L’auteure-compositrice-interprète Victoria Anthony est l’exemple parfait de savoir tirer pleinement profit d’un moment « viral » et de ne pas se contenter de le voir comme « ce truc cool qui m’est arrivé l’autre fois ». En 2018, la vedette pop américaine P!nk lui a tendu le micro durant un spectacle au Rogers Arena pour qu’elle chante « Perfect » devant une foule de 18 000 personnes et à partir de ce moment, elle n’a plus jamais regardé derrière.

“J’avais ce rêve complètement ou quand j’avais 12 ans et j’ai simplement décidé de foncer. Je voulais chanter avec P!nk, alors je l’ai contactée sur les réseaux sociaux pour lui demander si ce serait possible quand elle serait de passage à Vancouver, et c’est arrivé. Je n’en revenais pas! » dit Victoria, aujourd’hui âgée de 17 ans et à sa dernière année du secondaire. Elle a accordé une entrevue à la SOCAN à 8 h le matin, juste avant de partir pour l’école.

« Ça va toujours rester ce truc cool qui m’est arrivé, mais ce n’est pas comme si j’étais totalement en contrôle », confie-t-elle. « Tout d’un coup, des médias dont j’avais entendu parler toute ma vie comme Disney et The Talk parlaient de moi. Au début, j’ai été emportée dans le tourbillon, j’essayais de garder mon calme et de profiter de tout ce qui m’arrivait du mieux que je pouvais. »

« Quand les choses se sont calmées, j’ai réalisé que j’avais désormais 10 000 abonnés et ma vidéo accumule des millions de visionnements par jour. J’avais une plateforme à moi. C’est à ce moment que j’ai décidé de partager la musique que j’avais écrite et que je diffusais sur YouTube et Instagram », poursuit-elle. « Je crois que c’est une des raisons les plus importantes qui m’a permis d’être entendue de nouveau. »

À l’orée de l’adolescence, Victoria – qui écrit au piano et joue également de la guitare – n’avait jamais mis les pieds dans un studio. Qu’à cela ne tienne, un mois après sa prestation sur la scène de P!nk, elle s’est rendue en studio pour enregistrer sa chanson « Without You » avec le producteur Troy Samson. « Au final, on a changé la progression d’accords et un brin de la mélodie das le refrain », explique la jeune musicienne. « C’est devenu une coécriture, mais c’était tellement cool parce que c’est la première fois que je finissais une chanson pour vrai. »

Aujourd’hui, Victoria a fini des tonnes de chansons et elle cumule plus de six millions d’écoutes sur Spotify, Apple Music et Amazon Music combinés et le même nombre de visionnements de ses vidéoclips, sans compter 4 millions de visionnements additionnels pour ses autres contenus YouTube.

Son premier album, Real Life (2020), nous a donné quatre simples – « Sleep », « Gotta Get Up », la pièce titre et « Breathe Underwater – et elle a enchaîné en 2021 et 2022 avec sept autres chansons – “Should’ve Known”, “Stupid Kid”, “Kinda Into You”, “How Cute”, “Bad For Me”, “Save Me” et “Dirty Lipstick”.

Son prochain simple, “Another Regret”, paraîtra le 27 janvier 2023 avant la sortie de son album dont le titre reste à déterminer en Printemps 2023. La majorité des chansons ont été coécrites avec Ryan Worsley, son fidèle collaborateur des 18 derniers mois. “Vous allez découvrir une toute nouvelle direction au fil de mes trois prochains simples. C’est encore de la pop, mais avec une touche légèrement grunge et des textes beaucoup plus honnêtes que tout ce que j’ai écrit auparavant”, confie Victoria.

‘C’est absolument voulu de sortir ça pendant ma dernière année du secondaire parce que pour moi ça représente vraiment ce que ça veut dire de grandir. Tu sais, genre ‘Oh! mon Dieu! Qui est ce nouveau garçon?’, puis ‘Oh! mon Dieu, tout le monde me déteste!’, toutes ces émotions que tourbillonnent dans ta tête quand tu passes de l’enfance à l’âge adulte. Tout a l’air complètement nouveau. J’ai très hâte que tout le monde entende ce nouvel album parce que je pense que peu importe ton âge, on a tous ressenti cette crainte de laisser quelque chose de familier pour aller vers l’inconnu.’

