Almost a half-century separates them, age-wise, but on record, they both sound ageless. In one corner, the legendary Édith Butler, in the other, rising star Lisa LeBlanc. The girl from Paquetville and the girl from Rosaireville take us on Le Tour du grand bois, in a much more rock-oriented context than what we’re used to from Butler. Yet, “those are sounds I know; that’s what I listened to when I was younger,” says Butler, adamantly. “Big guitars like Johnny Cash – that’s not new to me, but maybe it is for the younger generation who aren’t aware of that style? Whatever the case may be, it’s totally my style!”

Edith Butler

Photo: Tony V. Hausser

“It’s been a long time that I’ve been hearing Édith playing with my band, in my mind,” says Lisa LeBlanc about this project, the first she’s taken on as a producer. “I’ve always thought that an album where we re-visit her songs, but with her singing, would be really fun. Édith has written so many good tunes, and I wanted to hear them in that setting,.” And so LeBlanc did, alongside her partners in crime – Maxime Gosselin on drums, Mico Roy on guitars, and her boyfriend Benoît Morier on bass, and various other guitars.

The duo had met in a studio before, when they recorded the McGarrigle sisters’ “Complainte pour Sainte-Catherine” for Butler’s 2013 album Le Retour. But the true spark for this project came while filming the TV show Les Échangistes (hosted by Pénélope McQuade) about three or four years ago. The pair sang one of Butler’s songs, “Ti-Gars,” featured on this project in a pedal-to-the-metal version. “Édith was playing a washboard and she so totally outshone me, it was insane!,” LeBlanc remembers about their appearance on Radio-Canada. “We played the song only once, on that show, but the phone started ringing off the hook,” Butler adds. “Everybody was asking about the album, but there was no album! That’s when we started seriously thinking about it…”

LeBlanc had already planned a sabbatical even before the pandemic hit; this time would be devoted to planning her next album, and exploring another side of her trade: producing. “That’s when I mustered the courage to go to her with that proposition,” says Blanc, who spent a week in Québec’s Eastern Townships where the iconic Acadian Butler now lives. “There’s no denying that Édith is super important for us Acadians,” she adds. “She was one of the first to step out of Acadie playing Acadian music and singing in the Acadian vernacular. She put us on the map, as did Antonine Maillet and Angèle Arsenault. They’re true pioneers, the first to have success in France and Québec. She’s accomplished a lot for us, she paved the way.”

“Lisa came to visit and we spent two weeks together, chatting, eating and taking walks in the woods,” Butler remembers. They also listened to a lot of music. LeBlanc notably played Butler Van Lear Rose, the Jack White-produced 2004 album by the grand dame of country music, Loretta Lynn – which had a major influence on Lisa’s approach for this project: embedding the voice of the great Acadian in a rough-edged jewel box made of folk- and country-tinged rock.

“We poured our hearts, souls, and guts into the album,” says Butler. “The music came naturally; we wanted an album that would ring true. Throughout the recording, Lisa would say to me, ‘I want to bring out the real chick from Paquetville!’ She directed me. I may have a beautiful voice, but if no one gives me directions, that’s all I have: a beautiful voice. Lisa was able to bring out a grain of voice I didn’t know I had in me.”

Together, the two musicians listed the songs that would be featured on this album – original songs as well as adaptations of traditional airs by Butler (“Vishten Avina Vi,” “Le Tour du grand bois,” and “La complainte de Marie Madeleine,” her renowned Marie Caissie adaptation), and a few songs by some of her friends, such as “Ti-Gars” and “Jerrycan” (by Anique Granger).

To top it all off, they also included two covers from the Acadian repertoire. The first one, “Marie Mouri,” is a song penned by David Greely, that Linda Ronstadt also recorded. “Originally, it’s a text that was found on a slave,” says Butler who, very few people know, holds a master’s degree in Ethnography from Université Laval. “I was deeply touched when I heard that story. It’s a beautiful story told from the perspective of a father saying to his young son, ‘You don’t know, you sing and dance, but Marie is dead, and you don’t realize it…’”

The other cover is “Tit Galop pour Mamou,” by Dewey Balfa, a founding member of Frères Balfa, one of the most famous Cajun music groups in Louisiana in the 1960s and ’70s. “I’ve met the Balfa brothers!” says a thrilled Butler. “I participated in this NFB film called Les Acadiens de la dispersion [by Léonard Forest, 1968]. “We went down to Louisiana to meet people, including the Balfa brothers, and we played music together. It’s during the time I spent with them that I heard ‘Tit Galop’ for the first time. That song, to me, is the story of when I met the Balfas.”

For her first stint as a producer, LeBlanc had carte blanche for the album’s musical direction. “What I wanted above all was for Édith to be happy,” she says. “This album is an homage, it’s not my album. It’s also a collaboration, but what mattered the most was to bring out Édith’s voice and personality. That’s the beauty of being a producer: staying in the shadows, not taking up too much space, while still carrying a clear vision for the project.”



