Le visage de Hedley, Jake Hoggard, écoute de la musique tous les matins — « c’est comme mon café » — dit-il à l’autre bout du fil alors qu’il se trouve dans un studio de la Colombie-Britannique. « Je me réveille et je cherche une source d’inspiration et plus de constamment me nourrir de tout ce qui se passe autour de moi. »

C’est donc ce qui a infusé son écriture et le son du nouvel album du groupe, Cageless, et son premier simple très Weekndesque, « Love Again », qui cumule déjà plus de 4 millions d’écoutes et qui s’est inscrit dans le Top 10 de quatre formats radiophoniques différents. Et c’est aussi ce qui fait dire à certaines personnes que le groupe — composé de Hoggard, Dave Rosin, du bassiste Tommy MacDonald et de Jay Benison, qui remplace Chris Crippin à la batterie — est en constante évolution, alors que d’autres croient plutôt qu’il ne fait que suivre les tendances.

Mais Hoggard, lui, a une explication honnête et passionnée. « Lorsque j’arrive à nos répétitions, je suis toujours comme « Yo, les gars, vous devez entendre ça ! Avez-vous déjà entendu un “snare” sonner comme ça ? » De petits détails, de petites nuances, des tendances. De toute façon, l’évolution de la musique pop est très dérivée de la musique urbaine. J’y suis sensible, comme tout le monde. J’ai entraîné mon écoute à être très observatrice. Si on veut l’exprimer ainsi, je ne fais pas qu’écouter une musique, j’écoute une culture. Cette sensibilité a toujours agi comme un filtre et un facteur dans notre processus créatif.

« Si on veut l’exprimer ainsi, j’écoute une culture. Cette sensibilité a toujours agi comme un filtre et un facteur dans notre processus créatif. » — Jacob Hoggard de Hedley

La mouture 2017 de Hedley ne sonne pas comme le Hedley de 2005 qui a lancé un premier album éponyme en 2005, album qui a été certifié double Platine. Tout au long des six albums qui ont suivi chez Universal Music Canada, Hedley est passé de pop punk pop rock aux saveurs EDM pour finalement devenir un groupe urbain/dance/pop qui ne rate pas une occasion d’écrire de grosses ballades; ce qui est à contre-courant d’autres groupes comme The Tragically Hip, Nickelback, Rush ou Blue Rodeo qui ont toujours maintenu une signature sonore éminemment identifiable. Hoggard a coproduit le plus récent album en compagnie de ses collaborateurs de longue date Brian Howes (surtout connu comme producteur) et Jason « JVP » Van Poederooyen (surtout connu comme ingénieur aux enregistrements).

Brian Howes, co-auteur pour Hedley

Jacob Hoggard a d’abord fait appel à Brian Howes comme auteur-compositeur et producteur pour le premier album du groupe en 2005 et il demeure à ce jour son principal collaborateur.

« On était tous les deux des débutants », confie Howes. « J’habitais un petit appartement miteux et il est venu chez moi, a empoigné ma guitare acoustique et m’a chanté “On My Own”. On a eu tellement de plaisir à travailler ensemble qu’on n’a tout simplement pas arrêté. Il y a des gens comme ça avec qui on a une chimie. Parfois je collabore avec des auteurs-compositeurs de grand talent, et c’est comme si nous nous annulions mutuellement ; il ne se passe rien. Mais lui et moi, parce qu’on est un peu des “hosers”, on a beaucoup de chimie. On travaille fort, mais on s’amuse, plein de trucs nous viennent super rapidement. On s’engueule aussi assez intensément, parfois, au sujet de chansons qui deviennent de gros “hits”. On est comme des frères. »

« C’est un auteur-compositeur incroyable, et il s’améliore sans arrêt. On aime tous les deux tellement l’écriture qu’on s’y plonge tout de suite. Chacun de nos albums est meilleur que le précédent. On a pris une décision très lucide de passer d’un son rock à un son pop, et ce n’était pas difficile pour lui de le faire, car il aime tous les genres musicaux. Je crois que c’est ce qui est à l’origine du groupe : on évolue sans arrêt. »