Outre les médias canadiens, Victoria Anthony a fait l’objet de reportages par ET, MTV, Perez Hilton, Alternative Press, Ones To Watch, Consequence of Sound, Tiger Beat et de nombreux autres. Et ce n’est pas seulement à cause du coup d’envoi que lui a offert P!nk ou à cause de sa propre musique, mais bien parce qu’elle est le cerveau derrière la création de tous ses actifs, que ce soit les pochettes de ses albums et simples ou la scénarisation et la co-réalisation de ses vidéoclips.

“Bien sûr que c’est moi l’artiste”, dit-elle. “L’écriture de chansons est importante pour moi – tout commence par une chanson. Mais après, il a aussi tout la question de l’image de marque. Qui chante la chanson? Qu’est-ce qui la complète? Les pochettes, les clips, au final, tout à mon nom dessus.”

“C’est vraiment important pour moi d’être impliquée du début à la fin parce que je suis la seule à savoir vraiment de quoi une chanson parle et à pouvoir rendre toutes les nuances qu’elle aurait si c’était une image ou une vidéo.”

“C’est pour ça que mon nom est sur tout ce que je publie : je veux que ça m’appartienne en propre en y mettant autant de moi et de ma vision que possible”, explique-t-elle. “Ce qui est encore plus important pour moi, c’est que je puisse vraiment m’assurer de tirer le maximum de l’histoire, de l’écriture, pour développer son plein potentiel.”

Les hauts et les bas des montagnes russes des réseaux sociaux

“Je publie très peu dans ma vie privée. Je ne suis pas une grande fan des réseaux sociaux, à dire vrai, mais c’est quand même un outil très utile et une belle occasion de communiquer avec les gens qui sont intéressés par ta musique… c’est la seule raison pourquoi je me sers des réseaux sociaux.”

“Au final, c’est difficile. Il y a beaucoup de vulnérabilité à partager des trucs personnels à propos de soi et ce sont les trucs personnels qui marchent le mieux. Je me demande pourquoi les gens s’intéressent à ma vie personnelle ; je ne suis qu’une chanteuse. Pourquoi ne pas s’intéresser uniquement qu’à mon art? Mais je pense que la clé est simplement d’être aussi authentique que possible et essayer d’en tirer parti le plus possible…”

“TikTok est pratiquement la seule façon d’assurer le succès de ta chanson, aujourd’hui, alors aussi bien s’essayer. Ça n’est pas obligé de marcher chaque fois – c’est impossible –, mais il faut quand même suivre la tendance et essayer. Tu peux même simplement y mettre ta chanson et si elle touche les gens, elle touche les gens.”

“Les réseaux sociaux sont effrayants parce qu’on peut s’y faire harceler très sérieusement. C’est très commun et ça m’est arrivé. Au final, il faut juste que tu te dises que c’est pas plus grave que â et que c’est la seule chance que ta chanson a d’être populaire.”



Anna ArobasMade to Touch, le premier album de l’autrice-compositrice-interprète Anna Arrobas, est l’un des trésors cachés de l’automne musical québécois passé. Sa voix délicate, ses airs doux et enivrants enrobés de guitares shoegaze dosés par des timbres acoustiques et des orchestrations étudiées en font un petit bijou de pop éthérée… que la principale intéressée imaginait à l’origine comme un disque de « folk minimaliste aux influences country »!

« C’est en collaborant avec Pierre [Guérineau], Jesse [Osbourne-Lanthier] et Asaël [Richard-Robitaille] que l’album est devenu ce truc grandiose et cinématographique, complètement différent que ce que j’imaginais au départ. »

Mais avant de parler musique, attardons-nous à cette mystérieuse – et superbe – pochette. Anna, la mine épuisée, abattue, le visage barbouillé, des blessures sur les mains reposant sur la poignée de ce qui semble être une pelle. Plantée dans la forêt, vêtue d’un uniforme d’une autre époque. On a envie d’imaginer ainsi la scène : décembre 1837, au lendemain de la bataille de Saint-Eustache, une patriote défaite enterre ses morts.

« J’adore l’interprétation! sursaute Anna. Je suis vraiment fascinée par ce genre d’univers, j’aime m’imaginer voyager dans le temps, dans ce genre de mondes » qui pourraient aussi évoquer le décor gothique et surnaturel du film Sleepy Hollow (1999) de Tim Burton. « Je voulais créer quelque chose d’ambigu, qu’on se demande dans quelle époque l’image a été prise ».