Avec son troisième album Poupée russe, Sarahmée va au bout de ses idées avec des textes au message «plus lucide».

En 13 chansons, la rappeuse québécoise parvient à dresser un portrait très riche de ce qui anime son cœur, sa tête et ses tripes. L’écriture est directe, sans détour, et Sarahmée mord dans ses mots avec autant de hargne, de sensibilité et d’arrogance que nécessite chaque chanson.

Cette interprétation incarnée, sentie et vivante va de pair avec le processus de création très organique de l’autrice-interprète. « J’ai laissé de côté le téléphone et j’ai ressorti le papier et le crayon », lance-t-elle fièrement au bout du fil. « Ça faisait longtemps que j’avais pas pris les bonnes vieilles habitudes. Et d’écrire pour vrai, de faire des ratures, ça m’a permis de regarder mon texte de loin, avec plus de recul. Ça m’a permis de visualiser ma musique, d’être plus structurée, d’être plus claire dans mes idées. Je suis tellement TDA sur mon téléphone, tandis que là, avec la feuille devant moi, les idées marinent plus. »

Active depuis plus d’une décennie dans le paysage rap québécois, Sarahmée met son poing sur la table avec ce troisième album. « Avec le temps, j’ai dû me raffermir », rappe-t-elle sur Quand la route est longue, signe qu’elle n’a plus de temps à perdre à prendre des détours, dans sa vie comme dans sa carrière. « Je me suis dit que si je ne prends pas ma place avec cet album-là, personne ne va me la donner. Je suis le capitaine de mon propre train », lance-t-elle.

Cette « place », c’est notamment ce statut qui lui revient dans une scène rap québécoise historiquement dominée par les hommes. Dans Elle est partie, chanson qui dénonce les nombreuses couches de sexisme qui nous entourent, elle lance quelques flèches à ces figures du rap local qui ont « trop d’égo pour dire qu’une femme est leur collègue ».

Ce genre de phrases reflète très bien l’aplomb de Poupée russe. « Maintenant que j’ai l’attention des gens, c’est le temps de shooter ce que j’ai à dire », affirme Sarahmée. « À Irréversible [deuxième album paru en 2019], personne ne m’attendait, tandis que là, je sentais que j’avais un public prêt à m’écouter. »

Avec le micro comme porte-voix, la rappeuse aborde plusieurs enjeux brûlants d’actualité comme le racisme systémique et les violences policières. « Jeune femme et noire, j’ai peur de la police », lance-t-elle sur la pièce-titre, avant d’y aller d’un percutant « sois t’es un allié, sois t’es leur complice », déclaration qui invite fortement à prendre position dans la foulée du mouvement Black Lives Matter.

« Mais je suis consciente que ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise avec l’idée de prendre position », nuance Sarahmée. « Moi, j’ai la parole facile, je réfléchis constamment [à toutes ces questions], mais je fais aussi attention à ce que je dis. Je ne veux pas être porte-parole pour tous les groupes sociaux. Je suis Sarahmée, et on ne m’a pas élue pour parler. Avec le temps, j’ai dû apprendre à me taire. »

De là l’idée d’affirmer davantage ses positions dans sa musique plutôt que dans les médias, comme elle l’a fait l’an dernier. « À un moment donné, je me suis dit : ‘’Je ne suis pas une chroniqueuse [qu’on invite seulement] pour parler de racisme !’’ Je sentais que, des fois, je n’avais pas d’affaire là. »

Au lieu d’accepter toutes les invitations, Sarahmée a pris du temps pour elle. Et c’est ce recul qui lui a permis d’écrire des chansons aussi éclairées, dont certaines touchent à des zones tout particulièrement intimes de sa vie.

C’est le cas de Partir plus tôt, pièce qui aborde de front son problème de consommation. « C’est une chanson autobiographique, qui parle de ce qui m’est arrivé après Irréversible. Ça a été une très belle année, mais aussi une année très difficile. Vers la fin, c’était quand même assez grave… » confie-t-elle. « J’ai dû prendre une décision : celle de prendre ma vie en main. Je suis allée en thérapie, j’ai fait un cheminement qui m’a sauvée. Et ça m’a appris plein de choses. Des choses simples comme le fait qu’on n’est pas toujours obligé de se torcher dans un party. Heureusement que j’ai fait ces démarches, car mon problème débordait dans plein d’affaires, notamment sur ma musique, mon rythme de travail, mon équipe… Il fallait que ça cesse. »

Avec ses cordes vibrantes et dramatiques, Partir plus tôt forme un contraste assez saisissant avec le reste de la direction musicale de l’album. Aux côtés de ses fidèles alliés Tom Lapointe et Diego Montenero, les deux producteurs qui composent le noyau dur de son équipe, Sarahmée a échafaudé un album aux allants trap et afropop fougueux, qui a pris forme en novembre dernier dans un chalet de création.