« Je crois que le fait que nous soyons si prolifiques — on écrit beaucoup et constamment — se traduit par le fait que nos chansons reflètent là où nous en sommes dans la vie », croit Hoggard. « Je suis heureux de pouvoir affirmer que nous avons continuellement évolué et que nous nous sommes constamment poussés à ne pas nous répéter. C’est pour ça que notre musique n’est pas simplement de la musique, mais des jalons tout au long de notre parcours. Je trouve cela tellement cool. C’est comme les anneaux d’un arbre. »

« Quand je regarde Famous Last Words (2007), j’étais vraiment “Fuck yeah, j’enrage, rawr”, et ça me fait rire. J’aime en rire, maintenant. Je continue de dire que nous sommes un groupe pop punk, en blague. »

Mais lorsque Hoggard dit « nous » et « notre », on a envie qu’il clarifie. Il n’écrit plus en compagnie des autres membres du groupe, comme c’était le cas pour les trois premiers albums, incluant Famous Last Words et The Show Must Go en 2009. La transition a commencé en 2011 avec Storms et s’est poursuivie en 2013 sur Wild Life, puis sur Hello en 2015 et sur Cageless, sur lequel Howes et JVP étaient les principaux coauteurs, en compagnie d’une poignée d’autres.

« On le fait de temps en temps », confie Hoggard au sujet de leurs séances d’écriture en compagnie de MacDonald et Rosin. « Le “nous” réfère habituellement au groupe en tant que mécanisme, mais en réalité, c’est moi l’auteur. »

« De manière quasi magique, nous avons transitionné vers un format où je prenais les choses en main, plutôt que de fonctionner de manière démocratique. J’en étais le fer-de-lance parce que ma vision semblait la plus appropriée pour la direction que nous voulions prendre, mais aussi en raison de la confiance implicite des autres membres du groupe. Au fur et à mesure que j’ai pris le contrôle créatif, ils ont constaté que le succès commercial du groupe augmentait et que la musique que j’écrivais seul avait un impact et était reçue de manière positive par l’auditoire. Ce n’est pas comme s’ils s’étaient exclamés “Eh ! merde, on est foutus”, rigole-t-il.

Hedley co-auteur Jason “JVP” Van Poederooyen

Jason Van Poederooyen a d’abord été l’ingénieur aux enregistrements pour le premier album, et il a commencé à collaborer à l’écriture avec Hoggard sur Storms, le quatrième album, paru en 2011.

« J’ai des compétences très variées », explique JVP. « Je bâtis la structure pendant qu’eux se préoccupent des paroles et des mélodies, mais je mets quand même mon grain de sel dans la mélodie. On touche tous à tout. Je travaille principalement avec Pro Tools. »

« J’ai parfois des ébauches qui les inspirent, ou alors Brian arrive avec une progression d’accords et je vais construire une “track” à partir de ça, mais dans le cas de “Love Again” et “Obsession”, on bidouillait tous les trois ensemble et je lançais un “beat” ou une mélodie simple, et les choses évoluaient à partis de là. Parfois, lorsque la mélodie est choisie, les accords changent. Mais c’est deux pièces là sont parties de zéro. »

« [Jake] veut toujours faire quelque chose de nouveau. C’est sa personnalité d’auteur-compositeur. Quand nous étions en train de créer ces “tracks”, il était vraiment emballé. Même une fois l’enregistrement de “Love Again” terminé, il me textait “Dude, je n’arrive pas à me sortir cette chanson de la tête”. Il était surexcité. Plein d’énergie créative. Des idées, des idées, des idées, et votre travail c’est de démêler tout ça, de prendre ses idées et de les fusionner aux vôtres. Nous avons une véritable chimie. »

Voici quelques-unes des grandes réussites du groupe au cours des 12 dernières années : tête d’affiche de nombreuses tournées d’arénas, plus d’un million d’albums et quatre millions de simples vendus, deux prix JUNO, 11 MuchMusic Video Awards, 17 vidéoclips #1, 16 simples dans le Top 10 à la radio, 83 millions de visionnements sur Vevo, 1 milliard d’impressions radiophoniques, et plus de 65 millions de diffusions en continu.

