C’est un diction bien connu en musique : vous avez toute une vie pour écrire votre premier album, mais quand vient le temps de composer la suite, la minuterie se met en marche… Pour Alyssa Reid, son deuxième effort s’est révélé être le tic-tac de Time Bomb.

C’est le nom que la chanteuse pop et auteure-compositrice de 21 ans, établie à Toronto, a donné à son deuxième album, sorti en février. Mais en réalité, Alyssa Reid a pris suffisamment de temps pour s’assurer que ce qui viendrait après son premier disque, paru en 2011, et qui a connu beaucoup de succès, The Game, obtienne toute l’attention qu’il mérite.

Et cela semble avoir été payant. Time Bomb a connu une explosion de félicitations pour les chansons « Satisfaction Guaranteed » (top 10 au Canada) et « Running Guns », qui toutes deux figurent sur l’album.

Alyssa Reid a travaillé sur Time Bomb à Los Angeles, Miami et Toronto, collaborant avec des producteurs et des auteurs-compositeurs d’élite tels que Billy Steinberg (Madonna, Heart), Josh Alexander (Demi Lovato, Leona Lewis), Thomas « Tawgs » Salter (Walk off the Earth, Lights) et Jamie Appleby, co-fondateur de leur maison de disque, Wax Records.

« Chaque ligne de ces chansons est très personnelle pour moi. »

Mais cette fois-ci, Alyssa Reid a aussi joué un plus grand rôle en écrivant et coécrivant chacune des chansons de l’album, et elle s’est sentie mieux préparée pour offrir sa contribution, tandis que sur son premier album, elle admet ne pas être très sûre de son apport.

« Pour mon premier album, c’était la première fois que je travaillais avec des producteurs, dans un véritable studio avec des gens qui m’aidaient à me façonner en tant qu’artiste, dit-elle. Lorsque est venu le temps de faire Time Bomb, je me sentais beaucoup plus libre d’exprimer mes opinions et je savais beaucoup plus ce que je faisais. Je savais ce que je voulais. J’étais sûre de ce qui allait se passer. »

Née à Edmonton, Alyssa Reid a écrit sa première chanson à l’âge de sept ans. Elle et sa famille ont déménagé à Brampton, Ontario, où elle a terminé son secondaire et a continué à se concentrer sur la musique, remportant une bourse pour étudier à des écoles d’arts de la scène à Los Angeles et à New York.

Puis vint YouTube et Bieber. En 2009, Alyssa Reid a affiché une prestation sur YouTube d’un grand succès de Justin Bieber « One Less Lonely Girl » mais en réinterprétant la chanson du point de vue d’une fille. Le chanson, réintitulée « One More Lonely Boy », est devenue « virale » et a attiré l’attention de la maison de disques Wax Records.

En 2011, encore adolescente, elle a travaillé avec certains des producteurs les plus en vogue de la musique pop pour son premier album. Propulsée par la chanson double platine « Alone Again » (mettant en vedette le rappeur P. Reign), une reprise actualisée du succès n° 1 de 1987 « Alone » du groupe Heart, l’album The Game a propulsé Alyssa Reid dans la stratosphère internationale. La chanson s’est vendue a plus d’un million d’exemplaires à travers le monde. En 2012, elle a remporté le prix SOCAN de la musique pop/rock et Alyssa Reid a été mise en nomination au prix JUNO de la Meilleure nouvelle artiste.

