La musique country connaît un engouement sans pareil. La chaîne ICI MUSIQUE country vient d’être lancée, les festivals spécialisés pullulent un peu partout au pays et le bassin de talents foisonne. Voici six artistes du Québec et de l’Acadie qui ont le vent en poupe. 

 

Léa Jarry 

On pense beaucoup à Ella Langley et Kacey Musgrave en écoutant son album Foraine (Rosemarie Records) qui est en nomination au Premier Gala de l’ADISQ le 4 novembre prochain. Dix chansons, autant de superbes clips. 

«La prémisse de l’album, c’est la rencontre de mes parents en 1984 à la fête foraine de Baie-Saint-Paul en 1984. C’est arrivé naturellement ce disque-là, c’est comme si ces chansons avaient toujours fait partie de moi.»  

La musique de Léa Jarry a un son​​ folk et une consistance plus charnelle avec au passage quelques étreintes brûlantes et brèves mais dont on attend aucun lendemain. 

Il s’agit du troisième opus en dix ans de carrière pour l’autrice-compositrice originaire de la région de Charlevoix qui a reçu le Prix d’autrice-compositrice de l’année au gala SOCAN en 2020.  

 ​Sur Foraine, Léa Jarry, 36 ans, signe seule les paroles et la musique avec l’aide du réalisateur Connor Seidel, qui possède une sorte de bonheur permanent de la trouvaille. 

«Je ne connaissais pas Connor, ce fut facile de travailler avec lui. J’avais au départ une quinzaine de chansons écrites. Il y a des chansons qui étaient des balades au départ et on est allé ailleurs au final.»  

On retient surtout: Quand rien ne nous fera plus rien, en référence à la surabondance de nouvelles, Se marier en jeans, Cœurs météores et À contre-sens, ces deux dernières chansons s’étant hissées dans le top 100 de l’ADISQ. 

«Se marier en jeans» par Léa Jarry. Cliquez sur le lien pour voir la vidéo.

 

Zach Chico 

Le 16 août dernier au festival Lasso (son baptême montréalais), le gars de Québec a vite pu mesurer l’impact de ses chansons: «toute ma famille est montée, ça m’a pris deux jours à m’en remettre. J’ai été surpris par mon show solo quand le public s’est mis à chanter mes paroles», explique celui qui est surtout connu avec son groupe, Classe Moyenne. 

Zach Chico a réussi à placer cinq chansons dans le top 20 de l’ADISQ. Trois fois avec Classe Moyenne: avec leur chanson homonyme, Autour du feu et J’t’en vacances (j’fais c’que j’veux). Deux autres de ses chansons se retrouvent dans le palmarès: Où on dansait autrefois avec William Cloutier et Ciao Bye! (Good Luck) avec Laurence St-Martin. En tout, il a plus de 22 millions de streams à son actif en tant qu’interprète et auteur-compositeur. Avec le prodigieux Gab Fredette, son collègue au sein de Classe Moyenne, un autre allumé en mal d’émotions neuves, Zach Chico est l’un des chantres du new country, plus rock.  

Sixteen, son prochain EP a d’ailleurs été réalisé à Nashville. «Ça fait quatre fois qu’on y va pour composer et enregistrer, je suis vraiment chanceux de travailler avec Diane Pinet de Bloc Notes Music, c’est elle qui a organisé ces sessions avec des auteurs-compositeurs de là-bas qui travaillent avec des gros noms dans l’industrie.» 

«Je continue et je reste humble. J’ai réalisé que dans la musique, des fois, tu tombes dans le bon algorithme avec les réseaux sociaux.»  

Zach Chico pourrait bien devenir un phénomène country de la décennie actuelle dans le Canada francophone. 

«Où on dansait autrefois» par Zach Chico, avec William Cloutier. Cliquez sur le lien pour voir la vidéo.

 

 

 

 

Fred Dionne

Récipiendaire du Prix Musique country au Gala de la SOCAN 2026, Fred Dionne mérite tout ce qui lui arrive. «C’est une reconnaissance du milieu, une belle tape dans l’dos.» À cela s’ajoutent les trois nominations reçues en 2025 au Gala de l’ADISQ pour son essentiel Eldorado (Disques Ranch), son deuxième album comme auteur-compositeur… 

«Ma façon de faire du country est un peu old school, je ne suis pas identifié au new country, il y a du folk, du rock classique, des textures vintage avec les guitares, un clin d’œil à Creedence Clearwater Revival.»  

Le gars de 30 ans de Sainte-Adèle est fait pour la scène. «Ça m’étonne que le monde chante des chansons plus obscures de mon répertoire, c’est une nouvelle étape pour moi cette année. On apprend à se faire confiance, ça prend une identité claire. Quand j’ai une idée musicale, je mets tout de suite des paroles dessus. J’essaie de chanter qui je suis, d’où je viens.»  

Avec les solos racés de sa guitare, sans frime ni bluff, la musique de Dionne est de haut niveau. Son identité visuelle l’est aussi. C’est un petit road trip en Californie qui sert de décor aux vidéoclips et aux photos pour le cycle de l’album Eldorado. 

«Le country au Québec est dans une belle période, c’est très fraternel, je me sens faire partie d’une belle cohorte, je pense à mes chums Vince Lemire, Guillaume Lafond, Francis Degrandpré…» ,  

«Oui, on garde un œil sur les streaming, mais en même temps, on fait pas juste ça pour les chiffres.»   