Hedley, le groupe que Hoggard a formé dans son adolescence avec des membres différents, a connu le succès dès le lancement de son premier album sur un “major”. Hoggard pouvait compter sur un public conquis d’avance un peu partout au pays grâce à ses prestations théâtrales et charismatiques lors de la deuxième édition de Canadian Idol, en 2004, où il s’était rendu dans le Top 3. C’est une vedette née, un artiste drôle et talentueux qui a un excellent rapport avec ses fans. Il affiche une façade un peu fanfaronne, mais dans les coulisses, il travaillait d’arrache-pied pour devenir un meilleur auteur-compositeur.

“Au début de ce qui est maintenant une carrière, j’ai constamment motivé par un appétit et une soif d’amélioration, de réaliser que vous avez des pairs et que vous avez travaillé votre art”, confie l’artiste qui a commencé à jouer du piano à 4 ans et de la guitare à 12 ans. “J’ai rapidement compris que ce n’est pas comme la comptabilité, mais c’est toute de même une discipline. Il faut y travailler chaque jour et y accorder le temps nécessaire. Dès le départ, j’ai développé une éthique professionnelle.”

Quant aux thèmes abordés, et bien que Hedley se soit rendu en Inde et au Kenya avec l’organisme caritatif montréalais We Charity (anciennement Enfants Entraide) en plus de jouer fréquemment lors des We Day et qu’il y ait eu bon nombre de naissances, de décès et de maladie dans la grande famille Hedley, Hoggard s’en tient généralement à l’amour comme thème général, en plus de quelques chansons pensées pour faire lever le party. Les famines et le cancer ne font pas vraiment partie de sa palette lyrique.

“Une grande partie de mon travail traite du fait de tomber en amour et de se briser tous les os en tombant. Et ça me ressemble vraiment”, explique-t-il. “C’est bien de développer une sensibilité à toutes ces expériences, pas uniquement le nôtre, mais développer une sensibilité qui pousse à chercher des sources d’inspiration.”

 

Pour Cageless, il a écrit une trentaine de chansons, dont la dizaine retenue l’a été avec divers coauteurs : Howes et JVP, évidemment, en plus de Dan Book, Andrew Goldstein, Ryan Stewart, Jarett Holmes, Nolan Sipe, Kyle Moorman, Paro Westerlund et Susie Yankou.

Howe, lui-même maintes fois récompensé en tant que producteur, collabore à l’écriture avec Hoggard depuis 2005 et figure dans les crédits de tous les albums de Hedley, certains plus que d’autres. JVP, qui est également l’ingénieur du groupe depuis le début, a également commencé à recevoir des parts d’éditeur depuis que le groupe a commencé à explorer les sonorités électroniques sur Storms. Le trio a coécrit « Love Again ».

« Nous avons écrit “Love Again” au tout début, avant même d’avoir trouvé le titre de l’album », raconte Hoggard. « C’était une de nos premières idées et elle était géniale. C’est très amusant de créer un album, car on ne sait jamais on ça va aller. C’est exactement comme dire “Allez, on part sur un ‘road trip.’” “On va où ?” “Je sais pas.” Puis vous prenez la route et vous vous laissez porter. »

Hoggard admet volontiers que la destination finale surprend parfois ses collègues qui n’étaient pas à bord de la « voiture » avec lui. « Il y a toujours un décalage, car je tente constamment de nous pousser vers de nouvelles avenues. C’est pour cela qu’ils ne savent pas toujours comment réagir initialement, mais je les tiens quand même très près du processus. »

Et les fans de Hedley sont toujours là, en fin de compte.

