Bienvenue à la chronique Entrepreneurs, une nouvelle série de Paroles + Musique. Alors que l’industrie musicale traverse d’importantes transformations technologiques et des changements constants, le rôle d’entrepreneur est devenu l’un de ses plus puissants moteurs. Les entrepreneurs canadiens du secteur de la musique nourrissent les carrières de nos créateurs de musique et y investissent – un exploit qui, plus que jamais, exige du courage, de l’argent et d’excellents talents organisationnels pour réussir. Dans le premier article de cette série, nous nous tournons vers ole, la plus importante réussite commerciale canadienne dans le monde de l’édition musicale.

Il y a dix ans, quand Robert Ott a parlé pour la première fois à Paroles + Musique au sujet d’ole, la nouvelle maison d’édition musicale établie à Toronto qu’il a fondée en compagnie de l’entrepreneur et personnalité de la station de radio CHUM-FM Tim Laing, il a déclaré avec désinvolture presque, « Oui, il va falloir donner un bon coup ».

« Nous sommes toujours heureux d’être au Canada parce que je crois que le talent ici, tout bien considéré, est le meilleur au monde. » – Robert Ott de la société ole

Quel coup! Dis ans plus tard, ole (prononcé « olé », acronyme d’Ott- Laing Enterprises) est passé de ses deux fondateurs associés, financés par un autre partenaire silencieux à hauteur de 40 millions de dollars, dans un bureau du centre-ville de Toronto, à un personnel de 60 employés répartis entre Toronto, Nashville, Los Angeles et New York, avec un catalogue d’édition de plus 45 000 chansons, 60 000 heures de musique pour le cinéma et la télévision et 150 000 bandes sonores de productions, pour des acquisitions totales de 300 millions de dollars US et une vision en constante expansion qui englobe la gestion mondiale des droits.

La société ole comporte de plus une liste de 102 auteurs- compositeurs, dont des auteurs à succès comme Tim « Timbaland » Mosley (Justin Timberlake, Nelly Furtado), Steven Tyler d’Aerosmith, Jim Vallance (Bryan Adams, Glass Tiger), Mother Mother, Lindi Ortega, et plus récemment, Rush. Et c’est sans mentionner des succès comme la chanson R&B de Timberlake « Pusher Love Girl », gagnante d’un prix Grammy en 2014, « White Horse » de Taylor Swift, elle aussi honorée d’un Grammy et « Springsteen » d’Eric Church, qui a dominé le palmarès. En outre, ole possède les catalogues du cinéma et de la télévision de Sony Pictures Entertainment (de 1993 à 2012), de Cookie Jar Music, de WGBH et de Cineflix Media Inc. entre autres.

« Il ne fait pas de doute que nous sommes le plus grand éditeur de musique au Canada, mais la question a toujours été mondiale dans notre esprit, » dit M. Ott, président-directeur général d’ole. « Nous n’avons jamais eu pour but d’être un éditeur canadien, quoique nous soyons fiers de l’être. Nous avons toujours visé d’être un éditeur mondial… Nous sommes par contre très heureux d’être au Canada parce que je crois que le talent ici, tout bien considéré, est le meilleur au monde. »

L’histoire d’ole a débuté quand cet ancien vice-président et directeur général de BMG Music Publishing Canada, né à Hamilton, qui s’était lancé dans cette carrière dès l’âge de 19 ans en fondant sa propre maison d’édition Lunar Music, a décidé que l’heure était venue de donner une nouvelle voix à l’édition musicale au Canada et en a fait part à son fidèle ami Tim Laing. « À cette époque, nous recherchions tous deux un nouveau défi dans nos carrières respectives, se remémore M. Ott. Les choses se sont enchaînées et notre cheval s’est emballé, » ajoute-t-il en riant.