«Eldorado» par Fred Dionne. Cliquez sur le lien pour voir la vidéo.

Arpin Lépine

Le travailleur de la construction de 26 ans de Saint-Félix-de-Valois dans Lanaudière vient de passer un premier été sur les scènes. Triomphe à Lasso, accueil chaleureux au Festivent de Lévis, à Saint-Tite… 

La musique folk, rap et country de Lépine est le véhicule idéal pour lui. Les chansons composées avec Rémy Blais (alias Cook The Beat) sont fort originales: En espérant que tu reviennes, Chance, Vie d’adulte, Dans notre coin, Coude au plancher… Il n’y a pas à dire, c’est l’authenticité de son propos qui caractérise Lépine. Son vécu. «Je représente beaucoup de gens. La grande majorité du territoire québécois, c’est les régions. On n’est pas loin des pits de sable, tu comprends?» 

Arpin Lépine vous émeut avec trois fois rien. Sa chanson St-Félix est devenue un hymne. C’est l’un des douze titres de Lune Brune (Cook House Music) sorti au mois de janvier 2026 et qui a atteint les douze millions d’écoutes sur les plateformes—au cas où notre homme aurait besoin d’une motivation supplémentaire. 

«Un matin, je peux me lever avec une inspiration folk et le lendemain, avec une inspiration plus country. Quand j’ai une idée, je sors mon téléphone et je me mets à écrire. Je veux être le plus transparent possible, ce qui est tout le contraire du rap que je faisais jadis avec tout le bling-bling, le cash, les femmes… Le rap, on veut tous en faire, nos amis trouvent ça cool, mais en même temps, on vieillit un peu.» 

«St-Félix» par Arpin Lépine. Cliquez sur le lien pour voir la vidéo.

 

 

 

Laurence St-Martin 

La fille de Sorel a reçu une nomination pour Ailleurs (Productions Véronique Labbé) son quatrième album paru en mai dernier, dans la catégorie Album de l’année—Country au Premier Gala de l’ADISQ qui aura lieu le 4 novembre prochain. 

Musicalement, c’est hétéroclite et la cohérence vient de sa voix. Elle écrit toutes ses chansons, intimes, parfois dans l’esprit d’un feu de camp, parfois inspirée de 2Frères. La trentaine en devenir, Laurence dit avoir puisé dans ses souvenirs de jeunesse: les émissions Les frères Scott et Hannah Montana, la musique d’Avril Lavigne et de Marie-Mai, «j’ai voulu me projeter dans la jeune Laurence et la coller à ma réalité d’aujourd’hui.» 

Mais elle cultive aussi le travail d’équipe. Elle collabore avec Fred Dionne, Gab Fredette et le rappeur Greenwoodz. «J’ai invité toute la gang de Classe Moyenne à enregistrer chez moi», se remémore-t-elle. D’ailleurs, la chanson Dans mon tiroir, coécrite avec le groupe, est devenue un gros succès. 

Et elle réussit à tirer son épingle du jeu, à s’émanciper de ses influences. Devant Laurence, on s’incline. Ailleurs laisse l’impression d’un chaud-froid émouvant, plein de sensibilité et de sensualité, avec ses balades simples au tourment léger. Tout ça dégage un naturel qui sonne juste. 

Ses vlogs sur YouTube (pas moins de 70 vidéos!) et ses 11 000 abonnés sont certes une corde de plus à son arc. Véronique Labbé, musicienne new country et animatrice de radio, agit aussi comme sa gérante, son éditrice et sa coproductrice.  

«On se complète bien. C’est comme un mariage, sauf que je lui parle plus à elle qu’à mon chum!» 

«Rivière» par Laurence St-Martin, avec GreenWoodz. Cliquez sur le lien pour voir la vidéo.

 

 

 

Menoncle Jason

En mai dernier est tombé des cieux Hallo chanceux (Le Grenier Musique), le quatrième album du chanteur et compositeur de Memramcook au Nouveau-Brunswick. Il revient d’ailleurs tout juste d’une virée de deux spectacles en France avec ses trois musiciens. 

Ingénieur de formation, l’alter ego de Jason Leblanc est un personnage parodique qui vit à la campagne et qui a de la difficulté à s’adapter à la modernité. Avec la prémisse que «tout était mieux avant».  

Le 15 août dernier, pour la grande fête acadienne, c’est nul autre que Menoncle Jason qui agissait comme maître de cérémonie. Sur scène, des objets que l’on retrouve dans ses chansons, une roulotte, des chaises de camping… Le décor était à son image! 

Sur Hallo chanceux, il raconte ses récits familiaux avec une esthétique lo-fi, puisque les douze chansons ont été enregistrées sur cassette et sur bandes magnétiques dans un studio presque abandonné et poussiéreux, le MRC (Memramcook Recording Studio). On triture, on malaxe, on pétrit, on sculpte et le résultat séduit, étonne. 

«C’est pour l’acoustique naturelle et le son distinctif du vieux studio», nous confie Menoncle, gagnant du prix Paul Daraîche remis au gala de la SPACQ 2025. 

Son humour léger constitue un authentique régal, ses délires musicaux en font un personnage incroyablement intéressant, loin du country rustique, lourd de prophéties et de chagrins de ses premiers albums. Et c’est chanté en chiac. Comment résister à ça? 

«Au Canada» par Menoncle Jason. Cliquez sur le lien pour voir la vidéo.