Lorsqu’on a grandi en entendant son grand-père chanter des classiques du country pendant qu’il travaille à la ferme familiale, il n’est pas surprenant que l’on finisse pour aboutir, un jour, à Nashville. Et il n’y a aucun doute que vous vous sentirez chez vous dans cette ville où bon nombre de ces classiques ont vu le jour.

C’est ce qui s’est produit pour l’auteure-compositrice-interprète Mackenzie Porter. Aujourd’hui âgée de 28 ans, elle a grandi sur une exploitation bovine de l’Alberta, près de Medicine Hat. Le son de Nashville qu’elle entendait quotidiennement à la radio a fait partie de son enfance et de son éducation. Tous les membres de sa famille étaient musiciens. À l’âge de quatre ans, elle a commencé à étudier le piano, le violon et le chant et elle accompagnait souvent les membres de sa famille et des cousins dans le groupe familial, dont faisait notamment partie Kalan, un gagnant de Canadian Idol.

Porter vit à Nashville depuis quatre ans. Elle vit également plusieurs mois par an à Vancouver où elle tourne dans la série télévisée Travelers où elle tient le rôle principal (voir encadré). Lors de notre conversation, elle était en train de mettre la touche finale à son nouveau EP dont le lancement est prévu le 22 mars 2019 sur le label indépendant Big Loud Records. Ce recueil de six chansons est sa première fournée de nouvelle musique depuis 2015 lorsque son premier album éponyme a remporté le JUNO de l’album country de l’année. En novembre 2018, Porter a lancé les deux premiers extraits de ce prochain EP, « About You » et « Drive Thru ». C’est son compatriote Canadien et membre SOCAN Joey Moi (Florida Georgia Line, Dallas Smith, Jake Owen) qui a réalisé le EP.

« C’est un heureux mélange de pop et de country », affirme Porter. « Disons que c’est un peu comme du Sheryl Crow, mais country. J’ai écrit la moitié des chansons et les trois autres sont des pièces que le label a dénichées ailleurs. Je suis dans un état d’esprit où je tiens à écrire toutes mes chansons, mais je ne me priverai pas si une chanson géniale se présente à moi ; que la meilleure chanson gagne ! C’est comme ça qu’on se bâtit une réputation. Mais pour chanter la chanson de quelqu’un d’autre, je dois avoir une connexion avec celle-ci et elle doit avoir une connexion avec moi. Je dois sentir que c’est une situation que j’ai vécue et que ce sont des mots que je dirais. »

Porter devait participer au récent camp d’écriture CCMA/SOCAN, mais elle a dû annuler à la dernière minute en raison du tournage d’une vidéo promotionnelle pour une tournée spéciale qui devrait être annoncée sous peu et avoir lieu à l’automne 2019 en compagnie de quelques vedettes du country. « J’étais vraiment déçue de ne pas pouvoir y participer », confie-t-elle.

« Si ma carrière d’interprète ne décolle pas, je continuerai en tant qu’auteure-compositrice, car j’aime tellement ça. »


Se souvient-elle de sa première création musicale ? « Je ne m’en souviens pas hors de tout doute, mais c’était sûrement quelque chose d’horrible que j’ai fait enfermée dans ma chambre », lance-t-elle en riant. « J’espère que personne ne mettra la main sur mon vieux MacBook ! »

Aujourd’hui, Porter écrit toujours seule dans sa chambre, mais ce qu’elle préfère, ce sont les collaborations. La majorité du temps, en semaine, vous la trouverez impliquée dans une séance d’écriture. Elle adore échanger des idées avec d’autres artistes. Les collaborations avec d’autres auteurs-compositeurs font que chacun arrive avec sa propre expérience, ce qui a le potentiel de complètement changer la direction d’une chanson.

Traveler entre la musique et le jeu
Porter a commencé à jouer à l’école secondaire. Pendant un certain temps, dénicher des rôles était sa principale activité. Elle a obtenu son tout premier premier rôle dans une série télé à l’âge de 16 ans. Ce n’est que lorsqu’elle a vécu une période creuse durant laquelle elle ne trouvait aucun rôle qu’elle s’est inscrite dans une école de musique et qu’elle est tombée en amour avec la création musicale. « J’avais besoin d’un autre exutoire pour ma créativité », dit-elle. Elle a récemment partagé la vedette avec Eric McCormack dans la populaire série Travelers, une série sur les voyages dans le temps créée par Brad Wright et filmée à Vancouver qui a été en ondes pendant trois saisons. La série se déroule dans un avenir où la technologie existe afin de retourner des gens au 21e siècle afin de sauver l’humanité. Porter y jouait le rôle de « Traveler 3569 », le médecin de l’équipe qui prend la forme d’une femme ayant un handicap intellectuel nommée Marcy Warton. « Eric est l’une des personnes les plus gentilles que j’ai rencontrées », affirme Porter. « Il est si positif et encourageant. Il croyait réellement en notre série et tous ses jeunes acteurs. Mais maintenant que la série est terminée, je me recentre pleinement sur la musique.