« Nos fans et nous avons grandi ensemble », explique Hoggard. « J’ai toujours pris cela en ligne de compte dans mon processus d’écriture, car je ne veux pas les aliéner. Je n’ai jamais souhaité faire un virage si radical que notre auditoire serait tellement en décalage qu’il est serait sous le choc. Je crois que c’est pour cette raison que ça ne s’est pas fait du jour au lendemain et que ç’a grandement contribué à notre capacité à demeurer pertinents. »


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Début 2017, Gabrielle Shonk figurait sur la liste SOCAN des dix artistes à surveiller.

L’onde de choc créé au printemps 2016 par le clip de sa chanson Habit concocté avec le vidéaste Dragosh a eu un effet immédiat. Mais l’artiste n’avait toujours pas de contrat de disque. « Le clip a été viral, raconte la musicienne de 28 ans originaire de la ville de Québec. J’ai reçu une tonne de courriels de plein de labels dans le monde, l’effet a été plus grand qu’une simple écoute de bande maîtresse pour laquelle j’essayais de trouver preneur ».

Grâce à sa carte de visite, un disque de sept chansons en anglais et trois en français, Gabrielle Shonk a rejoint au début de l’année Bobby Bazini chez Universal. Dans la foulée, le Rimouskois Louis Bellavance, directeur de la programmation du Festival d’été de Québec, est devenu son gérant.

« J’ai eu un petit moment de découragement, je me suis dit qu’un album bilingue, ça se commercialise mal dans le marché. Mais je le voulais ainsi. Au bout du compte, c’est un beau dénouement, je suis contente. De toute façon, précise-t-elle, ma culture musicale a toujours été plus anglophone, mon père (Peter Shonk & The Blues Avalanche fait la fierté de la scène blues de Québec, NDLR) est américain, ma mère québécoise. Je trippais sur Céline lorsque j’étais plus jeune, mais en réalité, je suis issue de la scène punk-rock-hardcore ».

Après une vitrine SOCAN à M pour Montréal quelques mois auparavant, son concert en première partie de Bazini au Métropolis le 24 février la dévoile à un large public. On constate de visu : elle imprime l’énergie nécessaire à son folk teinté de soul aidé d’une pulsation rythmique à cinq musiciens. Pas de déchaînements orchestraux ici, cette femme possède un tempérament romantique au meilleur sens du terme. Émouvant comme une caresse.

Simon Pednault a réalisé ce premier album. Guillaume Chartrain a fait la prise de son et le mix. Les deux collaborent avec Louis-Jean Cormier Cormier et Tire le Coyote. «À la base, dit-elle, je compose mes chansons guitare-voix. J’aime vraiment les trucs intimistes et je me considère plus musicienne qu’autre chose, je cherche constamment des mélodies et des idées d’accords. Oui, c’est un disque intime, super personnel, on a enregistré live, tout le monde en même temps pour obtenir le feeling de quelque chose de vrai », à la frontière de ses influences : Feist, Kurt Vile, Marvin Gaye et Joni Mitchell pour la courte liste. Dix chansons d’un coup à peaufiner, arranger et endisquer même si plusieurs compositions ont été grattées il y a six, huit, dix ans.

D’une chanson à l’autre, le plaisir de cette dualité langagière est préservé. On passe de Raindrops à Part plus sans moi, de Trop tard à la commercialisable Missing out sans heurts. Ça coule de source. La plénitude atteinte est réellement enivrante et la sensibilité exacerbée de cette auteure secrète est évidente.