M. Ott explique que l’ancien président, M. Laing, qui a quitté la gestion quotidienne de l’exploitation en 2009 et est malheureusement décédé l’an dernier, a été un associé d’affaires idéal. « Durant toute notre collaboration, nous n’avons jamais eu à croiser le fer, dit M. Ott. C’était une relation fondée sur le respect… Tim s’occupait d’une foule de détails opérationnels alors que je travaillais sur le volet de la conclusion d’ententes et de la constitution du personnel… Ce que j’ai toujours apprécié le plus chez Tim était sa volonté d’agir comme une table d’harmonie. On réfléchissait ensemble à voix haute puis on peaufinait nos idées avant de les annoncer au grand jour. »

Grâce à cette méticuleuse planification, la société ole s’est développée comme une véritable centrale d’énergie, se constituant un impressionnant portefeuille d’actifs dont des coentreprises innovatrices (Last Gang, Roots Three Music et ole Bluestone, son partenariat avec Timbaland), des technologies intelligentes, et l’expansion vers la musique de production, les droits audiovisuels secondaires et la gestion d’actifs numériques, le tout émaillé de la philosophie d’ole d’être « majorly indie ».

« Cet aspect, le « majorly indie », fait partie de notre marque, dit M. Ott. Ce qui signifie que nous avons la touche personnelle et l’adaptabilité d’une indie, une société indépendante, tout en ayant la puissance d’une grande société, d’une major. »

Sur le front de la technologie, M. Ott affirme que l’une des inventions les plus avant-gardistes d’ole est « un outil d’analyse de données qui nous aide à accroître les revenus perçus pour nos clients. Quand on examine des millions d’octets de données, je mets n’importe qui au défi de d’établir que la piste 100, de l’épisode 50 d’une émission de télévision en Australie s’avère manquant sur un relevé [de redevances], ce que la solution information que nous avons conçue peut effectuer concrètement en à peine cinq minutes, » ajoute-t-il.

Bien sûr, M. Ott est tout à fait confiant quant à l’avenir d’ole.

« Nous avons fondé cette entreprise à un moment où on nous annonçait que le ciel allait nous tomber sur la tête, admet-il. Dix ans plus tard, le ciel continue de s’effondrer et je suis heureux de pouvoir dire que nous n’avons jamais connu une meilleure année que celle qui vient de s’écouler. J’ose croire que nous avons eu une vue assez juste de l’avenir d’ole : ce qui comprend d’avoir doublé de taille. Nous avons du constituer un véritable trésor de guerre en capital pour réaliser notre agenda et nous avons donné une nouvelle orientation à la gestion des droits en diversifiant la gestion de la propriété intellectuelle encore davantage. »

« Et à la base de tout cela, nous allons nous en tenir à notre objectif fondamental : acquérir la rentabilité, ajouter de la valeur, consolider notre marque et continuer d’offrir un service personnel irréprochable à nos clients et partenaires. »


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Traverser le parc, Louis-Philippe Gingras l’a fait plus de trois cents fois, en autobus, en Chevrolet Optra 2004, sur le pouce, sur un high, sur un down. Le Parc de la Vérendrye et les 226 kilomètres d’asphalte qui le séparent en deux n’ont plus de secret pour l’auteur-compositeur-interprète natif de Rouyn-Noranda et Montréalais épisodique.

« Une fois, dans le temps des Fêtes, je partais de Montréal pour aller faire le tour des partys de famille à Rouyn, » se souvient-il. « Je trouvais plus mon permis de conduire. Je me souvenais même plus s’il était encore valide. Rendu à Mont-Tremblant, je me suis fait arrêter par un flic. Il devait trouver que j’avais l’air louche. C’est là que j’ai su que mon permis était expiré. Il a confisqué la voiture. J’ai fini le trajet sur le pouce avec ma guitare. Faisait frette. »

« C’est vrai que je suis désorganisé, pas très riche et sans attaches. »

À l’écoute du premier disque de Louis-Philippe Gingras paru l’an dernier, le bien titré Traverser l’parc réalisé par Dany Placard, on peut quasi comprendre les soupçons du policier. Avec ses histoires de brosses, d’amours complexes ou de pauvreté, le chanteur ne projette pas l’image du gendre idéal. Son accent joual est prononcé. Sa manière crue de décrire le quotidien le rapproche d’un Plume Latraverse avec qui il partage une nonchalance, mais aussi un attrait pour la poésie. Comme s’il appliquait une couche de vernis sur une peinture écaillée.

