Jamais le compositeur torontois Jordan Pal n’oubliera le jour où il a appris qu’il allait être le nouveau compositeur en résidence 2014 de l’Orchestre national des jeunes Canada de la Fondation RBC : la nouvelle de sa nomination est arrivée tout juste au moment où il ramenait à la maison son enfant qui venait de naître. Quelques semaines après, et probablement quelques nuits après sans sommeil, Jordan Pal était profondément plongé dans la commande de l’ONJC dont la première et l’enregistrement auront lieu au cours de la saison estivale 2014 de l’orchestre. Avec une de ses pièces figurant sur le répertoire d’été de l’Orchestre académique national du Canada de Boris Brott – une composition qui a d’abord été interprétée par l’Orchestre symphonique des jeunes de Toronto en 2012 – Jordan Pal est très conscient du rôle extrêmement important que jouent désormais les orchestres jeunesse pour les compositeurs canadiens.

« Notre mandat est d’accueillir de nouvelles idées pour notre organisation de formation professionnelle de la part de jeunes compositeurs. » – Barbara Smith, directrice exécutive de l’ONJC

Et bien que Jordan Pal ait écrit pour des ensembles professionnels prestigieux, la commande de l’ONJC n’est pas sans défis. « C’est un orchestre de 104 personnes, et il est bien difficile pour eux de trouver un répertoire qui utilise chaque musicien – les percussionnistes, deux harpistes, les cordes, quatre groupes de cuivres et ainsi de suite, » dit-il. Bien que l’ONJC puisse continuer à passer des commandes aux compositeurs établis, la directrice exécutive Barbara Smith affirme que le recours au programme de compositeur en résidence « s’insère parfaitement dans notre mandat, qui est d’accueillir de nouvelles idées de la part de jeunes compositeurs pour notre organisme de formation professionnelle. »

Le directeur artistique de l’Orchestre des jeunes de la Nouvelle-Écosse, Dinuk Wijeratne, également compositeur et interprète actif, considère que l’ONJC s’est depuis longtemps engagé à commander des œuvres auprès des compositeurs des provinces atlantiques, le Concerto Grosso, de Derek Charke, par exemple, « est une œuvre extraordinaire, écrite avec beaucoup de jugement pour un orchestre de jeunes », dit M. Wijeratne.

« Lorsque l’on regarde les œuvres antérieures, la majorité sont composées pour des orchestres professionnels, ajoute-t-il. J’ai une liste de personnes dont j’aimerais jouer la musique mais je dois choisir des pièces qui conviennent. » L’an dernier, l’ONJC a interprété Natal Landscapes de Malcolm Forsyth et le répertoire de la prochaine saison comprend Voyageur d’Andrew Staniland. Wijeratne est également enthousiasmé par le concours de compositeurs émergents de l’ONJC, ouvert aux étudiants canadiens du premier cycle : « Nous avons vraiment démarré sur les chapeaux de roue la saison dernière avec Roydon Tse, qui avait écrit une toute nouvelle pièce pour l’occasion et avec le lauréat de cette année Joseph Glaser, lui aussi de l’Université de la Colombie-Britannique. »

De nombreux chefs d’orchestre de jeunes musiciens composent également. En mai dernier, l’Orchestre symphonique des jeunes de Vancouver de niveau intermédiaire a interprété une œuvre toute neuve de son chef Jin Zhang, qui en a également écrites plusieurs autres lors des saisons précédentes de cette formation. Et l’Orchestre symphonique des jeunes du West Island (à Montréal) a interprété des œuvres semblables de Denis Gougeon et Norman Symonds, ainsi que des compositions de son directeur artistique Stewart Grant.

L’Orchestre des jeunes du Nouveau-Brunswick, qui approche de son 50e anniversaire, non seulement enregistre, mais aussi joue régulièrement sur la scène internationale. En juillet, cette formation interprétera pour la première fois A Dream of Dawn, une œuvre commandée au compositeur torontois Kevin Lau, par ailleurs très occupé, à l’occasion du Concours international de musique jeunesse Summa Cum Laude, à Vienne en Autriche, pour le 100e anniversaire du début de la Première guerre mondiale.

