droit d’auteur et de l’intelligence artificielle. « Jamais autant de gens n’ont écouté de musique », a déclaré Jennifer, soulignant que les créateurs et créatrices de musique peuvent aujourd’hui voyager et collaborer au-delà des fuseaux horaires et des cultures. Mais cette réalité mondiale s’accompagne aussi d’enjeux importants. Mme Brown a présenté quatre grands dossiers qui touchent aujourd’hui les créateurs et créatrices de chansons, les compositeurs et compositrices et les maisons d’édition musicale, ainsi que leur capacité à tirer un revenu équitable de leur travail : la fragmentation des sources de redevances, l’intelligence artificielle, la part de l’auteur·trice et la Loi sur la diffusion continue en ligne. 

Jennifer Brown, SOCAN CEO.

Jennifer Brown, SOCAN. Photo par Lia DeVries-Voves.

Dans la foulée, Mme Brown, ainsi que des représentants d’organismes québécois, d’Éditeurs de musique au Canada et de la CMRRA, se sont penchés sur la véritable conversation que l’industrie doit avoir au sujet de l’IA générative. Le recours à cette technologie peut faire en sorte qu’un créateur ou une créatrice de musique ne puisse plus affirmer avec une certitude absolue qu’une chanson ou une idée lui appartient entièrement, puisque cette technologie est entraînée à partir de contenus existants et les utilise pour générer de nouvelles créations. Au-delà des considérations morales et éthiques – aussi essentielles soient-elles –, la table ronde s’est intéressée aux responsabilités auxquelles pourraient s’exposer les créateurs et créatrices qui intègrent à leurs œuvres des lignes mélodiques ou des éléments instrumentaux existants en les présentant comme originaux. Cet enjeu est particulièrement pertinent pour les compositeurs et compositrices à l’image, qui doivent respecter une chaîne de droits propre aux productions pour le cinéma, la télévision et les jeux vidéo qui exige souvent des autorisations rigoureuses. 
 
Lors d’un entretien avec la compositrice et autrice-compositrice Alexandra Petkovski, Peter Peter l’a questionnée sur la transition vers la composition à l’image après avoir travaillé sur d’autres projets d’écriture et d’interprétation. Étant lui-même relativement nouveau venu dans l’univers de la composition à l’image, il a raconté à quel point le soutien d’autres compositeurs et compositrices lui avait été précieux, et il a affirmé que, selon lui, la meilleure façon d’apprendre demeure de se plonger concrètement dans le travail et de maîtriser les outils nécessaires. Il a aussi évoqué le rythme très différent de ce type de création, notamment le fait qu’une fois les scènes finalisées, il ne disposait que de sept semaines pour terminer toute la musique. Mais au cœur de son approche se trouvait surtout sa capacité à suivre le récit, à être un « bon téléspectateur » de l’histoire racontée par le « showrunner » Jacob Tierney et à faire confiance à son instinct de musicien pour créer une musique évocatrice et chargée d’émotion qui soit au service de l’image.  
 
L’industrie a déjà traversé bien des bouleversements technologiques et à travers tout cela, le public continue de préférer des chansons créées par des êtres humains malgré la supposée inévitabilité de l’IA. La Semaine Chanson et Composition nous a rappelé une vérité toute simple : sans les vraies personnes derrière les chansons, la musique ne nous ferait tout simplement pas ressentir ce qu’elle nous fait ressentir.