À la base, Anna Arrobas est photographe professionnelle, ce qui explique le soin mis sur cette pochette qui, lorsqu’on en découvrira l’édition vinyle, montrera un trou creusé au sol à l’endos. « J’aime vraiment travailler des images qui ont une dimension cinématographique, qui racontent une histoire, comme il y a beaucoup de storytelling dans les textes des chansons. Je voulais décrire une scène où, si on ne comprend pas tout à fait ce qui se passe, on comprend la peine, la sévérité du moment. »

Anna Arrobas compose des chansons depuis l’âge de seize ans, encouragée par son papa Jérémie Arrobas, qui fut claviériste de la première incarnation du célèbre groupe synth-pop Men Without Hats. « Lorsque je compose, je n’arrive pas à préciser quelle sera l’histoire, le sujet, d’une chanson avant de commencer à l’écrire. Et c’est en écrivant que je comprends ce qu’elle raconte, sa logique, et ce que j’ai vécu qui l’a inspirée. Au final, ça fait toujours du sens avec quelque chose que j’ai vécu », explique Anna.

« Je suis quelqu’un qui rumine énormément sur ma vie et sur toutes les petites décisions que j‘ai prises, poursuit-elle. J’accepte tout ça, mais, ouais, j’analyse beaucoup tout ce qui se passe dans ma vie. [Sur Made to Touch], j’évoque beaucoup la notion de la perte, en repensant à mon passé et à comment tout aurait pu être différent, avec l’envie de simplement tout enterrer et oublier. Je parle beaucoup d’amour, de peines d‘amour, d’avoir perdu quelqu’un – ou même de penser à perdre un amant avant même qu’il ne t’ait quitté. Comme sur la chanson Farther West, racontée du point de vue d’une femme dont le mari est parti à la guerre en sachant qu’il n’en reviendra pas. »

En 2019, Anna Arrobas lançait un premier EP, mixé par Pierre Guérineau (Feu St-Antoine, Essaie Pas) et matricé par Jesse Osbourne-Lanthier; les deux musiciens et réalisateurs ont fondé à l’été 2020 la maison de disques Éditions Appærent, formidable vivier de talents musicaux avant-gardistes qu’a rejoint Anna au moment de plancher sur ce premier album, longuement peaufiné durant la pandémie, avec l’apport du complice des Éditions Asaël, membre de Marie Davidson et l’Oeil Nu, tout comme Guérineau.

« Des gens vraiment talentueux, à titre de musiciens et de réalisateurs, commente Anna. Je suis chanceuse d’avoir pu collaborer avec eux. Lorsqu’on s’est rencontrés, je ne les connaissais pas très bien. On a jasé de nos goûts musicaux, on adore tous Cocteau Twins, Prefab Sprout, The Jesus and Mary Chain, des trucs qu’on a découverts plus jeunes ». L’influence de Cocteau Twins, et plus généralement de la production du label britannique 4AD dans ses glorieuses années 1980, transpire dans la facture sonore de Made to Touch.

« On partage surtout des intérêts dans une vaste diversité de musiques, et en faisant l’album, il était clair qu’on ne voulait pas nous coincer dans un style », l’album touchant aussi à la musique ambient (sur Careworn Seal, de façon particulièrement évidente), ajoutant beaucoup de textures et d’atmosphère à l’ensemble, le souci du détail sonore, riche et complexe, étant une des spécialités du coréalisateur Jesse-Osborne-Lanthier.

« Aussi, on a découvert qu’on adorait tous jouer aux jeux vidéo! Les musiques originales pour jeux vidéo, on est fans – d’ailleurs, la première fois que j’ai rencontré Jesse, ce n’était même pas en personne. C’était en ligne, sur le jeu vidéo Animal Crossing! »



Si vous êtes créateur de musique, il y a fort à parier qu’à un moment ou un autre de votre processus, vous voudrez utiliser la musique de quelqu’un d’autre, que ce soit par le biais d’un échantillon, de l’enregistrement d’une reprise ou d’une étude, par exemple. Peu importe le cas, il existe un moyen légal de le faire tout en respectant les droits d’auteur de l’auteur-compositeur et de l’éditeur de musique, et en leur assurant une rémunération équitable. En général, c’est une simple question d’obtenir leur autorisation.