« C’est vrai que je suis désorganisé, pas très riche et sans attaches. Ce que je décris sur l’album se rapproche de mon quotidien, mais la poésie me permet de créer un contraste intéressant avec le côté brun de mes histoires. J’ai compris ça en participant à plusieurs concours, » explique le musicien arrivé bon deuxième en 2010 au Festival de la relève indépendante musicale d’Abitibi-Témiscamingue (FRIMAT) et récipiendaire des plus grands honneurs au Festival en chanson de Petite-Vallée en 2012. « Participer à un concours, c’est cruiser un jury comme on cruise une fille: la première impression est toujours importante. C’est plate, mais c’est de même. Les gens se font une idée de toi avant même que t’aies commencé à jouer. En tant qu’artiste, je crois qu’il faut s’interroger sur qui on est et quel impact on a dans les yeux du monde. Quelle image on projette? Quelles sont nos forces? Depuis ce temps-là, je m’habille propre sur scène, clean cut. Je me fais même la barbe avant un spectacle pour accentuer le contraste entre mon look et mon folk blues trash de bord de route. »

Au détour d’une phrase, l’ancien étudiant en jazz au Cégep de Saint-Laurent ramène ainsi le spectre de la 117, ce long serpent de bitume qui traverse le parc. Rien d’étonnant, les huit heures qui séparent Montréal de Rouyn lui ont permis d’écrire de nombreuses chansons immortalisées sur Traverser l’parc, dont « Andromède », une composition en nomination au Prix de la chanson SOCAN 2014. « Comme plusieurs de mes pièces, “Andromède” m’est venue à partir d’une phrase dont j’aimais l’image et la sonorité. Je fonctionne souvent comme ça. Je n’écris pas en fonction d’un thème, mais en brodant autour d’une phrase ou de mots déclencheurs. Je me laisse guider sans trop savoir où ça va me mener. Dans ce cas-ci, j’étais dans un trip de mythologie grecque et j’ai accroché sur la phrase “M’as gazer pégase.” Et comme je m’en allais rejoindre une fille en Abitibi, les histoires se sont croisées: “M’as viser ben haut / M’as aller tasser l’soleil pour pu qu’y te tourne autour.” J’ai fini la ride, et la toune était presque terminée. “Roulé dans l’noir” a aussi été écrite en traversant le parc. On était pris dans un osti de gros orage. Je courais après ma queue à l’époque. Jamais content de mon sort, fallait toujours que je bouge d’une ville à l’autre. »

Après un été passé sur la route des festivals à présenter son album, Gingras a consacré une partie de l’automne à l’écriture de son prochain disque. Diagnostiqué bipolaire, le musicien l’avoue d’emblée, le processus sera plus ardu compte tenu de sa nouvelle médication qui limite ses high et ses down, des périodes troubles, mais propices à l’écriture, particulièrement les high. « Mon moral est pas mal plus stable maintenant, alors je me plaindrai pas. En fait, cette nouvelle condition m’amène à moins centrer mon écriture sur moi. Traverser l’parc, c’est beaucoup comment je me sentais à l’époque. Le prochain disque portera un regard sur comment les gens interagissent entre eux. Je me concentre sur des personnages. Ma dernière composition parle d’une caissière dans un Tigre Géant de l’Ontario. J’ai envie de sortir de ma bulle un peu. »


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Raquel Cole est une jeune chanteuse et auteure-compositrice originaire de Vernon, en C.-B. Elle a commencé à jouer de la musique alors qu’elle était enfant et n’a jamais regretté son choix. « Je dois remercier mes parents d’avoir remarqué mon amour pour la musique dès mon enfance, dit Raquel Cole. Ils m’ont acheté ma première guitare lors de mes neuf ans, et j’ai véritablement commencé à écrire des chansons dès que j’ai pu jouer quatre accords. » À 12 ans, elle a remporté les honneurs de la meilleure artiste de l’année à l’occasion du Gala des prix de la musique d’intérieur de la C.-B., et a aussitôt fait la navette entre Los Angeles et Nashville pour écrire et enregistrer sa musique.Cet automne, elle assurait la première partie de la tournée aux États-Unis de la formation Diamond Rio, gagnante d’un prix Grammy.


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