Pour capitaliser sur ce succès, Alyssa Reid savait qu’elle devait intensifier son jeu et elle sent que les chansons de Time Bomb répondent à cette exigence en affichant une plus grande maturité émotionnelle. « Chaque ligne de ces chansons est très personnelle pour moi, explique-t-elle, que ce soit une relation avec un membre de la famille, un ami, un amoureux ou simplement quelque chose que j’ai traversé. »

Sur la chanson titre, une tendre ballade qu’elle a écrite après une nuit blanche et où figurent simplement sa voix accompagnée au piano, elle met ses sentiments à nu. « Vers cinq heures du matin, je suis allée au piano et j’ai commencé à écrire, dit-elle. Je pense que c’est la première chanson dans laquelle je me confie complètement. » Elle a conservé des arrangements discrets pour la chanson et a choisi le nom de l’album d’après cette pièce parce qu’elle sentait qu’elle la représentait parfaitement. « Je savais qu’il y avait un risque à nommer l’album d’après une chanson qui ne deviendrait probablement pas un succès, mais c’était important pour moi. »

Prendre des risques. Suivre ses sentiments. La novice des années précédentes n’aurait pas osé de telles choses. Est-ce que la chanteuse surgie d’un clip sur YouTube est désormais en train de s’épanouir à titre de véritable artiste pop?

« Le succès de “Alone Again” a été si grand, que je pensais n’être jamais capable de suivre le rythme, confie Alyssa Reid. Mais je constate que les gens m’ont maintenant adoptée en tant qu’artiste plus que pour la chanson. J’en suis très reconnaissante et je suis ravie de poursuivre avec cet album et de voir où cela mènera. »

FAITS SAILLANTS
Éditeur :
Wax On Wax Off Publishing, Third Side Music
Discographie :
The Game (2011), Time Bomb (2014)
Membre de la SOCAN depuis 2007
Visitez
www.alyssareid.com


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Habituellement, il y a les auteurs-compositeurs-interprètes d’un côté, les interprètes de l’autre, et les auteurs ou compositeurs au milieu. Parfois, tout ce beau monde se mélange, au bénéfice d’un répertoire qui s’enrichit de la force créatrice collective de ses acteurs. Comme c’est le cas pour le répertoire d’Hugo Lapointe, responsable de quatre albums en 10 ans, dont les deux derniers ont été concoctés avec l’aide de collaborateurs d’expérience comme Daniel Boucher, Luc De Larochellière, Daniel Lavoie, Jamil ou Lynda Lemay, pour son précédent effort homonyme en 2010, et de Térez Montcalm, Maryse Letarte, Edgar Bori, les deux Alexandre (Poulin et Belliard), et encore Boucher et Jamil pour son plus récent album, La Suite, paru fin 2013.

Alors qu’il avait tout composé seul pour ses deux premiers albums (Célibataire en 2004 et La trentaine en 2007), Hugo Lapointe a donc pris le chemin contraire de bien des artistes qui débutent leur carrière en se faisant aider, avant de voler de leurs propres ailes. Perte de confiance ? Manque d’inspiration ? Besoin d’aller voir ailleurs?

« J’avais définitivement besoin d’aller voir ailleurs, » me rassure Hugo Lapointe de sa voix légèrement moins rocailleuse que celle de son frère Éric, mais dont il ne peut éviter les intonations familiales. « Au départ, j’étais d’abord un interprète des chansons des autres. C’était ça mon école. Mais c’est devenu rapidement évident que si je voulais faire ma place dans le milieu, il était important que je présente du matériel original. J’ai donc décidé d’ajouter la corde de la composition à mon arc. Après mes deux premiers albums, j’ai eu envie d’explorer des avenues que je n’aurais peut-être pas empruntées si je m’étais moi-même chargé de l’écriture. » 

« C’est toujours un aspect délicat de jouer dans le texte de quelqu’un d’autre. »

Puis, Hugo avoue tout de même avoir ressenti un certain soulagement dans le fait de pouvoir s’appuyer sur la plume des autres : « Ce serait mentir que de dire que ça ne m’a pas aidé à alléger ma tâche, à m’enlever un certain poids de mes épaules… Le fait d’avoir de l’aide extérieure m’a permis aussi de m’impliquer davantage dans le processus d’enregistrement. Avant, j’avais la tête plongée dans les textes jusqu’à ce qu’on éteigne la console et qu’on mette la clé dans la porte du studio… J’étais trop absorbé par cet aspect au détriment du reste. »