« Notre idée était que l’œuvre devait commémorer l’événement, » dit le président de l’ONJC Ken MacLeod. « Ce morceau deviendra le thème de toute notre saison et nous le jouerons à chaque concert à travers le Nouveau-Brunswick. »


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


« Lorsque Blou est né au milieu des années 90, les gens n’arrivaient pas définir notre genre musical. Ils reconnaissaient bien des pointes de bluegrass, de musique traditionnelle, de rock ou de folk, mais personne n’arrivait à mettre le doigt dessus. On a donc inventé un mot qui définissait nos racines acadiennes, cajun et zydeco. Ça donné le terme « acadico », qui est resté depuis. »

C’était il y a 20 ans. L’auteur-compositeur-interprète Patrice Boulianne s’en souvient comme si c’était hier. Les autres membres de Blou et lui allaient même intituler leur premier disque Acadico (1998), un titre aussi donné à la pièce d’ouverture de 20 Temps, le tout nouvel album de Blou commémorant deux décennies de carrière. C’est dire toute l’importance du style qui a permis à la formation de se produire à travers une trentaine de pays et de recevoir moult récompenses, notamment lors du Gala de la chanson de la Nouvelle-Écosse et de celui de l’Association de la musique de la Côte Est.

« Être capable de voyager dans 36 pays pour chanter tes chansons en français, ça t’amène à chérir ta langue énormément. »

Blou est devenu aujourd’hui le projet personnel de Boulianne, un résident de la baie Sainte-Marie et réel ambassadeur de la culture acadienne. « Être capable de voyager dans 36 pays pour chanter tes chansons en français, ça t’amène à chérir ta langue énormément. À l’avoir proche du cœur. Parce que partager sa langue maternelle avec des gens qui ne la connaissent pas du tout, ça te donne une flamme. Et à voir les Radio Radio et Lisa LeBlanc aller, je me dis qu’il y a maintenant une relève prête à reprendre le flambeau, » explique celui qui a toujours refusé de déménager au Québec.

« J’ai décidé de rester en Acadie parce que ce sont ses paysages et ses gens qui m’inspirent. Mais c’est parfois difficile, surtout avec les coupures du gouvernement Harper dans les programmes d’aide au déplacement des artistes. J’ai l’impression que les Conservateurs ne comprennent pas l’importance de ces bourses pour les artistes francophones hors-Québec. C’est un peu comme si on nous poussait à chanter en anglais, une langue qui facilite l’exportation et la diffusion. Et c’est pas juste en musique. Le théâtre, la littérature et les arts visuels sont aussi touchés. Nous sommes en train d’appauvrir notre héritage culturel. »

Ainsi, Patrice Boulianne souhaitait rendre hommage à ses racines sur 20 Temps en enregistrant des duos avec Daniel Lavoie, Lina Boudreau et Mary Jane Lamond. « Daniel Lavoie, c’est pour mes origines manitobaines. Avant de déménager dans les Maritimes, j’ai passé mon enfance dans les grandes plaines, à Saint-Claude, où mon père faisait son possible pour acheter des disques francophones : Beau Dommage, Paul Piché, Francis Cabrel. Puis j’ai invité Lina Boudreau parce qu’elle représente l’Acadie. C’est certainement l’une des voix les plus belles et chaleureuses de la région. Et Mary Jane Lamond incarne les références celtiques présentes en Nouvelle-Écosse. »

Véritables mélanges d’influences, les compositions de 20 Temps se divisent en deux ambiances distinctes. D’abord, l’esprit festif acadico est toujours présent sur des titres comme « Sors tes souliers de danse », « Oh! Madeleine » ou « Anna et Louise », un hommage à la Louisiane. Mais ce sixième album de Blou revêt aussi une teinte folk plus intime sur « Là où on s’aime », dédiée à la mère de Patrice Boulianne atteinte d’Alzheimer ou sur « Lettre pour Annette », écrite à la mémoire d’une amie décédée subitement au début de la quarantaine.

« Ça m’a pris du temps avant d’avoir le courage d’intégrer au répertoire de Blou ces chansons plus personnelles qui cadrent parfois moins bien avec les compositions plus énergiques. Il fallait trouver un équilibre, mais aussi les mots justes et le bon phrasé pour bien rendre l’émotion. J’ai mis trois ou quatre ans avant de terminer la chanson pour ma mère et d’être enfin capable de l’interpréter sans me laisser envahir par l’émotion. Parce que je l’ai composée pour extérioriser ma peine et mon anxiété, comme une sorte de thérapie, » confie le musicien à propos de « Là où on s’aime », devenue la pièce thème de La Société de la maladie d’Alzheimer de la Nouvelle-Écosse.