“Je suis toujours vraiment nerveuse au début d’une collaboration”, confie-t-elle. “J’ai peur d’arriver avec une idée que les autres trouveront cool, ou pas. Tyler [Hubbard] du groupe Florida Georgia Line a récemment invité plusieurs auteurs dans leur autobus de tournée. Je n’oublierai jamais ce qu’il m’a dit : ‘rien n’est cool tant que tu ne le rends pas cool’.”

Pour Porter, la genèse d’une chanson commence souvent par un “hook” ou un titre. “C’est la méthode Nashville ; 99 pour cent des gens ici fonctionnent de cette manière”, affirme-t-elle. “T’entends un titre que tu ne trouves peut-être pas cool sur-le-champ, mais les mots sont comme un puzzle et, soudainement, tu changes de perspective et tu tiens quelque chose.”

Le conseil de Porter pour les auteurs-compositeurs qui aspirent à de grandes choses est très simple : persévérance, il ne faut pas avoir peur d’y mettre le temps nécessaire. “Écrivez, écrivez, écrivez, et écrivez encore”, dit-elle. “Peu importe votre talent, il vous faut vous débarrasser de toutes les mauvaises chansons avant de trouver celles qui sont vraiment bonnes. J’écrivais 150 chansons par an pendant trois ans avant de commencer à sélectionner les chansons pour ce nouveau EP. C’est parfois décourageant, mais le jeu en vaut la chandelle. Mon conseil : écrivez des centaines de chansons et terminez-les, même si elles sont pourries. C’est comme un muscle. Il faut l’entraîner.”

Si sa carrière d’actrice ou de musicienne devenait trop difficile à poursuivre, une chose est sûre pour Porter : elle n’arrêtera jamais d’écrire des chansons.

“Je suis une auteure-compositrice avant tout”, dit-elle en conclusion. “J’espère que ça n’arrive jamais, mais si ma carrière d’interprète ne décolle pas, je continuerai en tant qu’auteure-compositrice, car j’aime tellement ça. J’ai parfois l’impression de ne plus avoir d’idées. Ça arrive lorsqu’on écrit cinq jours par semaine. On se pose la question ‘de quoi puis-je parler d’autre ?’ Mais les chansons finissent toujours par se manifester. Divers collaborateurs nous inspirent différentes idées. Et de toute façon, il y a toujours plusieurs façons de raconter la même histoire.”



Aldo Nova36 ans après ses débuts fracassants dans l’industrie de la musique en 1982 , le guitariste-compositeur et producteur montréalais  Aldo Caporuscio, alias Aldo Nova a décidé d’enregistrer à nouveau six des dix chansons de son premier album éponyme, disque de rock classique, de rock d’aréna, celui sur lequel on retrouve Fantasy, l’un de ses deux plus grands succès commerciaux, l’autre étant A New Day Has Come (2002) chanté par Céline Dion, et sur lequel il avait composé, arrangé et produit la chanson-titre.

« Fantasy est la chanson qui a lancé ma carrière ! » Une journée et demie de studio et elle était terminée. Sous forme de démo comme les neuf autres chansons. Elle relate un fait vécu : « En marchant à Manhattan, je me suis arrêté au coin de la 40e avenue et Broadway et la sensation que j’éprouvais à ce moment m’a fait dire que tout ce qui m’enivrait les yeux était un fantasme. Le texte a été écrit avant la musique, ce qui était plutôt rare à l’époque ». L’album passera deux mois au palmarès Billboard, atteignant la huitième position.

Le synopsis du clip est assez loufoque : on y voit trois hommes armés de mitraillettes qui liquident les gardiens d’un hangar la nuit. Aussitôt après la pétarade, le vrombissement d’un hélicoptère se fait entendre. Il se pose sur les lieux du crime. En sort Nova, vêtu des pieds à la tête d’un costume moulant aux motifs de léopard et avec les malfaiteurs complices (ses musiciens), il force l’entrée dudit hangar avec sa guitare qui se transforme en laser impitoyable. Plan suivant : le groupe joue Fantasy dans ce décor industriel. Tellement années 80!

City nights / Summer breezes makes you feel all right / Neon-lights / Shining brightly make your brain ignite
See the girls with the dresses so tight / Give you love, if the price is right / Black or White / In the streets there’s no wrong and no right….

Et quelques vers plus tard, le coup de grâce :

So forget all you see / It’s not reality, it’s just a fantasy

« En 1981, je jouais des covers avec un groupe dans les clubs de Montréal et ses environs. Je travaillais dans un magasin de musique le jour et de 21h à 3h am, je jouais quatre soirs par semaine à raison de quatre sets par soirs : deux sets de disco, un de rockabilly et le dernier vêtu en Beatle. « Ensuite, poursuit-il, je peaufinais mes propres chansons en studio de 4h am à 9h am et deux heures de sommeil plus tard, je repartais pour une autre journée ».

« Fantasy n’était pas ma chanson préférée de l’album, mais devant la réaction des gens autour de moi, elle est devenue un single. Écrire la chanson n’est pas si difficile, l’arranger, c’est une autre histoire. Il fallait que je reproduise toutes les sonorités qui jouaient dans ma tête. Je suis parti d’une cadence de batterie répétitive (drum loops) pour ensuite y incorporer trois accords de guitare et les fondations étaient établies. J’ai donc utilisé Fantasy et neuf autres chansons pour me construire une maquette. Au final, elles ont constitué un album, sans même les retoucher ».

« J’adore la SOCAN qui m’a toujours appuyé dans mes projets ! »

Tout ce qu’il restait à faire, c’est le mix par Tony Bongiovi (un producteur et ingénieur de son new-yorkais), puis le mastering par le (légendaire) ingénieur de son Bob Ludwig (Led Zeppelin, David Bowie, Queen, Jimi Hendrix, Radiohead,The Police, etc.) le même qui, à 74 ans, est repassé dans ses pistes sur Aldo Nova 2.0.

Aldo Nova 2.0, le titre de ce nouvel album, est donc paru le 19 octobre 2018 sous étiquette MRI. La revisite est plus musclée, plus rock, turbo-charged pour reprendre son expression. En plus des six titres (Fantasy, Ball and Chain, Heart to Heart, Foolin’ Yourself, It’s Too Late et Can’t Stop Loving You), le musicien a une nouvelle chanson à proposer : I’m a Survivor dont le vidéoclip est en cours de production, mais qu’on peut écouter sur YouTube.

« Je suis très enthousiaste du résultat, ça sonne vraiment mieux, le son est plus musclé, futuriste, on dirait une production du 23e siècle ! J’ai voulu préserver l’innocence de ces chansons en y ajoutant l’expérience. Je chante mieux à 62 ans que lorsque j’en avais 40. J’ai approché l’enregistrement de cet album avec la même technologie analogue. Par contre, je ne mixe plus directement sur la console, je préfère sur ordinateur ce qui me donne plus de latitude ».

Qu’est-ce que le Aldo Nova de 62 ans donnerait comme conseil à celui de 1982 ? « Ne fais confiance à aucun agent, gérant, ou producteur ! »

« Fantasy »
Écrite par : Aldo Nova
Éditée par : Sony/ATV Music Publishing
Album : Aldo Nova (1982)
Label : Portrait records (FR37498)

 



Ása Berezny (chanteuse/guitariste et principale auteure-compositrice) et le batteur Sam Heggum-Truscott jouent de la musique ensemble depuis quatre ans et, durant ce temps, ils ont lancé, sous le nom Kingdom of Birds, un EP et trois albums. Ils travaillent actuellement sur leur prochain enregistrement qui doit paraître dans le courant de 2019. « Notre EP éponyme est sorti en 2017, c’était notre premier enregistrement professionnel », raconte Berezny. « Les deux premiers albums étaient en quelque sorte des compilations de nos premiers démos. »

Puis, lorsqu’on connaît le vieux dicton de l’industrie selon lequel « on a toute notre vie pour écrire notre premier album, mais six mois pour écrire le deuxième », on pourrait s’attendre à ce que, dans ce cas-ci, « toute une vie » désigne des musiciens de 18 à 25 ans. Mais Kingdom of Birds n’a pas pris autant de temps à déterminer ce que le groupe avait à dire, musicalement, comment le dire et, en fin de compte, comment partager tout ça avec le public. Le EP ainsi que le troisième album du groupe, « Pretty », sont parus en 2017, ce qui représente une quantité impressionnante de travail pour n’importe quel groupe. Mais lorsque l’on sait qu’Ása et Sam sont âgés, respectivement, de 16 et 11 ans, c’est d’autant plus remarquable.