Pour l’aider à se constituer une douzaine de chansons (dont quelques-unes écrites par lui-même), il n’a pas hésité à partir à la chasse aux mots et aux musiques, et à s’adapter au fur et à mesure des rencontres : « Pour la plupart, c’était des chansons clé en main! Avec d’autres comme Bori et Jamil, je me suis occupé des musiques. Par exemple, pour “Te retrouver”, la chanson de Bori, je lui ai fourni une musique que je trainais depuis cinq ans, sans pouvoir trouver les mots qui lui convenaient! Pour la chanson de Jamil, “Moi j’suis qui?”, c’était plus un work in progress à distance. Je lui envoyais ma musique, il me renvoyait des paroles. On a fait plusieurs aller-retour comme ça! »

Il continue : « Mais même lorsque c’était clé en main, il y avait toujours moyen de rectifier le tir en collaboration avec l’auteur si jamais il y avait un passage du texte qui me collait moins à la peau. » Pour Hugo Lapointe, cette nécessaire ouverture dans la collaboration est une chose qu’il faut établir dès le début de la relation avec un auteur pour éviter les malaises en cours de route. « C’est toujours un aspect délicat de jouer dans le texte de quelqu’un d’autre, mais j’ai eu la chance de collaborer avec des auteurs d’une générosité incalculable. »

Une générosité dont il n’a pas hésité à abuser lorsque la magie opérait particulièrement. Comme avec Maryse Letarte qui signe à elle seule trois chansons (« Soleil couchant », « Mon grand air » et « Valse d’ici ») et Térez Montcalm qui en a commis deux (« Complice » et « Inconsolable »). Considérant le côté très « gars » d’Hugo Lapointe, ce choix de plumes féminines peut surprendre. Pour le principal intéressé, ces collaborations ont fini par tomber sous le sens : « Au départ, je pensais que ce serait plus laborieux de travailler avec les textes d’une fille, mais en fin de compte, qui de mieux qu’une femme pour savoir ce que les femmes veulent entendre? Et on s’entend qu’en grande partie, mon public est féminin… »

Hugo Lapointe raconte d’ailleurs : « Après avoir reçu la première chanson de Maryse, on a osé lui en demander d’autres et à chaque fois elle tombait pile sur les sentiments que j’avais envie de véhiculer! Même chose pour Térez qui a su trouver les mots pour exprimer la relation que j’entretiens avec la musique sur “Complice”. »

Cette façon de proposer des thèmes aux auteurs invités s’est répétée au gré des rencontres. Pour la chanson « L’incendie », Alexandre Poulin a été inspiré par les motivations d’Hugo dans son rôle de porte-parole de la Maison Carignan, un centre de thérapie de Trois-Rivières pour se défaire de la dépendance à l’alcool. Daniel Boucher, lui, a accroché à une anecdote d’Hugo, qui dit que dans la vie de tous les jours, les gens ne le reconnaissent pas d’emblée. « Lorsqu’il m’est arrivé avec “Tu l’sais même pas”, c’était presque mot-à-mot un condensé des histoires que je lui avais racontées! »

« Au départ, quand je reçois une pièce, je l’apprends telle qu’on me l’a envoyée, explique Hugo Lapointe. Une fois que c’est fait, je la laisse mûrir dans ma tête un certain temps, quelques semaines ou même quelques mois sans écouter la version originale. Et après, je recommence tout du début, comme si c’était ma propre chanson, sans penser à la version originale. Ça me permet de la mettre à ma sauce. »

Mais en faisant appel à d’autres, est-ce que l’auteur-compositeur qu’est aussi Hugo Lapointe ne se coupe pas de certains revenus de droits d’auteurs ? Est-ce que le jeu en vaut la chandelle dans une industrie qui peine de plus en plus à trouver des sources de revenus? « Peut-être… Mais, en revanche, ces pièces qui s’ajoutent à mon répertoire me permettent aussi de toucher un public plus large, de me produire sur scène peut-être davantage et donc, potentiellement, de générer des revenus supplémentaires. Mais juste la chance d’avoir pu rencontrer et travailler avec ces artistes-là, d’avoir pu chanter des chansons inédites de leur cru, je pense que toute la paye, elle est là. Je me considère privilégié. »


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Comme il le chante si bien : « Started from the bottom, now the whole team here. » (Partis de rien, maintenant nous sommes tous ici)

C’est ce que dit Drake dans « Started From the Bottom » et c’est exactement ce que son explosion sur la scène mondiale du hip-hop a produit pour la bonne fortune de toute son équipe – plus de 60 Canadiens, auteurs-compositeurs, créateurs de beats, producteurs et autres collaborateurs établis à Toronto. Drake a pratiquement donné naissance à lui seul à toute une industrie qui fleurit grâce à lui et a inspiré dans la même foulée la prochaine génération du hip-hop canadien.

On sait déjà que le Torontois Aubrey « Drake » Graham est doté d’un talent unique pour la langue vernaculaire qui l’a propulsé à l’avant-scène de la musique rap et placé dans la sphère mondiale d’influence que se partagent Eminem, Jay-Z et Kanye West. Il est maintenant le premier lauréat du prix SOCAN Inspiration mondiale pour avoir été particulièrement généreux en s’accompagnant de toute une équipe torontoise en tournée et pour sa collaboration à 226 chansons et quatre albums.

« J’ai réussi à placer pas mal de monde en position d’accomplir de grandes choses. »

Pour un artiste qui a remporté un Grammy et plusieurs prix JUNO, qui a vendu plus de cinq millions d’albums, effectué des tournées de plusieurs millions de dollars et qui, en cinq courtes années, a déjà inscrit 36 chansons aux palmarès de Billboard (dont les Top 10 « Forever », « Best I Ever Had », « Find Your Love », « Take Care », « Make Me Proud », « Started From The Bottom » et « Hold On, We’re Going Home ») – sa loyauté et sa dévotion envers Toronto, Ontario, et les collaborateurs de sa ville natale est rafraîchissante.

« Quand il est question de cette ville [Toronto], je suis littéralement intarissable, » a confié Drake lors de l’émission Q with Jian Ghomeshi sur les ondes de CBC Radio. « Tout ce que je veux faire est de voir cette ville obtenir la reconnaissance et l’amour qu’elle mérite et de voir ses citoyens rayonner. J’ai réussi à placer pas mal de monde en position d’accomplir de grandes choses. C’est ce que je veux continuer à faire. »

Quel est donc l’impact de l’« effet Drake » sur la scène contemporaine du hip-hop? Il suffit de regarder les relations que ses collaborateurs cultivent en dehors de Drizzy Drake.

Certains, comme des producteurs, ingénieurs et mixeurs de renom, tels que Noah « 40 » Shebib et Boi-1da (Matthew Samuels) qui l’accompagnent depuis qu’il a craché ses premières rimes au milieu de l’année 2000 – sont recherchés par les plus grands noms de la musique pour partager leur expertise.

C’est par l’intermédiaire de Boi-1da que Drake a pu travailler avec Jay-Z, Eminem, Kanye West, Nicki Minaj, Young Jeezy, Rick Ross, Flo Rida, Kelly Rowland, Meek Mill et Lil’ Wayne – le rappeur américain qui, le premier, a pris Drizzy sous son aile, l’a amené à signer avec son étiquette de disques Cash Money Records et son agence de gestion Young Money Entertainment, et l’a aidé à se faire un nom sur la scène internationale.

Quant à 40, récipiendaire d’un Grammy (voir l’encadré), on l’a vu avec Trey Songz, Lil’ Wayne, Alicia Keys, Sade, sa compatriote Melanie Fiona, Usher, Beyoncé et bien d’autres encore.


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