Lancé il y a quelques mois à peine, 20 Temps lève ainsi le voile sur une autre facette de Patrice Boulianne que les fans de Blou à l’étranger découvriront bientôt, puisque le musicien entend bien présenter ses nouvelles compositions hors de nos frontières. « Grâce aux activités de réseautage organisées par RIDEAU, le gala de l’Association de la musique de la Côte Est ou la Francofête en Acadie, mon agence de booking (À l’infini) a développé un réseau de contacts imposant qui me permet toujours d’avoir l’Europe dans la mire. Je compte bien y retourner bientôt, » espère le chanteur qui entend bien jouer son rôle d’ambassadeur de la culture acadienne encore longtemps.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Chad Richardson n’a jamais douté que la musique serait toujours au centre de sa vie. « J’ai toujours su que si je faisais autre chose comme travail, je dépérirais, » dit-il en riant.

C’est pourtant la cuisine – et non la musique – qui a incité Richardson, nouveau directeur général de la Division de Los Angeles de la SOCAN (et membre de longue date de la SOCAN), à quitter sa province natale de Terre-Neuve après avoir terminé ses études secondaires.  « Je suis parti en suivant mon plan B, » admet-il, en décrivant un boulot à l’école des chefs de Paris qui lui laissait juste assez de loisirs pour commencer à écrire des chansons. « Quand j’ai eu terminé en France, je savais que la musique était toute ma vie. »

« Mes deux grandes préférences au monde sont les auteurs-compositeurs et les Canadiens! »

Richardson est donc revenu au Canada, où il a étudié la musique quelque temps à Montréal. Il commença à chanter dans des concours de karaoké pour gagner sa vie, remportant même un prix d’une valeur de 2 000 $ en pneus surdimensionnés (qui ont abouti comme meubles dans son appartement). Bientôt Richardson réalisa son premier enregistrement démo. À la suite d’une erreur d’interprétation d’une lettre de refus d’une grande étiquette de disques, il déménagea à Toronto, convaincu qu’il était sur le point de faire une grande percée. « J’ai interprété la lettre comme si on m’offrait un contrat d’enregistrement, » dit Richardson en riant.

À Toronto, Richardson commença effectivement à percer. Après avoir mis en marché son premier album de façon indépendante, il remporta le concours Q107 Homegrown, ce qui lui permit de financer son deuxième album. Au moment de signer un contrat avec Aquarius/EMI, cet album, The Legends Of Brud, vint à paraître. Or, durant la réalisation de Brud, Richardson décida spontanément de passer une audition pour la production canadienne Rent sur Broadway. « Mon bassiste m’avait mis au défi d’essayer, » dit Richardson, admettant qu’il n’avait jamais joué avant et connaissait très peu le spectacle. « En tout, 15 000 personnes ont auditionné et c’est moi qui a décroché le rôle. »

Richardson s’est donc établi à New York pendant quelques années pour jouer dans la production de Broadway Rent, mais il savait que c’était la musique, et non le théâtre, qu’il avait toujours à cœur. Il déménagea ses pénates à Los Angeles pour se concentrer sur l’écriture et la production musicale, et s’occuper d’autres auteurs-compositeurs engagés dans son entreprise Arrive At Eleven Productions. Par la suite, Richardson eut un engagement avec l’éditeur de musique indépendant ole dans lequel il interpréta des artistes renommés comme Steven Tyler et Timbaland.

Il réactualisa une série d’ateliers internationaux d’écriture, facilitant l’encadrement et le soutien des nouveaux talents, ce qui fit que de nombreuses chansons composées à l’occasion de ses ateliers furent interprétées par des artistes de renom. Certains de ces ateliers transformèrent même la vie de plusieurs auteurs-compositeurs. Par exemple, un ami parla un jour à Richardson d’un artiste soul-roots d’Edmonton, Scotty Hills. Après que Richardson eut découvert sa musique, il l’invita à écrire pour Rihanna dans un atelier à Los Angeles. « Je sentais qu’il croyait sincèrement en ce que je faisais et qu’il souhaitait que je réussisse, dit Hills. Je me suis dit que ce gars-là est réellement passionné par la musique et est prêt à prendre des risques. »

Richardson est enthousiasmé par le nouveau tour de sa carrière, particulièrement par la chance de trouver de nouvelles possibilités pour les auteurs-compositeurs canadiens tout en les aidant à créer ce qui se fait de mieux.

« Quand la SOCAN m’a appelé et m’a dit que j’allais non seulement soutenir ma liste d’artistes mais aider tous les auteurs-compositeurs canadiens, j’ai su que c’était ma place, se rappelle-t-il. Mes deux grandes préférences au monde sont les auteurs-compositeurs et les Canadiens! »–


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *