Sans tambour ni trompette, Stéphane Côté fait son bonhomme de chemin à partir de Québec depuis maintenant vingt ans. Il a beau avoir brillé dans les concours, enchaîné les albums et les collaborations marquantes, multiplié les spectacles ici et en Europe, récolté plus que sa part d’éloges et conquis un public fidèle, l’auteur-compositeur-interprète autodidacte de 41 ans continue de cultiver le doute. « Je suis un grand sceptique, avoue-t-il avec candeur, surtout en ce qui me concerne. Les choses avancent lentement, mais elles évoluent. Un jour, je sortirai de mon cocon. » Des paroles chargées d’euphémisme quand on mesure l’étendue de son parcours et qu’on apprend qu’une Lynda Lemay émue aux larmes a saisi l’occasion d’interpréter en duo avec lui « Au large de nous » sur Ballon d’héliHomme, son quatrième et plus récent album.

Normal, sans doute, que le créateur se questionne. Ce n’est pas tous les jours, en effet, que d’un foyer fondé par deux parents sourds, exempt de paroles, dénué de musique, émerge un artiste de la chanson. « Peut-être par l’effet inverse, je me suis toujours intéressé aux mots, explique Stéphane. Et puis à 14 ans, un ami m’a donné une guitare et m’a montré mes premiers accords. Je n’ai pourtant composé mes premières chansons que six ou sept ans plus tard. Pour moi, c’était quelque chose d’immense, de vraiment trop gros. »

Dans l’intervalle, il interprète le répertoire des Piché, Rivard, Beau Dommage, Jim et Bertrand, avant de découvrir l’inspiration suprême, celle de Brassens. « Cela a été l’élément déclencheur. Je chantais par cœur toutes les pièces de son coffret compilation. Je trouvais ses textes tellement justes, simples et complexes à la fois. » Le temps, doucement, fait son œuvre. Les chansons originales se succèdent. Il lui faut cinq années pour oser ses toutes premières scènes, mais pas les moindres : Saint-Ambroise, dont il devient finaliste, Granby, où il atteint la demi-finale. « Je suis tombé des nues. J’ai fait d’autres concours, joué dans des bars, jusqu’à Petite-Vallée, que j’ai remporté en 1999, à l’âge de 28 ans. À ce moment-là, j’ai senti que la vie m’envoyait un signe, j’ai compris que je devais continuer. »

Justement, le Studio Sismique produit son premier album, Rue des balivernes, « une expérience magique », dont le premier extrait s’intitule avec à-propos… « Chemin d’escargot »! Des critiques flatteuses, qui louangent notamment sa plume, plus de 150 spectacles, au Québec, en France, en Suisse et en Belgique, et voilà que la productrice Marie Bujold le prend sous son aile. Stéphane est sur sa lancée, il ne cessera plus d’écrire ni de composer. « J’ai ma routine. Je me lève tôt, je me fais un café, je cherche mille et une autres choses à faire, et puis je me mets à écrire, pendant trois ou quatre heures. Je commence toujours par la mélodie, sur laquelle je mets les paroles, sans trop me soucier du piétage. J’écris à partir d’un état, d’une émotion, de ce qui me fait rire ou pleurer. »

Comme par hasard – le talent n’attire-t-il pas le talent? – des créateurs reconnus l’accompagnent sur sa route. Il y a Réjean Bouchard, qui réalise Le Cirque du temps, aux ambiances musicales variées. Puis, Alain Leblanc, complice de tournée de 2007 à 2012 « grâce à qui j’ai appris à trouver mon aisance sur scène », qui arrangera et réalisera Des nouvelles. C’est à Éric Goulet que Stéphane confie Ballon d’héliHomme, lancé le printemps dernier. « J’avais envie de spontanéité, de chansons plus introspectives. Je me rends compte que ce que je vis rejoint vraiment les gens. »

Rehaussés par des sonorités folk et country, les textes, très imagés, de ce nouveau corpus oscillent entre histoires d’amour et réflexions senties sur le comportement humain et le sens de la vie. « J’ai écrit “Du soleil et du vent” à un moment où j’avais un grand besoin d’air et de lumière, se souvient l’auteur-compositeur. Les paroles d’“Une lettre” ont surgi comme un hommage, à la mort de Bruno Fecteau. “Ballon d’héliHomme” parle de désillusion. Mais la chanson finit avec un brin d’espoir, l’espoir en la folie. C’est un peu la pièce phare du disque. » Outre Lynda Lemay, Brigitte Saint-Aubin unit sa voix à celle de Stéphane dans le tandem amour-amitié de « C’est vrai ».

Pour la suite, Stéphane Côté se promet d’explorer ses dons de parolier. « Je veux écrire pour d’autres, comme je l’ai déjà fait pour la jeune Valérie Lahaie et avec Lina Boudreau. » Mais avant, de nouvelles scènes l’attendent ces jours-ci en France et, plus tard, au Québec. Parions aussi que les titres de son cinquième album ne tarderont pas à le hanter. Bientôt, mais pas trop tôt. « Je veux des chansons bien mûries. J’ai envie de prendre mon temps. » On dirait un air connu…

(bio)
Carole Schinck a fait sa marque dans le milieu de l’édition comme rédactrice en chef de magazines féminins à grand tirage. Depuis quelques années, elle interviewe pour diverses publications, généralistes ou spécialisées, des artistes et des personnalités de tous les horizons. Elle collabore à Paroles & Musique depuis 2012. Carole est également auteure-interprète et membre de la SOCAN.