Échantillonnage
Si vous échantillonnez une chanson, le ou les ayants droit de l’enregistrement de la chanson et le ou les ayants droit de la chanson elle-même doivent tous accorder leur permission. Par exemple, si vous voulez échantillonner le solo de la chanson « Hasn’t Hit Me Yet » de Blue Rodeo, vous devez obtenir l’autorisation d’utiliser l’enregistrement de Warner Music Canada, et l’autorisation d’utiliser la chanson de ses créateurs, soit Jim Cuddy et Greg Keelor, et/ou de son éditeur, Thunder Hawk Music.

Dans la plupart des cas, lorsqu’un éditeur de musique est impliqué, il a contractuellement obtenu l’autorisation de négocier le paiement et de fournir l’autorisation au nom des auteurs et compositeurs qu’il représente. Si c’est le cas de Cuddy et Keelor, vous obtiendriez l’autorisation des trois ayants droit de la chanson auprès de Thunder Hawk Music.

Enregistrer une reprise
Si vous souhaitez enregistrer une reprise d’une chanson originale protégée par un droit d’auteur, vous devez obtenir l’autorisation des ayants droit de la chanson, mais pas des ayants droit de l’enregistrement original de celle-ci. Si, par exemple, vous voulez réarranger « Hasn’t Hit Me Yet » en déplaçant le moment où le solo est joué dans la chanson ou encore en ajoutant un couplet, vous devez obtenir la permission des auteurs, Cuddy et Keelor – probablement par l’entremise de leur éditeur, Thunder Hawk Music, et l’autorisation de Thunder Hawk Music en tant que telle. Il en va de même si vous souhaitez enregistrer une reprise de la chanson.

Reproduction d’une reprise
Quiconque souhaite copier sa version d’une chanson protégée par le droit d’auteur – sur un pressage de 500 vinyles, par exemple, ou sur un service de diffusion en continu – doit d’abord demander l’autorisation du ou des détenteurs du droit d’auteur en obtenant une licence « mécanique », c’est-à-dire une licence de droit de reproduction. Reprenons l’exemple de « Hasn’t Hit Me Yet » : il vous faudrait à nouveau obtenir l’autorisation pour la chanson uniquement auprès de ses créateurs, possiblement par l’entremise de leur éditeur, et celle de l’éditeur lui-même.

Les services tiers
Dans tous les cas ci-dessus, il existe des services tiers qui peuvent accorder des licences sur des chansons en votre nom lorsque vous souhaitez la réinterpréter, mais au final, il faut toujours obtenir l’autorisation des ayants droit, que cette autorisation soit obtenue par l’entremise d’une société ou par vous en personne. Vous devriez par ailleurs toujours vérifier attentivement que cette organisation opère de manière légale et légitime avant de retenir ses services.

Utilisation équitable
La notion d’« utilisation équitable » est semblable, mais pas exactement la même au Canada qu’aux États-Unis. Au Canada, cela signifie qu’il n’y a pas de violation du droit d’auteur lorsqu’une petite partie de l’œuvre est utilisée à des fins privées d’étude, de recherche, d’éducation, de parodie, de satire, de critique, de revue ou de journalisme. L’utilisation équitable est une évaluation au cas par cas basée sur des facteurs établis par les tribunaux canadiens. Par exemple, si vous présentez une conférence privée sur l’écriture de chansons et que vous faites jouer « Hasn’t Hit Me Yet » pour illustrer ou enseigner certaines techniques – comment écrire un excellent refrain, par exemple –, vous n’avez pas à obtenir une permission au préalable.

Domaine public
Au Canada, une chanson ou une composition entre dans le domaine public 70 ans après l’année du décès du dernier créateur, compositeur, parolier ou auteur survivant de l’œuvre. Aucun droit n’est habituellement payable si la chanson ou la composition exécutée appartient au domaine public. Autrement dit, 70 ans après le décès du dernier compositeur survivant de « Hasn’t Hit Me Yet » – qu’il s’agisse de Jim Cuddy ou de Greg Keelor – la chanson sera dans le domaine public, et pourra alors être enregistrée sans aucune permission.

Pour des réponses à d’autres questions fréquemment posées sur le droit d’auteur et sur le fonctionnement de la SOCAN, consultez notre FAQ.