Dennis Ellsworth travaillait comme cuisinier de restaurant quand il réalisa qu’il était prêt à lancer sa propre carrière musicale en solo. Cet artiste de l’Île-du-Prince-Édouard avait déjà sorti un premier album (Chesterfield Dweller of the Year) alors qu’il vivait à Toronto, où il s’était établi afin de poursuivre une formation comme chef cuisinier. De retour à Charlottetown, il commença à écrire des chansons, à chanter et à jouer de la guitare avec la formation alternative Haunted Hearts, enregistrant alors deux albums, remportant une série de prix et se constituant une base solide d’admirateurs.

Ce n’est cependant qu’après avoir quitté le monde de la restauration et s’être investi complètement avec sa formation musicale que Dennis Ellsworth réalisa qu’il pouvait s’affirmer lui-même comme musicien. Sur un coup de tête, il décida d’envoyer un courriel au musicien et producteur David Barbe (Drive-by Truckers, Bob Mould/Sugar) à Athens, en Georgie, pour lui demander s’il était intéressé à travailler avec lui. « Je m’étais dit que si jamais il disait oui, j’essaierais honnêtement de faire carrière en solo, » se rappelle Ellsworth.

Ellsworth aborde la chanson avec souplesse.

La réponse de D. Barbe eut pour résultat l’album primé d’Ellsworth en 2012, Dusk Dreams, qui non seulement consolida sa réputation d’auteur-compositeur contemplatif, mais confirma également qu’il avait choisi le bon sentier musical.

Ellsworth, qui aborde la chanson avec souplesse, laisse beaucoup d’espace à l’inspiration et à la collaboration. Il considère qu’il n’a qu’à travailler quelques minutes sur une chanson pour savoir si elle en vaut la peine. « Sinon, je passe à autre chose, » dit-il en riant.

Bien que la cuisine et la chanson soient des univers très différents, la musique permet à Ellsworth de puiser dans la créativité qui l’avait conduit à l’origine vers la gastronomie. C’est pourquoi il préfère se rendre au studio avec des chansons encore incomplètes, afin de permettre aux musiciens et aux producteurs de mettre la main à la pâte.

« J’essaie de laisser les choses arriver naturellement parce que je sens que nous suivons le même fil conducteur, » explique-t-il sur sa façon de laisser progresser ses œuvres dans l’inconnu. Par contre, sur scène, Ellsworth est libre de tenir fermement les rênes. « Quand je joue en spectacle, dit-il, j’ai la chance d’être maître de la situation. »

Parcours

  • Bien qu’il n’ait pas grandi dans une famille de musiciens, Ellsworth se rappelle avoir été attiré par la musique dès son jeune âge. Il a commencé à composer des chansons à 15 ans en jouant dans des groupes rock et punk.
  • Ellsworth a remporté le prix de l’album de l’année et de l’enregistrement roots contemporain de l’année (tous deux pour Dusk Dreams) et le prix SOCAN de l’auteur-compositeur de l’année (pour la chanson « Electric Stars ») au Gala de la musique de l’Île-du-Prince-Édouard de 2013.
  • Grâce à ses deux dernières tournées, Ellsworth commence à se constituer une base solide d’admirateurs au R.-U., notamment en partageant la scène avec l’artiste folk anglais John Smith. Tous deux se sont rencontrés à l’occasion d’un programme de musique de l’Î-P-É et ont coécrit depuis plusieurs chansons ensemble.

