L’étiquette de « pop noir » suit le groupe Del Bel depuis des années, et c’est une description qui réjouit encore Tyler Belluz. Le compositeur et réalisateur du groupe admet que la musique de son groupe peut parfois être ardue à catégoriser en raison de son amalgame de styles musicaux — qui va du trip-hop au jazz en passant par la musique classique —, mais le fil conducteur demeure son habileté à créer des atmosphères. Lent, sulfureux et délibéré, le son de Del Bel est l’équivalent musical d’un polar en noir et blanc aux nombreux degrés de lecture et qui hypnotise les auditeurs un peu plus à chaque percussion, « riff » de guitare ou note de cuivres. Puis, à l’avant-plan de tout cela, on retrouve la voix jazzée de Lisa Conway, une voix qui épouse à merveille chacune des tortueuses notes de la chanson.

Le 7 avril 2017, Del Bel a lancé son troisième album, iii, sur lequel le groupe explore encore plus son univers sonore déjà très riche avec la participation du rappeur torontois Clairmont the Second sur la pièce d’ouverture, « Do What the Bass Says ». Belluz raconte qu’il a découvert cet artiste hip-hop à travers la Wavelength Music Series de Toronto et qu’il a tout de suite été frappé par son « énergie brute ». « Je me suis dit que ce serait extrêmement intéressant de collaborer avec un artiste encore en émergence, mais aussi avec quelqu’un qui saurait écrire des rimes pour un groupe qui n’a jamais tenté ce genre de collaboration auparavant », explique Belluz. Les résultats furent probants et Belluz espère retravailler avec Clairmont très bientôt.

Les membres de ce septuor sont désormais établis aux quatre coins du pays, alors planifier des prestations sur scène est devenu complexe, mais ce n’est là qu’un des nombreux plans de Belluz en 2017. D’ici la fin de l’année, il espère avoir complété un premier groupe de démos pour le prochain album afin de « nous concentrer sur le prochain “son” incontournable » en plus de tourner une vidéo.



Shawn JobimOriginaire de Saint-Raymond au Québec, là où il a fait tout son cursus primaire en anglais, Shawn Jobin s’est installé à Saskatoon en pleine adolescence et y a terminé son secondaire… en français. « Ma vie est à contre-courant ! », admet-il avec une certaine fierté.

Au lieu de se laisser abattre, l’artiste a su tirer profit de sa singularité culturelle. Après la parution de son EP Tu m’auras pas, sur lequel il abordait les enjeux linguistiques de sa province, il a raflé plusieurs prix au festival québécois Vue sur la relève en 2014, puis a été nommé découverte de l’Ouest canadien au gala des prix Trille Or l’année suivante.

Depuis, celui qui habite toujours à Saskatoon en a fait du chemin. Sans renier entièrement son œuvre embryonnaire de 2013, le rappeur a tenu à s’en dissocier formellement durant la création d’Éléphant. « Je ne voulais pas d’un album rap engagé moralisateur », dit-il, on ne peut plus clair. « Ça fait dix ans que mon quotidien, c’est de me battre pour mes droits, d’essayer de prendre ma place en tant que francophone. À un moment donné, j’ai tout simplement eu envie de refléter autre chose dans ma musique. »

La tâche n’a toutefois pas été de tout repos. De connivence avec son acolyte Mario Lepage, membre du groupe indie rock saskatchewanais Ponteix, Shawn Jobin a défriché moult avenues sonores sur une période de plus de deux ans. « Le processus a été long, car on l’apprenait en même temps, explique-t-il. On est des bons amis dans la vie, et je crois que ça a déteint sur notre créativité, car on aime bien se challenger constamment. Surtout, on voulait se permettre pas mal n’importe quoi, vu qu’on est en début de carrière et que personne n’a vraiment d’attentes envers nous. »

À la fois teinté de jazz, de soul, d’électro et de musique expérimentale, Éléphant surprend dans sa manière décontractée et éclatée d’amarrer ambiances mystérieuses et rythmes saisissants, parfois déconstruits, sinon carrément chaotiques.

Au milieu de cet album somme toute chargé se trouve l’exploration pop house Danse ta vie, l’un des exemples les plus probants de l’ouverture musicale qui caractérise la chimie du duo. « À la base, c’était une chanson plus brute à la Beastie Boys, mais une fois rendus en studio, Sonny Black nous a fait remarquer qu’on avait la possibilité de l’emmener ailleurs », raconte-t-il, à propos de celui qui a enregistré, mixé et masterisé l’album. « On a décidé d’arrêter la session, et le soir même, on est retournés en pré-prod. C’est là qu’on a trouvé la mélodie principale. »

« J’ai voulu aussi éviter de faire la morale aux gens, en restant dans l’imagé, dans le senti. »

À l’opposé, une obscurité inquiétante se dégage du premier extrait Fou, qu’amplifient le flow ressenti et le texte désenchanté du rappeur. Diagnostiqué d’un trouble d’anxiété il y a quelques années, Shawn Jobin y expose ses angoisses. « C’est une chanson qui peut paraître lourde prise comme ça, mais une fois mise en relation avec les autres de l’album, on peut en retirer quelque chose de plus large. D’ailleurs, l’album dresse un portrait de l’anxiété au quotidien : il y a certaines journées où tout est trash et d’autres où tout va bien », observe-t-il.