En s’approchant de la scène jouxtant la voie ferrée où jouait Gabrielle Shonk le 3 septembre dernier au premier Festival Mile EX End Musique Montréal, le classique soul Let’s Stay Together (Al Green) se fait entendre sous le viaduc Van Horne. « C’est nécessaire de faire des covers parce que j’ai seulement dix chansons et ça passe quand même vite ». Ces interprétations assumées de Shonk en révèlent beaucoup sur sa conception du chant pur : One Dance (Drake), Ain’t no Sunshine (Bill Withers) ou même Sunday Bloody Sunday (U2) qu’elle avait revisité lors de son passage remarqué à La Voix en 2014, sont idéales pour elle. Less is more.

Louis-Jean Cormier, son mentor de la saison 2 lui suggérait alors de miser sur la simplicité. C’est ce qu’on entend sur ce premier disque de Gabrielle Shonk. Dix chansons dépouillées et finement arrangées. « Je me suis inscrite à La Voix en me disant : est-ce que je suis capable de surmonter ce stress-là, le public, le gros show télédiffusé ? En rétrospective, j’ai plus appris sur moi-même que sur le plan musical. Ça m’a donné confiance. Et ça m’a donné un bon coup de pied au derrière pour composer mes propres chansons ».


Gabrielle Shonk, le 23 février 2018 à L’Astral (Montréal en Lumière)


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Quand la pianiste ottavienne Christina Petrowska-Quilico n’avait que 10 ans, elle a interprété le concerto en ré majeur de Joseph Haydn avec l’orchestre du conservatoire de Toronto — et complètement renversé l’auditoire. À peine adolescente, le New York Times qualifiait sont talent de prométhéen, phénoménal, et décrivait son « étourdissante virtuosité » et son « exécution parfaite ».

Quilico est ensuite devenue l’adulte incroyablement talentueuse que l’on imagine lorsqu’on écoute un enfant prodige. Depuis bientôt six décennies de carrière, les éloges et les récompenses — notamment quatre nominations aux JUNOs — ont continué d’affluer pour son interprétation d’un riche répertoire de musique solo, orchestrale et de chambre sur quatre continents.

La musique de Quilico voyage dans l’espace
En 2006, son immense talent a dépassé toutes les frontières. L’un de sa cinquantaine d’albums, un enregistrement d’un concerto pour piano composé spécifiquement pour elle par David Mott a connu une première spatiale lorsque l’astronaute Steve MacLean l’a emmené avec lui sur la navette spatiale Atlantis. C’était ainsi le premier CD à transporter de la musique humaine aux cieux. Lorsque Quilico, qui est également professeure de piano et de musicologie à la York University, est entrée dans sa salle de classe ce matin-là, « tous les étudiants se sont mis à applaudir », se souvient-elle. « Je leur ai demandé ce que j’avais fait, et ils m’ont répondu “vous n’avez pas vu les journaux ?”  Je ne savais même pas. C’était très excitant. »

Aujourd’hui, ce qui est excitant, c’est l’anticipation de son interprétation d’un concerto de Claude Champagne en tant que soliste avec l’orchestre symphonique de Toronto et le maestro Victor Feldbrill, les 21 et 22 octobre prochains au Roy Thomson Hall. Feldbrill, qui est le curateur du programme de la soirée intitulée With Glowing Hearts, explore la riche histoire des compositeurs canadiens de musique classique.

« Le concerto que j’interprète a été composé en 1948 et il est simplement merveilleux », se réjouit Quilico, qui a interprété plus de 35 concertos. « J’ai l’occasion de jouer des passages impressionnants, d’autres plus romantiques ; c’est bien de pouvoir jouer de la musique qui est un reflet de la musique canadienne de cette époque. J’aime toutes les musiques, mais j’aime vraiment jouer des concertos. Je suis vraiment transportée lorsque je joue avec un orchestre. »