« Cette fois, ça me tentait pas du tout de faire 50 000 chansons pour finalement en choisir une quinzaine. J’haïs ça ! » dit-elle, évoquant le processus plus lourd qui a mené à Irréversible. « Les gars ont mis la grosse énergie sur les prods, donc j’avais un gros challenge. Fallait que mes textes accotent ! »

Une mission qu’elle a réussie haut la main, avec les idées plus claires et l’esprit plus libre que jamais.

 



Le party est pogné, le titre du second disque du groupe Lendemain de veille est monté en flèche au sommet des ventes francophones dès sa sortie.

Lendemain de veille« J’ai pris des captures d’écran pour être sûr que c’était vrai », raconte Marc-André Rioux en entrevue Zoom, arborant une casquette avec l’inscription : J’ai Soif. Et avec en toile de fond, les champs de blé d’Inde de St-Louis de Gonzague, tout près de Beauharnois où les cinq membres tiennent leurs origines.

« Il y a quelque chose dans la simplicité qui nous définit, de se rappeler d’où l’on vient. D’ailleurs c’est le sujet de (la chanson) Notre histoire. De se rappeler que nous autres on a été créés dans une charrette à foin pas loin d’ici. On ne se prendra jamais pour d’autres ». Après quatre gars dans le vent, associé aux Beatles, aurions-nous cinq gars dans l’foin ?

Lendemain de veille cumule plus de 3 millions d’écoutes sur les plateformes numériques, joue à Énergie et CKOI. Trois titres en rotation sur les radios commerciales avec un country rock bien expédié et très affriolant.

« On sait que notre musique n’a jamais été conçue pour la radio, mais quand on regarde nos abonnés Facebook, on est plus grand public qu’on pensait. Nous autres on fait du rock agricole et on aime beaucoup les instruments, le banjo, le violon, la guitare lap-steel, la mandoline, l’accordéon -on a beaucoup écouté La Bottine souriante- alors on ne sait jamais d’une chanson à l’autre où ça peut nous mener ».

Différence marquée donc, entre les chansons plus trad du premier disque 1,000 bouteilles avec celui-ci nettement plus achevé dans l’idiome country. Les chansons On était Saoul, Bière au ciel, Une bonne bouteille de vin et autres auraient bien fait les belles nuits des Deux Pierrots, le défunt bar-chansonnier du Vieux-Montréal où les gars ont joué pendant dix ans. « C’est le temps que ça a pris pour qu’on écrive nos propres chansons. Parce que nous avons toujours existé pour la scène, pour faire la fête avec le monde ».

Le party est pogné a été réalisé durant la pandémie. À l’instar des autres productions durant cette longue période, chacun enregistre ses trucs de son côté et on assemble les pistes enregistrées.

Cette fois, les musiciens refusent de s’assagir et ne s’emmêlent pas les pinceaux dans des arrangements trop compliqués : Un tour à maison, Gars de campagne, Notre histoire, Mémère Tremblay, Rioux et sa bande savent faire des chansons qui se suivent et se ressemblent : le couplet léger et le refrain effervescent. Cowboy, un roadhouse blues sous fond de honky tonk a été choisie chanson officielle du Festival Western de St-Tite en 2020.

« La grande famille du country est composée de gens sans jugement auprès des autres. Ça boit d’la canette ben frette pis ça écoute d’la bonne musique », dit Rioux. Le rodéo qui a lieu dans les Grandes Estrades, c’est comme un mini Centre Bell pendant un match des Canadiens. Le monde crie, c’est malade mental. On a joué pendant six ans sur une terrasse là-bas grâce à (feu) Bob Bissonnette qui nous avait chaudement recommandés ». Question de vendre de la bière en masse.

Peut-être avez-vous alors déjà entendu leur «Medley Cayouche», ce pot-pourri des chansons du chanteur western du Nouveau-Brunswick? « On est allé chez lui pour lui offrir une caisse de bière Alpine, sa sorte préférée, ainsi qu’une palette à shooters et nos albums et il est arrivé sur l’entre-fait en Harley-Davidson. L’image était frappante : le vent coupait sa barbe en deux ! Un imposant monsieur, mais heureusement, il nous a adoptés. On a passé l’après-midi avec lui et il nous a joué des chansons pas encore sorties. En entrant dans sa maison, on pouvait voir les titres de ses chansons. Quand il chante qu’il a le portrait de son père dans le salon, ben il a vraiment le portrait de son père dans le salon ! »

Avec ce succès inespéré, il est désormais acquis que ce deuxième album à la joyeuse pochette ouvre des horizons pour Lendemain de veille qui a été nommé à deux reprises au Gala Country 2020. « La raison d’être de Lendemain de Veille a toujours été de faire de la musique festive et rassembleuse alors il n’était pas question qu’une pandémie mondiale nous empêche d’être aussi festifs qu’avant ! »