Faits saillants
Éditeur :
s/o
Discographie : En solo Chesterfield Dweller of the Year (2010), Strange Boat (EP) (2011), Dusk Dreams (2012), Hazy Sunshine (2013) Avec Haunted Hearts Thank You, Goodnight (2009), Howdy (2010)
Membre de la SOCAN depuis 2000
Visitez le site www.dennisellsworth.com


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Paroles & Musique : Parlez-nous des débuts et de l’évolution d’Intermède Music jusqu’ici ?
Françoise Morin : C’est pour répondre à un besoin non comblé dans le milieu de l’édition musicale au Québec que Christopher J. Reed fonde en 1973 Les Éditions Intermède. Ayant pour mission de respecter et de faire respecter les droits autant financiers que moraux des artistes représentés, l’entreprise a rapidement acquis une excellente réputation et au fil des ans, de nombreux artistes, dont Gilles Vigneault, Robert Charlebois, Jean-Pierre Ferland, Diane Tell, Sylvain Lelièvre et Jim Corcoran, ont fait appel à ses services pour gérer leurs catalogues.

En 1980, Christopher J. Reed fonde Intermède Média spécialisée dans la gestion de musique de production conçue pour les professionnels de la communication travaillant pour le cinéma, la publicité, la vidéo, la télévision, la radio et le multimédia. Un service de consultation musicale est également offert aux producteurs. À titre de consultant musical, Intermède PikMusik met à la disposition de sa clientèle des services de recherche et de sélection musicale et lui fournit les pièces appropriées à ses besoins. De plus, l’entreprise garantit l’émission de licences de synchronisation dûment autorisées et nécessaires aux producteurs pour la vente de leurs émissions.

En 1986, Intermède Communications est fondée, regroupant toutes les maisons d’édition d’Intermède et gérant les œuvres des catalogues acquis au fil des ans. Elle réalise et produit des disques de musique instrumentale qui ne sont pas vendus au détail mais destinés exclusivement aux producteurs audiovisuels et en assure la diffusion internationale.

Où voyez-vous la maison d’édition se diriger avec le décès de son fondateur Christopher, irez-vous vers plus d’éditions originales, de sous-éditions, etc.?
Nous mettons actuellement en application les décisions que Christopher avait prises avant son départ, tout en continuant de véhiculer les valeurs qui étaient les siennes. L’accent est mis sur la production d’œuvres originales créées par des compositeurs canadiens, en diversifiant les genres et les styles musicaux. Nous comptons continuer à développer notre présence sur le plan international. Notre catalogue étant distribué à travers le monde, nous avons déjà pu constater que c’était un excellent moyen de faire rayonner le talent et le travail des musiciens canadiens.

« Je pense que l’édition musicale aura toujours sa place. »

Nous demeurons toujours actifs à titre de sous-éditeur au Canada et avons signé des ententes avec de nouvelles librairies afin de garantir aux utilisateurs l’accès à un très vaste choix de musique de qualité produite sur tous les continents.

Vos projets à court et moyen terme pour la maison d’édition et pour ses auteurs? Êtes-vous en mode signature de nouveaux auteurs, par exemple?
Toujours dans le but que les compositeurs canadiens soient plus présents autant ici qu’ailleurs dans le monde, nous mettons nos efforts à la recherche et à la découverte de nouveaux talents pour nos nouvelles productions. Nous sommes également en négociations avec des sous-éditeurs sur certains territoires que nous ne couvrons pas, toujours dans le but de faire connaitre les talents de nos artistes.

Nous avons également un nouveau défi : faire tout notre possible pour que la musique retrouve sa vraie valeur. Il est très important que les compositeurs soient conscients qu’il n’est pas dans leur intérêt, ni dans celui de toute l’industrie, de donner leur musique pour rien. Cela peut leur sembler profitable à court terme mais ça ne le sera pas à long terme. Il y a un grand travail à faire dans ce sens là.

Parlez-nous du répertoire que vous représentez, comment vous le développez et l’exploitez ici et à l’international
Nous nous adaptons bien sûr aux développements technologiques et profitons des avantages du numérique, en particulier d’Internet qui permet aux utilisateurs d’avoir accès à notre répertoire en tout temps. Depuis quelques années déjà, notre catalogue est disponible en ligne sur notre moteur de recherche et de téléchargement www.intermedeone.com pour la clientèle nationale. Nous en contrôlons l’accès et pouvons faire le suivi aisément grâce à un back office particulièrement performant et adapté à nos besoins. Je précise qu’il s’agit d’un système canadien que nous sommes très fiers de promouvoir auprès de nos collègues nationaux et internationaux.