Ces concerts sont également l’occasion de la réunion de deux des plus respectés porte-étendards des compositeurs canadiens contemporains : Feldbrill et Quilico. Cette dernière a présenté en première plus de 150 œuvres contemporaines, notamment des œuvres de membres SOCAN renommés comme Violet Archer et John Weinzweig. Son dévouement lui a valu le Prix Amis de la musique canadienne présenté par le Centre de musique canadienne (CMC) et la Ligue canadienne des compositeurs (LCC). Puis, en 2010, elle était désignée co-lauréate du tout premier Harry Freedman Recording Award en compagnie de la compositrice Constantine Caravassilis. « Je veux soutenir la musique canadienne parce que nous avons tant de compositeurs magnifiques qui sombrent dans l’oubli », explique celle qui est saluée pour sa capacité à interpréter avec virtuosité les compositions contemporaines parfois difficiles.

« Je veux soutenir la musique canadienne parce que nous avons tant de compositeurs magnifiques. »

À leur tour, les compositeurs canadiens sont si reconaissants qu’elle interprète et fasse connaître leurs œuvres que plusieurs d’entre eux, comme les membres SOCAN David Mott, Larysa Kuzmenko, Steven Gellman et Heather Schmidt, entre autres, écrivent des pièces spécialement pour Quilico. La regrettée Ann Southam, reconnue pour son style minimaliste, avait une profonde confiance en Quilico pour faire justice à ses œuvres. « Il fallait vraiment que je me batte pour jouer sa musique, car dans le domaine de la musique, il y a bel et bien un phénomène de “saveur du mois”, et dans les années 80, cette saveur n’était pas minimaliste », raconte la pianiste. Elles ont collaboré une première fois en 1982 lorsque Southam a demandé à Petrowska Quilico d’enregistrer un démo de sa pièce Rivers. « Je trouvais sa pièce particulièrement lente », se souvient Quilico. « Je devais être enceinte de 7 ou 8 mois à ce moment, et je me suis dit qu’elle ne crierait pas sur une femme enceinte. Je lui ai téléphoné et je lui ai dit “tu sais, j’ai changé pas mal de trucs.” Elle m’a dit “Eh ! bien, fais-moi entendre ça.” Elle a adoré, et elle m’a dit “tu peux faire ce que bon te semble avec ma musique”. »

C’était le début d’une amitié et d’une collaboration professionnelle qui durerait 30 ans. Quilico lancera d’ailleurs un album des premières œuvres de Southam en 2018. On retrouvera quelques belles surprises sur cet album qui est un bel exemple de son immense créativité », confie Quilico dont l’horaire — partagé entre l’enseignement, les prestations et les enregistrements — est de toute évidence surchargé.

En septembre 2017, Quilico avait déjà donné une demi-douzaine de concerts durant l’année, notamment un récital mettant en vedette les œuvres pour piano solo de son regretté mari, Michel-Georges Brégent, dans le cadre des célébrations du 50e anniversaire de la Société de musique contemporaine du Québec, à Montréal. Elle a également lancé Worlds Apart, un album double célébrant les compositeurs canadiens. Plus tard cette année, le 28 novembre 2017, elle donnera un concert intitulé Global Sirens mettant en vedette des œuvres solo de compositrices dans le cadre de la série Groundswell, à Winnipeg. Elle collabore également avec David Jaeger afin de mettre en musique une sélection de poèmes qu’elle a écrits dans sa jeunesse.

Comme si être une jeune prodige du piano n’était pas assez, elle était également poétesse, et certains de ses écrits ont été publiés dans le New York Times. « J’ai parlé avec l’un des éditeurs et il m’a dit “Tu dois te décider ; j ’aime ta plume, mais si tu choisis d’écrire, tu ne peux pas être une pianiste de concert aussi” », se souvient-elle.

Heureusement pour les compositeurs canadiens et la musique classique, Quilico a choisi le métier de pianiste de concert. « Jouer était tellement facile pour moi, alors je me suis laissée porter par ça », dit-elle. La musique, c’est des sons et des émotions et elle n’a aucune limite. Elle change constamment. C’est ce que j’aime. C’est comme une aventure. »


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