Les instants lumineux sont donc au rendez-vous. S’il met le doigt sur ses troubles mentaux en pointant « l’éléphant dans la pièce » sur plusieurs chansons, le Fransaskois apprend aussi à l’apprivoiser : « Je me suis donné comme responsabilité d’attacher un message d’espoir à mon récit pour éviter que ça sonne comme si je m’apitoyais sur mon sort. J’ai voulu aussi éviter de faire la morale aux gens, en restant dans l’imagé, dans le senti. »

Se disant libéré d’un poids immense depuis la sortie de l’album, il continue de vivre avec de nombreux doutes et de se questionner sur la façon dont son œuvre sera perçue. « Je me demande si les gens vont comprendre ou bien s’ils vont penser que j’utilise mon problème pour me rendre intéressant », confie-t-il. « Pour moi, une chose est claire : là j’en parle, mais après ça, je passe à autre chose. C’est ce genre de mentalité que je veux garder tout au long de ma carrière. »

 



Il n’existe plus seulement que les concours pour faire découvrir ses talents, vous le savez bien. Les réseaux sociaux nous ont permis de faire la découverte, pour le meilleur ou pour le pire, d’une myriade de talents canadiens qui ont marqué les dix dernières années : Alessia Cara, Justin Bieber, Shawn Mendes, pour le meilleur. Pour le pire, on se passera de faire l’énumération des feux de paille.

Dans la francophonie canadienne, ce n’était qu’une question de temps avant qu’un talent ne se fasse découvrir sur l’un ou l’autre des réseaux sociaux. Si la rumeur est vraie, il serait arrivé, ce talent.

Il s’appelle Jordan Hébert, a 24 ans et est suivi par tout près de 30 000 abonnés sur sa propre chaîne YouTube. Mise en branle il y a deux ans, cette page compte des dizaines de vidéos qui font état des réinterprétations de succès de l’heure – Ed Sheeran, The Chainsmokers et The Weeknd, – mais également de chansons francophones – Jason Bajada, Louis-Jean Cormier et Vincent Vallières.

Questionné quant aux avantages de la vie de YouTubeurs, le principal intéressé avance qu’il « est évident que d’opérer sur une base Web possède ses avantages ». Il en va de même pour les inconvénients, explique-t-il : « Il est facile de créer une plateforme avec constance et consistance sur YouTube. D’y publier chaque semaine ou chaque deux semaines encourage le public à s’y référer fréquemment et à s’attacher au contenu produit. »

« Le développement d’affaires y est très facile également ; envoyer son public sur d’autres plateformes connexes pour pouvoir leur présenter du contenu varié tout en conservant sa base primaire est encouragé pour tous les fameux Youtubeurs. Cela présente cependant quelques difficultés. En musique, le rapport investissement/résultat est très faible. On peut passer une vingtaine d’heures sur une capsule qui durera 3 minutes alors que d’autres joueurs du web peuvent prendre leur caméra, parler 10 minutes et hop, le tour est joué. Ceci représente un obstacle pour la musique puisque YouTube réfère les vidéos ayant le plus de  »durée regardée », question de revenus publicitaires. »

Quoi qu’il en soit, c’est la musique qu’il met de l’avant avec la parution toute récente d’une première composition, « Dehors », premier titre aux grooves délicats et aux tendres supplications. Et qui suscite déjà d’excellentes réactions puisqu’il vient tout juste de remporter le tout premier concours Découverte 2017 de Play, émission musicale de VRAK !

« Après tout ce temps passé à enregistrer de façon semi-professionnelle et pratiquement sans budget, c’est avec grande joie que je m’adonne à ce qui m’est présenté sous la bannière PLAY : première prestation télévisée, tracking radio de ma première composition publiée… j’en suis encore bouche bée. Je commençais justement à me questionner sur la pertinence de paver mon chemin artistique sur YouTube lorsque soudainement, c’est exactement ceci qui m’a permis de remporter le concours et de poursuivre dans l’industrie. Il va de soi que la performance live, télé, tracking radio sont des médiums plus crédités et convoités que des vidéos YouTube. Je suis donc très reconnaissant de ce qui se déroule en ce moment et j’ai très hâte d’en apprendre sur le déroulement de l’histoire. Il est à noter que toute l’équipe de tournage est très charmante et l’environnement de production est très sain. »

De fil en aiguille, il a pu également participer à un premier événement musical d’envergure, celui de Santa Térésa, festival inaugural de Sainte-Thérèse qui s’est tenu fin avril. Un premier spectacle qui s’est déroulé à guichets fermés : « J’ai pu présenter une chanson originale de type math rock intitulée SP33DST1CK et ma chanson Dehors. Après mes années YouTube, de monter un groupe représentait un défi puisque je m’étais habitué à ma zone de confort ; enregistrer, filmer, monter et hop, le tour est joué. Ce n’est cependant pas suffisant. J’ai donc loué un studio pour la préparation de mon premier spectacle », affirme le jeune homme qui humblement ajoute qu’il refuse de prendre tout le crédit du succès du spectacle puisqu’il partageait la marquise avec les auteurs-compositeurs de la relève William Monette, Miro Belzil (anciennement de Blé) et Soran Dussaigne, trois musiciens qu’il considère comme des artistes « très, très, talentueux ».

C’est sur la base de ces premières expériences qu’il compte désormais travailler à un spectacle complet, un album qui sera inspiré des formations britanniques Foals et Bombay Bicycle Club – « Une combinaison de la rythmique math du premier et de l’aisance planante du second, » conclut l’auteur-compositeur qui devrait passer 2017 à se renseigner quant aux différentes offres qui s’offrent à lui.