D’autre part, nous travaillons en étroite collaboration avec les sous-éditeurs qui nous représentent dans de nombreux pays et continuons à élargir notre rayonnement. Nous avons des liens qui ont été créés à l’origine d’Intermède et qui sont toujours en vigueur. Ces éditeurs ont un grand respect pour les compositeurs et ils sont très conscients de la réalité qu’ils vivent.

Quel avenir voyez-vous pour l’édition musicale au regard des changements technologiques actuels?
Je pense que l’édition musicale aura toujours sa place et que nous ne devons absolument pas perdre de vue le but que nous avons : promouvoir les auteurs et les compositeurs ainsi que défendre et faire respecter leurs droits. Il y a déjà beaucoup de travail de fait, entre autres, pour que des redevances soient versées aux créateurs dont le travail est diffusé sur Internet, que ce soit par les sociétés de gestion collective ou par les associations de producteurs et d’éditeurs de musique, sans oublier de souligner le très beau travail effectué par l’APEM, dont nous sommes membre. On commence à voir tranquillement des résultats, mais il y a encore beaucoup à faire, surtout qu’Internet est un médium qui, semble-t-il, pourrait supplanter la télévision.

Nos compositeurs ont également, à mon avis, un rôle important à jouer. Nous devons travailler tous ensemble pour que la relève musicale sache quels sont ses droits. Nous sommes là pour les faire respecter et soutenir les compositeurs. Je suis persuadée qu’avec un peu de patience et de travail tout va rentrer dans l’ordre et que la musique de qualité va pouvoir retrouver sa place et ses lettres de noblesse.


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De l’infiniment petit à l’infiniment… sonore, la formule sied bien au compositeur Louis Dufort. Car à tenter de savoir ce qui inspire le créateur en électroacoustique, sans être réducteur, équivaut presque à percer le secret du Boson de Higgs ! Qu’importe, puisque dans son cas, la démarche est souvent plus importante que le résultat.

Ce n’est pas un hasard s’il n’a jamais manqué de travail depuis sa sortie de l’Université de Montréal en 1997, année où la SOCAN le récompensait pour sa pièce Concept 2018957. Quelque 60 créations originales plus tard pour les principaux ensembles de musique contemporaine, ici et en Europe, un poste d’enseignant au Conservatoire de musique de Montréal et une collaboration de presque 20 ans avec la danseuse et chorégraphe Marie Chouinard, voilà un acteur bien en vue de la scène artistique contemporaine.

Sa nouvelle création, une cinquième commande en carrière de l’Ensemble contemporain de Montréal (ECM), donne le prétexte parfait pour tenter de comprendre le maelström dans lequel plonge son esprit au moment de créer. Le 24 janvier prochain, il présentera Les corpuscules agglutinés pour 10 instruments acoustiques. Préambule et explications du principal intéressé : « Aujourd’hui, je parle beaucoup plus en termes d’énergie et de matière plutôt que simplement de structure de notes, lance Louis Dufort, qui travaille dans une certaine abstraction. Il y a un temps où je faisais de la musique à programme, comme sur mon premier album CONNEXIONS (empreintes DIGITALes), des pièces très dramatiques et narratives (Zénith, 1999, œuvre acousmatique) où l’on pouvait percevoir une histoire défilante. Je donnais à l’auditeur des vecteurs perceptifs très forts et faciles à saisir, comme du cinéma pour oreilles. J’étais dans ce paradigme, mais ça a vraiment changé. » On peut placer cette césure dans la période 2.0 du compositeur, et la situer au début des années 2000. « Ce qui a vraiment changé, c’est mon désir de trouver de la beauté dans la structure plutôt que dans un aspect extra musical. »