Il faut dire que Heggum-Truscott, Berezny et le bassiste Ewan Fotheringham (également âgé de 16 ans et qui fait partie du groupe depuis février 2018) jouissent d’un important soutien. Ils sont tous issus de familles qui les ont encouragés à se diriger vers une carrière musicale, ce qui a permis à Sam et Ása d’étudier à la Red House Music Academy de Toronto. « On y prenait tous les deux des leçons, et Ása et moi étions dans un groupe », raconte Sam. « De fil en aiguille, on a commencé à jouer en dehors de l’école et à faire nos propres trucs. »

Sur scène et sur disque, ils s’exécutent avec une assurance qui trahit leur âge. « Beaucoup de ça vient de notre passage à Red House », croit Berezny. « Mon prof était très exigeant… ça m’a donné beaucoup de confiance en tant que musicienne. » Et cette confiance est évidente à travers leurs arrangements et leur jeu bien ficelés et sans flaflas. Effectivement, la vaste majorité des gens sont surpris lorsqu’ils apprennent leur âge. « Il y a un peu de ça », admet Ewan. « Ouais », poursuit Sam, « mais on vieillit. »

Le groupe a beaucoup évolué au fil du temps, expérimentant avec une sonorité « multicouches » sur l’un de leurs albums en plus de s’adjoindre les services de Brighid Fry (Moscow Apartment) aux claviers et au violon pendant un certain temps avant de revenir à la formation actuelle. Le bassiste original du groupe, Zeul Mordasiewicz a quitté le groupe pour se concentrer sur un projet d’écriture de son cru. « Il nous a aidés à trouver Ewan pour le remplacer, alors ça n’a pas été très difficile. Ewan apprend très vite — ça ne faisait que deux semaines qu’il jouait avec nous lorsque nous avons un concert à donner. À mon avis, c’est la formation la plus solide que nous avons eue jusqu’à maintenant. Il faut du temps pour trouver des gens avec qui on travaille vraiment bien. »

Les Conseils d’Ása pour les débutants 

  • « Pratiquez jusqu’à ce que ça sonne comme une chanson lorsque vous jouez une chanson. C’est à ce moment que ça devient réellement satisfaisant. »
  • « Souvenez-vous que vous n’avez pas à être un virtuose de votre instrument pour faire de la vraiment bonne musique. »
  • « Il faut être extrêmement motivé, surtout au début. Il ne faut pas attendre que quelqu’un vous offre un spectacle. Il faut les rechercher activement.

« On prend plus de temps, maintenant, pour discuter de la manière dont nos chansons évoluent », poursuit-elle. « Avant, on disait à Ewan “voilà les accords’, puis Sam commençait à jouer, et c’était tout. Maintenant, on commence de cette façon, mais après, on discute de ce qu’on a aimé ou pas afin de peaufiner le tout et de s’assurer que ça coule bien. »

En tant qu’auteure-compositrice, Ása mentionne Radiohead et Nick Cave comme ses deux principales influences. « J’ai vu un documentaire au sujet de Nick Cave, One More Time with Feeling, où il raconte qu’il refuse de se débarrasser d’une seule ligne qu’il a écrite, et ça m’a incité à prendre mon temps pour l’écriture. J’essaie d’être entièrement satisfaite de tout ce que j’écris. Mes chansons étaient très simples, au début. Je pouvais écrire une chanson en trente minutes, couplet-refrain-couplet-refrain. Maintenant, j’expérimente avec des sons dissonants et des progressions d’accords. Ç’a beaucoup évolué. »

Chaque membre du groupe est très dévoué à s’améliorer et à évoluer en tant que groupe et aucun d’eux ne peut imaginer faire autre chose de sa vie. Sam, toutefois, a un léger bémol à ajouter : « Je n’abandonnerais jamais la musique, mais j’ai commencé à jouer au baseball et à jouer de la batterie très jeune, alors j’aime vraiment le baseball aussi. » Lorsqu’il est question de ce sport, il s’imagine bien dans les ligues majeures et, pour l’instant, il peut se permettre de poursuivre ses deux passions. Qui plus est, chaque activité lui offre l’occasion d’acquérir des qualités qui lui permettent d’exceller dans l’autre discipline : « Concentration et détermination », dit-il.