Musique organique et organicité

Il poursuit : « J’accède à l’intérieur du son pour entrer dans la matière et en faire d’autres sons. L’ordinateur nous permet maintenant de pénétrer la note. Par exemple, si on fait l’analyse d’une note de trompette, on se rend compte que les premières millisecondes sont du bruit, mais qui font partie du son. » Son terreau d’inspiration passe donc maintenant par l’infiniment petit, alors qu’il découvre une nouvelle sensibilité. La biologie, la configuration des éléments de la nature ramenés dans ses plus infimes détails (vus sous la loupe du microscope, notamment), les vues macroscopiques des micro-organismes et l’organisation chaotique naturelle des éléments sont devenus des modèles structurels pour les assises de sa musique.

« À force de jouer en temps réel avec l’ordinateur, on est littéralement en symbiose avec la matière ; il y a une co-émergence entre le compositeur, son écoute, sa perception, et son contrôle paramétrique sur le son. Ma main contrôle les paramètres du son, qui me renvoient une image perceptive, et cette image va contrôler les changements paramétriques que je vais faire. » Louis Dufort précise qu’il applique aussi ce processus à ses œuvres mixtes, à la vidéo dans une approche syncrétique, non littérale, avec la musique. « Le mouvement de la vidéo est entrepris par le mouvement des ondes produit par le son. À mettre deux médiums dans une même relation dynamique permet cette connexion directe et physique entre le son et l’image, alors que le visuel suit la courbe dynamique du son pour obtenir une synchronicité. »

Dans le spectre sonore

Voilà pour l’explication. Mais pour Les corpuscules agglutinés, Louis Dufort appliquera son processus d’écriture à des matériaux acoustiques. « Je remarque que mon écriture pour les instruments acoustiques devient de plus en plus épurée, dans la recherche de l’harmonique, d’une musique plus spectrale, modale, au sens des modes anciens. Et on le remarque aussi chez la communauté des jeunes compositeurs qui ne recherchent plus tant les dissonances qu’on retrouvait dans l’écriture musicale des années 60 ou 70. Ces dissonances se sont adoucies. J’ai envie (et je ne sais pas si je vais y arriver !) de créer une œuvre sur une note, poursuit-il en riant, et de travailler seulement sur le timbre, la couleur. »

Bien que l’œuvre soit encore en chantier, la spatialisation est déterminée : les musiciens ne seront pas sur scène, mais positionnées tout autour du public. « Dans Les corpuscules agglutinés, je veux rester dans le microscopique, et faire entendre des particules sonores ; la spatialisation rend possible cette musique immersive : particules sonores, corpuscules, agglutination, masse. C’est le concept global de la pièce. »

D’ici la fin de l’année scolaire, Louis Dufort travaille sur certains projets personnels en vidéo/audio qu’il aimerait bien faire circuler dans les festivals internationaux européens. Siégeant au conseil du festival Elektra, voilà une courroie de transmission idéale pour les musiques et productions visuelles technologiques qu’il explore de plus en plus. « En mai, je tire la plug pour me lancer, et aussi travailler sur des nouvelles œuvres pour un prochain album chez empreintes DIGITALes. Et puis j’ai envie de voyager, mon fils a maintenant 18 ans ! » Par ailleurs, la musique composée pour le spectacle de Marie Chouinard (Gymnopédies et Henri-Michaux : Mouvements) continuait elle aussi à voyager outre-mer en novembre et décembre ainsi que janvier prochain en France, Belgique, Pays-Bas, et Hongrie. Du reste, Louis Dufort écrit beaucoup, question de documenter ses processus de travail, et de laisser une trace en publiant le fruit de ses recherches dans des revues spécialisées. La connaissance de la création pure en musique contemporaine ne s’en portera que mieux !


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